‹ Napoléon en exil, ou, L'echo de Ste. Hél`eneChapitre 17 sur 27 · TOME H. l · texte numérisé non relu

TOME H. l

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1 5. — Sir Hudson Lowe a envoyé clicrclier I'oflicier d'ordonnance, et lui a demandé quelle aflaire engageait le général Gourgaud à entrer dans les appartemens du major Fehrzen ?

J'ai vu Napoléon qui reposait sur son sofa. Il demanda, avec empressement, des nouvelles de madame Bertrand, de Tristan Montholon (un des fils du comte), et de la petite Napoléone, qui tous deux étaient très-incommodés, sur-tout Tristan qui avait une forte attaque de dyssenterie de nature très-inflammatoire, et pour laquelle je l'avais saigné. Quand je lis mention de la saignée à Napoléon, et que je lui eus dit que l'enfant en avait été très-soulagé : a Ali| a-t-ii dit, l'expérience fait tout (i). »

Je lui montrai un écrit très-curieux de l'empereur de la Chine, concernant l'ambassadeur anglais, et je lui en expliquai la teneur. Après qu'il m'eût entendu, il répondit, « qu'il était toujours d'opinion que l'ambassadeur aurait du se soumettre au cérémonial pratiqué par les premiers mandarins ; que les Chinois ne demandaient pas que nous leur envoyassions des ambassadeurs. Que puisque nous leur avions envoyéune ambassade, c'était une preuve que nous avions quelque faveur à leur demander, ou quelque chose à gagner; c'est pourquoi nous devions nous soumettre à leurs coutumes, ou bien ne

(i) Napoléon avait souvent auparavant condamne l'usage de la saignée, qui , disait-il , ôte autant de vie que de sang.

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leur envoyer personne. Vous auriez du traiter ces barbares comme des enfuiis et leur complaire en tout, comme si vous aviez envoyé une ambassade à la lune. Je me souviens d'avoir eu, à Tilsit , une conversation à ce sujet avec l'empereur Alexandre , nous étions alors très-bons amis. Il demanda mou avis à ce sujet, et je lui dis exactement la même cliose que je viens de vous dire. Il en fut entièrement convaincu, et envoya une réprimande à son ambassadeur, pour ne s'être pas soumis au cérémonial qu'on avait exigé de lui.

» Lorsque je fus en guerre avec la Russie, continua Napoléon , je voulus traverser son commerce avec la Chine, en engageant le roi de Perse à lui déclarer la guerre, ce qu'il fit en effet. J'espérais de causer une diversion au moyen des bordes de Tartares soumis aux Perses. »

Je demandai ensuite à l'empereur, s'il était vrai que Talleyrand lui avait proposé de faire assassiner tous les Bourbon, et lui avait même fait l'offre de négocier cette affaire. Napoléon répondit: « C'est vrai , Talleyrand me le proposa , et m'offrit de l'effectuer. )) En réponse à ma question , si cent mille francs n'étaient pas la somme que l'on demandait? l'empereur dit: (c Bien plus; si je m'en souviens bien, c'était un million de francs pour chacun. Je refusai toujours d'y consentir; il ne manquait que mon aveu. Je défendis même que la tentative £îiK faite. »

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iG. — iSapoIéon nie dit qu'il écrivait des observations militaires et autres, sur la guerre de sept ans du grand Frédéric , qui formeraient deux ou trois volumeSk

Cipriani est allé en ville comme de coutume.

20. — Le comte Balmaine et le capitaine Gors vinrent près de Longwood; ils furent rebutés par un sergent du 66^^ en grand uniforme , dans l'emploi de sir Thomas Reade.

