‹ Napoléon en Égypte, Waterloo et Le fils de l'hommeChapitre 3 sur 26 · ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

ALEXANDRIE

« Compagnons! cette ville où vous allez descendre, « Esclave de Mourad, est fille d'Alexandre ; « Ces lieux, que le Coran opprime sous ses lois, (( Sont pleins de souvenirs, grands comme vos exploits (( Le Nil longtemps captif attend sa délivrance ; u Montrons aux Mameluks les soldats de la France, <( Et du Phare à Memphis retrouvons les chemins « Où passaient avant nous les bataillons romains''! » Il se tait à ces mots ; mais ses lèvres pressées Semblent garder encor de plus hautes pensées'.

Soudain mille signaux, élevés sur les mats, Au ri\age d'Egypte appellent nos soldats. Suj' le pont des vaisseaux, dans leurs vastes entrailles, Retentit un bruit sourd, précurseur des batailles. Et de longs cris de joie élancés dans les airs Troublent le lourd sommeil de ces mornes déserts. On eût dit, aux transports de larmée attendrie. Qniin peuple voyageur saluait sa patrie :

10 CHANT PREMIER

Pai' les sabords ouverts, par les câbles tendus. Tous de la baute poupe en foule descendus, Pressés de conquérir ces rives étrangères, Tombent en rangs épais dans les barques légères. Et les canots, croisant leurs bleuâtres sillons. Couvrent la vaste mer de flottants bataillons.

Quel lut le noble cbef qui sur 1 aride plaine Descendit le premier comme dans son domaine? Cest Menou, qui, jouet d un étrange destin. Quittera le dernier ce rivage lointain.

Bientôt, à ses côtés, de la rive s'élance Uélite des guerriers déjà cbers à la France : Belliard, Bon, Davoust, Vaubois, Reynier, Ougua, L'intrépide Rampon, le sage Dufalga'; Kléber, de ses cheveux secouant l'onde amère. Des flots qui l'ont porté sort comme un dieu d Homère ; Il marche, et d'autres chefs s'avancent après lui : Andréossy, Dumas, Verdier, Leclerc, Dumuy,

A L K \ A > l) Il I K.

Laiiiies, qui de ce jour dalait sa {^raiule liistonv . MaiMiKUil, dont l'avenu' cuiiimeiiçait par la j^jluire junol. ((iii, liors des rangs aventureux soldat. De du(ds en duels éternise un combat : l^erthier, du jeune chef le confident inliuK^:

Eugène Beauharnais, enfant déjà sulilinie. (Jui, de la république exemplaire soutien. Vengeait le sang d'un pèi'e en répandant le sien

CHANT PREMIER

Voilà Desaix : ou lit sur sou visage austère Des autiques Romaius la vertu militaire : De ses habits saus faste il proscrit l'appareil. Il est calme au combat, sage daus le couseil

Citoyeu sous la tente, et sou àme s'applique A servir saus éclat la jeuue république. Quel est ce cavalier sur la selle affermi. Qui, déjà tout armé, demaude Tennemi, Et d'uu triple panache ornant sa noble tète. Semble accourir ici comme aux jeux d'une lètc?

ALEXA.NDKIK.

C'est Mumt ; dans les rangs d'un léger escadron Jamais plus brave chef ne ceignit l'éperon;

Des modernes combats dédaignant la tactique, Il marche indépendant comme un guerrier anti(|ue. Et souvent, loin des siens isolant ses exploits. Provoque tout un camp du geste et de la voix ; Partout on voit briUer dans la poudreuse lice Sou casque théàlnil, su Ibillaule pelisse;

li CHANT PREMIER.

Ce costume pompeux, luxe qu'il aime tant. Le signale de loin comme un but éclatant, Et debout dans le choc des luttes inégales, On dirait qu'il a fait un pacte avec les balles : Va! les champs de bataille, où tu sèmes l'effroi Seront contre la mort un refuge pour toi : C'est ainsi que, vingt ans, ta généreuse vie Passera sous les feux de l'Europe asservie, Achille de la France ! Et le lâche Destin Réserve à ta poitrine un plomb napolitain !

Les soldats, à la voix du père de Tannée, Ont repris dans les rangs leur place accoutumée : Les bras levés aux cieux, tous de leurs saints drapeaux Contemplent en pleurant les glorieux lambeaux. De ces noirs bataillons la plaine est obscurcie : Des bords de l'Éridan, des monts de l'Helvétie, On avait vu courir ce peuple de soldats. Que riioiume du destin attachait à ses pas.

ALKX AMUIIE.

Et qui, d'un long exil oubliant la souiïranrc.

Près de leur jeune chef voyaient toujours la France

Cependant Bonaparte, avare des moments,

A caché dans la nuit sa marche aux musulmans :

A peine la lueur qui dissipe les ombres,

Des monuments épars blanchissait les décombres.

Que l'écho solennel de la ville aux cent tours

Des bataillons français entendit les tambours;

De leurs longs roulements la foule épouvanléc

Erre comme les flots dune mei' tourmentée :

CHANT PREMIP:R.

Sur le toit des maisons, les pâles habitants Contemplent les drapeaux dans la plaine flottants. Et des chiens vagabonds les meutes accourues, D\m lugubre concert font retentir les rues : Du haut des minarets, les aveugles musseins** Appellent les croyants sous les portiques saints ; A leur dolente voix, les femmes convoquées Inondent, en pleurant, le parvis des mosquées :

Kfr.vf'

Et dans de longs versets les farouches imans Recommandent lÉgypte au dieu des musulman:

ALI< XA.N'DHIK.

