VI
PREFACE
aussi gracieux que le vers de dix pieds, il peut s'élever jusqu'à la majestueuse simplicité de l'hexamètre latin. Le rhythme, monotone par excellence, est celui des octaves ilaliennes, à cinq voyelles finales, ou des strophes anglaises hérissées de consonnes : nous n'avons jamais songé à les attaquer en France; car ainsi sommesnous faits : quand l'humeur critique nous domine, nous l'exerçons toujours contre les nôtres, tant est grand notre respect pour les étrangers et pour les morts ! C'est donc un poëme en vers alexandrins que nous offrons au public; nous avons essayé de les rajeunir, plutôt en les ramenant aux principes de l'école du seizième siècle qu'en les jetant dans le moule des poètes du siècle dernier. Si nous avons fait erreur, la faute n'en doit pas être imputée à l'alexandrin, mais à nous. Au reste, la question, tant en faveur du rhythme que du plan , sera bientôt décidée, si le lecteur parvient à lire nos huit chants avec intérêt, sans fatigue et sans ennui.
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A lUi LIMENT.
Invocation. — Voyage de la tlotle. — Arrivée devant Alexandrie. — Procianiation de Bonaparte; exposition du sujet. — Débarquement de l'armée. — Dénombrement des chefs. — Portraits. — Marolie vers Alexandrie. — Préparatifs de défense. — Le chérif Koraim. — Assaut. — Menou et Kléber blessés. — L'Arabe Souliman. — Prise de la ville. — L'armée se dispose à marcher sur le Caire. — Avant-j^arde commandée par Desais.
ALl:\A^il)^lll:.
Puissent les souvenirs de cette {>rande histoire Consoler notre siècle, orphelin de la jjloire ! Indolents rejetons d'aventureux soldats.
Suivons aux bords du "Nil leurs gigantesques pas,
cil A M IMUniIKll.
Dans ci^s déseiis brûlants où nn)ntenl jnsqn an\ nnc Des sépnlcres hàtis par dos mains inconnues. Soldais (le lOrienl ! héros ivpuMicains , Oua Itriinis le soleil de ses Jeux alricains : \ ous , dont 1<> jcnine Arabe , aVide di^ merveilles , Mêle souvent Thistoiie aux fables de ses veilles ; Appritcdu^z, vétérans! à nos foyers assis. Venez , enivrez-vous d'héroïques récits ; Contez-nous ces exploits que votre forte épéc Gravait sur la colonne où repose Pompée ' ; Heporlez un instant sous les yeux de vos fils Les tentes de la France aux déserts de Memphis : Dites-nous vos combats , vos fêtes militaires , Et les tiers mameluks aux larges cimeterres^ Et la peste , fléau né sous un ciel d'azur. Des guerres d'Orient auxiliaire impur.
Et le vent sablonneux, et le brillant mirage" Qui montre à Thorizon un fantastique ombjajje ; Déroulez ces tableaux à noire souvenir Jus({u'aii joui* (ui, chargés des palnu's d AlHnikii',
ALi:XAM)lUi:.
Vos bras oui l'umoné de IÉon pte luintaiiie Kl l(^ (liapcati (lAi-colc cl le .;>iaii(l capilaiiic.
(^iuiiiiiic un camp \(»yaj>ciir peuple de balailloii- . Qui dans l'immense plaine étend ses pavillons, A la brise du nord , une flotte docile Sillonnait lentement les eaux de la Sicile ; Sur les canons de bronze et sur les poupes d (u , Brille un premier soleil du brûlant messidor : Où vont-ils? on ri{5nore; en ces mers étonnées Un bras mystérieux pousse leurs destinées, Et le pilote même , au p,ouvernail assis , Promène à Thorizon des re[>ards indécis'. Ou imj)oiie aux passagers le secret du voyage ? Olui qui vers le Tibre entraîna leur courage . Sous les mêmes drapeaux les rallie aujourdhui , Et leur noble a\enir repose kuit en lui. Parfois des sons guerriers la magique hai'monie Appelait sur les |Mnils linnueuse c(donie :
(} CHANT PREMIEH.
Aux accords des clairons , des timbales d'airain , Dix mille voix chantaient le sublime refrain
Qu'îUix moments des assauts , ivres d'idolâtrie , Képétaient nos soldats , enfants de la patrie ; C était rhymne du soir. . . et sur les vastes flols Les héroïques chants expiraient sans échos \ La flotte cependant , dans la mer agrandie , Laissant Malte vaincue et la blanche Candie ,
ALKX AMUIIE.
Pour la deiJiièn' l'ois a mi tomber la imil ;
A la rime des mâts dès que ranhc reluit .
On voit surgir des flots la pierre colossale
Qu'éleva TOrient au vaincu de Pharsale,
Et les hauts minaiets dont le riche Croissant
Reflète dans son or les feux du jour naissant ;
Sur le pont des vaisseaux un peuple armé s'élance
immobile et pensif, il admire en silence
Ces déserts sans abris , dont le sol abaissé
Semble un pâle ruban à l'horizon tracé ;
Les palmiers qui, debout sur ces tièdes rivages ,
Apparaissent de loin comme des pins sauvages ,
Et Tétrange cité qui mcnirt dans le repos ,
Entre un double océan de sables et de flots".
Dans ce moment, fescadre , en ceinture formée Entoure le vaisseau qui commande l'armée. De chefs et de soldats de toutes parts pressé , Sur la haut(> dunette un homme s'est placé :
s CHANT I»KK^III:P..
Ses trnits , où la judcsse a la {{laïKlciir >;illi(', Poilcnl les noirs lellets du soleil dllalie ; Sur son front soucieux ses eheveux parla{v<s Tombent négligemment snr la tempe a longea ; Son regard, comme nn fen qui jaillit dans la nue. Sillonne au fond des cœurs la pensée inconnue: De rinstinct de sa force il semble se grandir. Et sa tête puissante est pleine cVayenir! Debout, les bras croisés, Tceil fixé sur la i'i\('. Le liéros va parler, et l'armée attentive Se tait pour recueillir ces prophétiques mots, Oue mêle la tempête au son rauque des flots : « Soldats, voilà VÉgypte! Aux lois du cimeteire u Les beys ont asservi cette héroïque terre : (( De Todieux Anglais ces dignes favoris, « A notre pavillon prodiguent le mépris, « Et feignent d'ignorer que notre république « Peut étendre son bras jusqu'aux sables d AlViijuc (. L'heure de la vengeance approche; c est a vous « Que la France outragée a confié ses coups.