Napoléon a parlé du général Lallemand , dont il loua beaucoup le caractère : « Lallemand, a-t-il dit, que vous avez vu sur le Belléroplion, fut employé par moi, à Acre, comme négociateur, avec sir Sydney Smith. Il montra beaucoup d'adresse el d'habileté dans le cours de cette négociation. A mon retour de File d'Elbe, lui et Labédoyère se déclarèrent pour moi , dans le moment le plus périlleux. Lallemand a beaucoup de résolution : il a le feu sacré ; il commandait les chasseurs de la garde à Waterloo et enfonça quelques-uns de vos bataillons. Il a parlé de V*** comme d'une bète sans talens et sans tète , de Soult, comme d'un excellent ministre de la guerre, très-bon faiseur de plans, mais peu capable de les bien exécuter.

y> Après la défaite des Turcs à Aboukir, ajoutat-il , sir Sydney Smith envoya son secrétaire en parlementaire à Alexandrie , pour me remettre des lettres qui m'étaient adressées et qu'un des croiseurs avait prises à bord d'un bâtiment. Sydney Smith y

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joignit quelques journaux anglais dont le contenu me décida à retourner en France, »

21. — Napoléon a été depuis quelques jours de très-bonne humeur. Samedi 19 , plusieurs capitaines de bâtimens marchands de la compagnie des Indes, sont venus voir le comte et la comtesse Bertrand. Les capitaines Innés, Campbell et Ripsley, avec M. Webb, se sont postés derrière la maison, dans Tespérance de voir Napoléon à son retour de chez Bertrand, où il s'était rendu vers quatre heures. Il leur fit signe, dès qu'il les aperçut, et leur parla pendant près d'une heure. Durant ce temps, il leur fit beaucoup de questions sur l'Inde, la con:îpagnie des Indes, lord Moira, sur les profits qu'ils pouvaient faire, etc. Il dit en riant au commodore, qui paraissait extrêmement jeune, qu'il était un enfant et qu'il devait rougir de commander des oftîciers bien plus âgés que lui.

J'ai demandé à Napoléon si c'était à Lodi ou à Arcole, qu'il avait pris un étendard et s'était précipité au milieu des troupes ennemies. Il répondit : « A Arcole, et non pas à Lodi. Je fus légèrement blessé à Arcole; mais rien de semblable n'eut lieu à Lodi. Pourquoi me faites-vous cette question? me croyez-vous un lâche? » dit-il en riant. Je le priai d'être assuré de l'intime conviction que j'avais du contraire. J'ajoutai que sa réputation de bravoure était trop univ ersellement répandue, pour qu'on pût la mettre en doute , et que je n'avais pris la liberté de lui faire cette question , que pour résoudre un doute

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qui s'était élevé parmi quelques-uns de nous autres Ani;lais, qui ne pouvions nous procurer de livres à Sainte-lléiène. «Ces choses- là, continua-l-il, ca souriant, ne valent pas la peine qu'on en j^arle. »

J'ai eu avec lui une longue conversation sur la niédccJne. 11 parut avoir l'opinion que dans certains cas, qui sont purement du ressort médical, le malade risque également d'ètie expédié pour l'autre monde, soit que le docteur se trompe sur ce qui fait le mal, soit que les remèdes administrés fassent un eflfet différent de celui qu'on en attendait; il était, en conséquence, d'avis de laisser agir la nature. Quant à la cliirurgie, il en avait une opinion bien différente, et reconnaissait lu grande utilité de cette science. Je m'efforçai de le convaincre que, dans quelques maladies, la nature était un mauvais médecin; et j'alléguai, pour preuve de ce que j'avançais, lesexeni'ples dont il avait été témoin oculaire, dans les cas tels que ceux de la comtesse Montholon , du général Gourgaud, de Tristan et d'autres qui, si on les eût abandonnés à la nature, auraient fait Je voyage dans l'autre monde. J'observai que, dans la pratique, nous avions toujours un certain objet en vue, et que nous ne prescrivions jamais de remède sans avoir d'abord bien examiné quel devait être son effet. Ce-r pendant Napoléon resta dans son doute, et il était porté à croire que s'ils n'eussent point pris de médecine, et s'ils eussent observé une stricte abstinence , de tout , en se contentant de faire iisage de beaucoup

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de dissolvans, ceux dont j'ai parlé tout à Theure auraient aussi bien fait.

