LE VOLANT -CORSE OU UN JOLI JOUJOU POUR LES ALLES
Napoléon est lancé en l’air par Schwarzenberg et Miteher, que la partie semble intéresser tout particulicrement.
Comme le sabot corse , cette caricature parut également avec texte français et texte anglais, et elle fut bien souvent imitée par les différents dessinateurs, qui croyaient devoir interpréter, chacun à sa façon, le sujet du jour. Cette idée du Corse lancé en l’air comme un volant semblait, du reste, exercer sur les esprits une attraction tout à fait particulière.
[ Caricature de George Crxnkshank, 10 avril 1814.]
296. — Parvenant à la mort du renard corse. Dernière scène. — Rowlandson a copié la précédente caricature de Gillray, Mort du renard corse; seulement il a substitué Blücher à Georges III et changé les noms sur les colliers des chiens; c’est ainsi que l'on lit ici : Wellington, Schwarzenberg, Kutuzoff (1), duc d’York, et prince héritier de la couronne.
Caricature de Rowlandson , 12 avril 1814.
297. — Une grande manœuvre, ou Marche des coquins sur l’île d’Elbe. — Napoléon pleure sur sa propre disgrâce. Ses mains sont liées derrière le dos, son uniforme en lambeaux est mis à l’envers et ses bottes n’ont plus de semelles; quelques gamins tirent avec effort une corde passée autour de son cou, afin de l’amener à un bateau dans lequel le Diable est assis et l’attend; Tallevrand fait tout son possible pour faciliter les choses en le poussant par derrière, avec un « balai des alliés », et il va au-devant du destin au milieu des malédictions universelles. Le petit roi de Rome, fourré dans une des poches de son habit, lui crie : « Attention, papa, j’ai une grande manœuvre dans votre poche. »
Caricature de Georges Cruikshank , 13 avril 1814.
298. — La marche des coquins. — Blücher tire par une corde Napoléon et son frère, liés tous deux par les mains, comme des malfaiteurs; Napoléon a des oreilles d’âne, Blücher porte sur ses épaules une grande pancarte avec l’inscription suivante : « Napoléon, dernier empereur des Français, roi d’Italie, protecteur de la Confédération duRhin, grand arbitre du sort des Nations, etc., etc., maintenant, par l’autorisation des souverains alliés, exilé à 1 lie
(1) Kutuzoff ou Koutousof-Sniolenski, feld-mareelial des armées russes, mort en 1813, après avoir mérité le titre de Sauveur de la Russie. Généralissime de l'armée, il perdit la bataille de la Moskowa, mais, pendant la retraite de nos troupes, il eut l’avantage à Dorogobory, et à Krosnoe, près do Smolensk.
d’Elbe, expulsé de la société, fugitif, vagabond. » — Tel est le mortel présomptueux qui disait : « Je n’ai jamais été séduit par la prospérité et l’adversité ne pourra pas me « vaincre. » — À l’arrière-garde, les tambours qui jouent « la Marche des Coquins » tandis que toutes les puissances de l’Europe dansent autour du vieux drapeau des Bourbons sur lequel on lit : « Réjouissez-vous, ô rois, vive le roi! »
Caricature de Rowlandson, 15 avril 1814.
* Les musiques militaires des nations liguées contre Napoléon jouant alors la « marche des alliés », les caricaturistes étrangers inventèrent, comme contre-partie, la « marche des coquins ».
299. — Les chagrins de Boney, ou méditations dans l’île d’Elbe. — L’Empereur inconsolable, assis sur un rocher, et pleurant abondamment en regardant le continent européen si bien gardé parles vaisseaux des alliés.
La même estampe a été publiée avec cette autre légende : « Larmes de crocodile . »
Caricature anonyme, io avril 1814.
300. — La dernière marche des conscrits, ou Satan et ses satellites précipités dans l’oubli. — Napoléon et ses frères sont réunis en bande , chargés de lourdes chaînes, en loques, et fouettés par un cosaque féroce. Pour ajouter aux misères du pauvre Boney, son fils le tire par son habit en criant : « Ne m’avez-vous pas promis que je serai roi? » tandis que Talleyrand paraît être au comble de la joie. Une grande botte, remplie de couronnes et de sceptres, porte l’étiquette : « A leurs vrais possesseurs. »
Caricature anonyme , 17 avril 1814.
* La caricature ne se trompa point sur le rôle louche etodieux joué par Talleyrand dans les événemeuts de 1814. Elle le mit en scène de toutes les façons avec son "sourire de vieil édenté et son profil de vieux roué. Il avait beau chasser de son pied-bot le « coquin de meurtrier », il n’en tenait pas moins les fils de toutes les intrigues.