Tandis qu'un peuple faible, égaré par la crainte, D'Alexandrie en deuil remplit la vaste enceinte, Les soldats du prophète, au sommet des remparts, Promènent, à grands cris, leurs soyeux étendards: Alors sont accourus cinq mille janissaires, Du sultan de Stamboul superbes émissaires; Les Mores demi-nus, ouvrant les arsenaux, Poussent les vieux canons sur le bord des créneaux •

Le Maiigiabin ciiivre. le IJédouin indocile. Pour la première fois soldats dans une villr

18 OHANT PREMIER.

Des remparts menacés noircissent le contour ;

Et le fier Koraim parait sur une tour.

Koraïm ! des chérifs que la cité révère

Nul n'exerça jamais un pouvoir plus sévère ;

Ce riche musulman, tel qu'un prince absolu,

Marche presque l'égal des beys qui l'ont élu ;

Ses calques légers, sous la voile latine,

Portent l'ambre et le musc d'Egypte en Palestine;

Ses étalons guerriers, ses immenses troupeaux.

Du sinueux Delta foulent les verts roseaux.

Et trente eunuques noirs, sous la grille farouche.

(lardent dans ses harems les trésors de sa couche.

Hélas! un bruil sinistre, au lever du soleil.

De l'heureux Koraim a pressé le réveil.

Et déjà, brandissant le sabre des batailles,

Il insultt^ aux chrétiens du haut de sesmuraiHes.

L'armée en ce moment, serpent volumineux. Autour d'Alexandrie a resserré ses nœuds.

ALEXA.MMUK.

Toiit est prèl pour Tassaut; les vieilles compagnies Accourent en portant les échelles unies ;

Les dressent dans les airs, et mille bras tendus Appliquent sur les murs ces chemins suspendus : Alors, vers tous les points que Téchelle menace, Les soldats musulmans, la noire populace. Accourent pêle-mêle, et dans les arsenaux Fouillent, de désespoir, pour armer leurs créneaux Mais, à la voix des chefs soudain mêlant la sienne, Le tambour a battu la charge aéiienne.

CHANT PREMIP:H.

L'hymne patriotique éclate dans les rangs ; Les cymbales d'airain, les clairons déchirants. Entonnant au désert leur guerrière fanfare, Réveillent en sursaut le vieil écho du phare ; A ces cris, à ces chants, les bataillons mêlés Se cramponnent aux murs à flots amoncelés ;

Une ligne de feu. qui jaillit sur l(Mir léte. Des tours et des créneaux illumine le faite*

ALKXAM)UIE.

Koraïin est partout ; son aveugle transport Fournil au désespoir mille instruments de mort; Le peuple entend sa voix ; sa brutale industrie Arrache les créneaux des tours d'Alexandrie, Et quand ces larges blocs résistent à ses mains. Alors du haut des murs, les chapiteaux romains. Les torses anguleux, les frises ciselées. Le vieux sphinx de granit aux faces mutilées.

Tombent (K' bonds en bonds, et hnirs vastes écbit: Sur réclieUe plianle écrasent k^s siddals.

fc)-)

CHANT PUE3IIEIi.

Le premier à l'assaut, Meiiou, d'iin vol agile. Montre à ses grenadiers le chemin de la ville : Tous le suivent des yeux; teint de poudre et de sang, Sur la plus haute tour il arrache un croissant :

yk'^^^l'

>< Attends! » dit Koraim ; de ses bras athlétiques Il rompt le dur ciment des murailles antiques. Et, sous le vaste bloc du rempart assailli, Menou, deux fois blessé, retombe enseveli.

ALEXAiNDlUE.

Au milieu dos débris et des ilôts de fumée Kléber est apparu ; le géant de 1 armée S'est frayé dans les airs d'audacieux chemins ; Il embrasse une tour de ses puissantes mains

Déjà Ton distinguait à son immense taille Le Germain colossal dclioiil sur la niiiiaillc. Quand un soldat l'ar(>uche, Arabe basane. Uampant sur les créneaux, jusqu a lui sest traîne

'ii

CHANT PREMIER

Souliman est son nom , sa patrie est le Caire ; (Test là que des imans ont instruit le sicaire, Qui, maigre d'abstinence et dévoré de liel. Par un meurtre éclatant veut conquérir le ciel*"; Au moment où kléber vers l'Arabe s'incline. La dague du séide a frappé sa poitrine. 11 tombe, et les soldats, hors du poudreux fossé Portent, en frémissant, leur général blessé.

Tandis que siii- 1<'S kmi- les eiifnnl> du piophèle Pai- ce double succès relardent Irur delnilc.

ALEXANDIMi:. "2^

hu l(Mi(l (le la citr, de lumcntables cris Étonnent Koraïm, vainqueur sur les dehris. Loin du san(jlant théâtre où son bras se si}fnal<s Les Francs ont assailli la porte orientale : L'intrépide Marmont, une hache à la mnin. Brise ses lourds battants semés de clous d'airain.

El celte larp,e issue, oiiveite a sa colonne. Semble un gouffre béant où la mer tourbillonne. Ton! a iiii : les P'iancais dominent les remparts : Le pnle Kornïm. (|ii"eiili';iinenl les fuyards.

CHANT PREMIEH.

Tourne ses veux troublés vers les tours sans défense Kl voit sui' loni's créneaux l'étendard de la France

Ainsi ces bataillons, que le souffle des mers Poussait la veille encor vers de lointains déserts, Répétant aujourd'hui l'hymne de leur patrie, Entrent victorieux aux murs d'Alexandrie. Mais, avant de s'asseoir sur les rives du Nil. Que de maux leur promet cette terre d'exil ! Qu'ils goûtent cependant dans la ville étrauf^ère F) lin hanquille bivnc la faveur passajrère;

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