Après avoir cependant entendu mes raisons, il dit: (( Eh bien, peut-être que si je fais une maladie sérieuse, je changerai d'avis, que je prendrai tous vos remèdes, et ferai tout ce qui vous plaira. Je voudrais bien savoir quelle espèce de malade je serais, et si je serais traitable; mais je le crois. )) Je raisonnai ensuite avec lui sur l'inflammation du poumon, et je lui demandai s'il pensait qu'en abandonnant la nature à elle-même , elle pût guérir cette maladie ; il parut un peu embarrassé d'abord ; mais, après avoir demandé quels en étaient les remèdes, je répondis que la saignée était le principal : ((Eh bien donc, reprit-il, cette maladie est du ressort du chirurgien , parce qu'il la guérit avec sa lancette, et la guérison n'en appartient pas à un médecin. (( Je parlai ensuite de la dyssenterie et des fièvres intermittentes. ((Les remèdes employés pour les fièvres intermittentes, dit- il, occasionnent souvent des maladies pires que celles qu'ils font disparaître. Supposons que le médecin le plus habile visite chaque jour quarante malades, il en tuera un ou deux par mois, en se trompant sur la maladie; et dans les villes de province, la moitié au moins de ceux qui mourront entre les mains de ces charlatans, auront été tués par eux. Les villes de province en Angleterre , aussi bien qu'en France , abondent en médecins tels que celui de Molière. Êtes- vous fataliste? » Je répondis : En action.

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oui. «Pourquoi pas ou loul?» dit l'empereur. Je ]ui (lis que je regardais, dans certains cas, la perte d'un homme comme inévitable, s'il ne s'efïbrçait pas de fuir le sort dont il était menacé j en usant de toules les ressources qui étaient en son pouvoir. Par exemple, je dis que si, dans une bataille, un homme voyait venir à lui un boulet de canon, comme il arrivait quelquefois, il se jetterait naturellement de coté et éviterait par-là une mort qui, autrement, serait inévitable; j'ajoutai que je pensais que cette comparaison pouvait s'appliquer à de certaines maladies, si l'on considérait le mal comme le boulet, et l'action de se mettre de côté, comme le remède. Napoléon répliqua : « En vous rangeant de côté , vous j)ourriez peut-être vous placer dans la direction d'un autre boulet, qu'autrement vous eussiez évité. Je me rappelle, ajouta-t-il, qu'il arriva, au siège de Toulon, dans le temps que je commandais Partillerie , un exemple de ce que je viens devons dire. Quelques artilleurs marseillais furent envoyés au siège : or , de tous les peuples de la France, les Marseillais sont les moins braves, et généralement parlant, ils n'ont que très-peu d'énergie. J'observai un officier qui était, comme les autres, très-soigneux de se ménager, au lieu de montrer l'exemple. Je l'appelai donc et lui dis : M. l'efficier, sortez et venez observer l'efFet dç votre boulet. Vous ignorez si vos pièces sont bie^i pointées ou non. Nous faisions feu dans ce moment contre les bâtimens anglais. Je l'engageai à voir si nos

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Loulets frappaient contre le corps des bâtimens. Il Ji'avait pas du tout envie de quitter son poste; mais à la fin il vint où j'étais, un peu en deliors du parapet, et commença à examiner ; mais voulant diminuer son volume et exposer sa personne le moins possible, il se baissa et mit un coté de son corps à l'abri du parapet tout en regardant par-dessous mon bras. 11 n'y avait que très-peu de temps qu'il était dans cette position, lorsqu'un boulet, passant près de moi, à bauteur de ceinture, le mit en pièces. EU bien, si cet liomme se fût tenu droit et se fût bravement exposé au danger, il eût été préservé, car le boulet aurait passé entre nous deux, sans nous blesser ni l'un ni l'autre. »

Je racontai ensuite à Napoléon une circonstance qui s'était passée sur le /Victorieux , vaisseau de soixante-quatorze, capitaine Talbot , lorsque j'étais à bord de ce bâtiment. Pendant l'action avec le bâtiment français le Rivoli , un bomme qui avait été légèrement blessé, s'était glissé au milieu des cordages dans rentre-pont,de manière qu'il paraissait impossible qu'un boulet l'atteignît. Malgré l'apparente sûreté de ce lieu , vers la lin de l'action , un boulet vint frapper très-bas sur le vaisseau , perça les ailes , traversa deux ou trois monceaux de câbles , puis se releva , alla fra[)per un des baux qui soutenaient l'eutre-pont , et ayant perdu sa force il retomba sur la poitrine de cet bomme qui était çoucbé sur le dos, et le tua. On le trouva ensuite

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avec le boulet de trente-six livres, reposant sur sa poitrine.

<( Ce trait , dit Napoléon, eonfirme ce que je vous dis, qu'on ne saurait fuir sa destinée. )) Napoléon parut s'intéresser beaucoup à cette anecdote, et demanda si cet homme était soldat ou matelot : je répondis qu'il était matelot.

L'empereur , dans le cours de la conversation , parla d'eunuques , et observa que l'usage de mutiler ainsi des hommes était honteux et horrible. « J'ai aboli cet usage, dit-il, dans tous les pays sous ma domination ; je l'ai même défendu à Rome , sous peine de mort. Il avait entièrement cessé , et je pense que, quoique le pape et les cardinaux soient maintenant les maîtres, il ne reparaîtra pas.

)) Je me rappelle , ajouta-t-il , un incident relatif à un homme de ce genre et qui m'a beaucoup fait rire. C'était un nommé Cressentini, excellent chanteur , qui chantait souvent en ma présence et me causait beaucoup de plaisir. Désirant encourager le mérite dans tous les genres , et comme c'était pour son malheur et non par sa faute qu'il avait été mutilé , puisque , probablement , il n'avait que deux ou trois ans quand on lui avait fait cette opération , je lui donnai la croix de la Couronne de Fer. Cependant cet acte déplut à beaucoup de personnes , qui dirent qu'un être qui n'était pas homme , ne devait pas porter un ordre réservé aux hommes. Il y eut, à cet égard , de grandes discussions dans lesquelles

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madame Grassini , que yoiis connaissez , je pense , prit également part.

» Tandis que d'autres me blâmaient, madame Grassini dit : Je pense que l'empereur a bien fait de lui donner cet ordre; je crois qu'il le mérite. — Questionnée sur le motif de son opinion , elle répliqua : — Je pense qu'il le mérite , ne fût-ce qu'à cause de ses blessures. — Cette saillie excita un rire général et mit lin à l'affaire. Je crois que personne n'en a plus ri que moi. »

20. — Hier, Napoléon a été indisposé j il a eu recours à ses remèdes ordinaires , la diète et les dissolvans. Il est resté tout le jour dans sa chambre et n'a rien mangé. Il m'a dit qu'il s'était levé à trois heures du matin , et qu'il avait écrit ou dicté toute la journée.

Je lui ai donné deux ou trois journaux. Il a répété qu'il n'ajoutait pas foi au bruit d'une prétendue guerre entre la Russie et l'Amérique , attendu que cette guerre était contraire aux intérêts de Tune et l'autre nation.

Le général Gourgaud s'est rendu avant-hier à cheval à la maison d'alarme ; il a rencontré sur sa route le commissaire russe et le capitaine Gors , avec qui il a causé pendant long-temps. Le capitaine Poppleton, qui allait dîner à Plantation-House , les vit. Quand le gouverueur en fut informé, il dit d'abord que le capitaine Poppleton aurait dû rester avec eux pour écouter ; mais quand on lui eut objecté

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qu'il ne pouvait en agir ainsi sans leur faire affront, attendu que le général Gourgaud savait que le capitaine devait diner à Planta tion-1 louse , il avoua que cela n'avait pu se faire.

Cependant, le même jour , arriva un billet du major Gorrcquer, dans lequel il disait que le gouverneur avait besoin de voir sur-le-champ le capitaine Poppletoiî , et qu'on le sommait de faire un rapport ofliciel sur les circonstances dont il avait été témoin la veille, entre le commissaire et Gourgaud. Que le gouverneur regrettait qu'il n'eût pas suivi ces messieurs , et pris part à leur conversation , conformément à ce qu'il lui avait recommandé un certain jour, étant en ville avec lui. Dans son entrevue avec Poppleton, le gouverneur dit à cet officier qu'il comptait que , toutes les fois qu'il apercevrait les Français causant, il s'introduirait, comme par hasard, dans leur société.

Ces précautions parurent singulières , attendu que deux personnes qui en étaient l'objet, avaient eu ensemble une longue entrevue lors des dernières courses de chevaux , eu présence du gouverneur luimême et de son état-major , sans qu'il en fût résulté aucun inconvénient.

, J'ai revu Napoléon le soir , et il m'a dit qu'il se portait parfaitement bien. Il a parlé du temps qu'il avait coutume de consacrer aux affaires , quand il était à Paris. Il dit que souvent il dictait à quatre secrétaires à la fois , sur des sujets dilférens , quel-

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quefois même à cinq , et chacun d'eux écrivait aussi vite que possible. Il a fait quelques observations concernant l'empereur d'Autriche , disatit que s'il se fût mis entre ses mains , il aurait éprouvé le meilleur traitement possible et joui d\ine liberté illimitée. 11 ajouta que Tempère ur François était un homme bon et religieux , mais une ganache , un homme qui , avec du bon sens, ne faisait jamais rien par luimême , et que Metternich ou quelqu'autre menaient par le nez , que son gouvernement serait mauvais aussi long-temps qu'il aurait de mauvais ministres , parce qu'il se fiait entièrement à eux et ne s'occupait que de botanique et de jardinage.

24. — Napoléon a été aujourd'hui de très-bonne humeur. Il s'est montré très-curieux d'avoir des détails sur l'expédition de Murât contre la Sicile. Il m'a demandé une note exacte des forces anglaises qui avaient alors occupé la Sicile, et a paru surpris quand je lui dis que ces forces montaient à environ vingt mille hommes , tant Anglais qu'Hanovriens, etc. Il m'a demandé si je croyais que Murât eût réussi à prendre l'île, s'il eût débarqué? Je répondis que je ne le croyais pas , parce qu'indépendamment des forces anglaises formidables qu'il avait contre lui, les Siciliens eux-mêmes en général haïssaient les Français et avaient déclaré que s'ils arrivaient, ils renouvelleraient les Vêpres siciliennes. M'ayant demandé combien de troupes avait Ferdinand, je répondis : Environ quinze mille hommes, de la fidélité

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desquels nous doutions beaucoup, et que nous gardâmes en conséquence près de Palernie , à l'exception d'un régiment de cavalerie. Il désirait savoirs! nos bâtiraens auraient pu garder le canal, la nuit que Murât avait fait débarquer un petit corps, et s'ils eussent pu rester à l'ancre le long de la cote sicilienne du Faro. Je lui dis qu'il n'y avait pas de doute que les bâtiniens n'eussent tenu le canal cette nuit-là, qu'ils auraient également pu rester à l'ancre le long du Faro, mais qu'ils auraient couru des risques pendant les vents de sirocco, parce que le fond était peu propre à maintenir l'ancre , et que les bâtimens étaient exposés à donner contre le rivage. Il demanda le nom de l'amiral anglais. (( Cet imbécille de Murât, ajouta-t-il, m'a fait perdre de 12 a i3oo bommes en voulant efi'ectuer cet absurde débarquement en Sicile.

» Je ne sais quel objet il pouvait avoir en vue en débarquant ce petit nombre d'Iiommes (i). » Je ré- ])liquai qu'on avait assuré que l'intention de Mur;it était de débarquer avec toute son armée près du Faro, et que ce petit corps était destiné à faire une espèce de diversion, (c Croyez-vous qu'il eût pu débarquer cette nuit-là?)) dit Napoléon. Je répondis que je le pensais, attendu que tous nos bàtiniens

(0 II est peut-être utile d'apprendre au lecteur que j'e'tais attache' à la flottille contre Murât; j'e'tais sur un haliment à mortier, sous les ordres du capitaine Coffin , pendant tout Iq temps dont on pai'le.

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s'étaient retirés et s'étaient renfermés dans le port de Messine, a Si j'avais réellement cru, dit ISapoléonj que Murât réussît à prendre la Sicile , j'aurais fait sortir la flotte de Toulon , avec trente nulle hommes prêts à effectuer le débarquement près de Palerme, et d'où l'avant-garde se serait rendue directement au Faro, pour couvrir le débarquement de Murât; mais toute cette démonstration n'avait pour but que de tenir l'armée anglaise inactive en Sicile, au moyeu de la canaille qui était sous les ordres de Murât (i), et non de prendre la Sicile , parce qu'il avait peu de troupes françaises avec lui, et que je craignais que votre armée ne fût employée ailleurs contre moi. )) Je demandai s'il n'y avait pas eu un traité secret entre Murât, l'amiral et le général anglais, pour permettre à Murât de se retirer avec ses troupes et ses bateaux, sans qu'on l'inquiétât. « Non, dit Napoléon , il n'en existait aucun que je sache. Pourquoi me faites-vous cette question? » C'est , reprisjc, parce que l'on a si peu fait pour les inquiéter dans leur retraite, que j'ai souvent pensé que l'on avait conclu quelque convention pour laisser Murât se re-

(1) Miirat ne connaissait pas celte circonstance. Il avait hien re'cllcment l'inlenlion de débarquer en Sicile; mais la nuit qu'il devait embarquer toute son arme'e à cetefl'et, le gene'ral Grenier, qui commandait avec lui les troupes françaises, lui montra un ordre qui leur dc'fendait de faire une pareille tentative. C'est ce que j'ai appris depuis par quelqu'un qui e'iait alors ministre du malheureux roi Joachim.

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tirer tranquillement avec ses troupes, pourvu qu'il renonçât à son entreprise. 11 rit beaucoup et dit : (c II n^y a jamais eu de convention semblable , au moins à ma connaissance. »

Je lui parlai ensuite du complot formé pour massacrer les odiciers anglais , et pour cbasser les Anglais de la Sicile ; complot qu'on dit avoir été découvert en i8io,})ar ***. «Caroline, dit-il, était très-capable de former un tel complot. Cependant, je crois que *** en a imaginé une grande partie, et que, par conséquent , il vous trompait dans le moment où il prétendait faire de si importantes découvertes. Murât recevait des nouvelles de quelqu'officier anglais. » Je lui dis que *'*^* avait fréquemment été envoyé en Calabre , déguisé en paysan. « Très-probablement, répliqua Napoléon , il vous traliissait toutes les fois qu'il s'y rendait. ))

11 parla ensuite des Corses, dit qu'ils étaient naturellement braves et vindicatifs ; que c'étaient les meilleurs amis et les plus cruels ennemis du monde. «Leur caractère distinctif, ajouta-t-il, est de ne jamais oublier un bienfait ni une injure. En Corse, la plus légère insulte est una archibugiata. Les assassinats y sont par conséquelit en grand nombre; mais, d'un autre coté, il n'est personne de plus reconnaissant pour les services qu'on leur rend ; et ils ii'bésiteront pas à se sacrifier pour la personne à qui ils ont de l'obligation. ))

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