‹ Napoléon en imagesChapitre 43 sur 59 · L’ADIEU AFFECTUEUX, OU UN PRÊTÉ POUR UN RENDU · texte numérisé non relu

L’ADIEU AFFECTUEUX, OU UN PRÊTÉ POUR UN RENDU

Talleyrand chasse Napoléon à coups de pied en lui disant : « Va t’en, coquin, je vais briser ta couronne, vagabond. » — Sur le papier qu’il tient à la main, on lit : « Abdication ou Les dernières volontés d’un

ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES

meurtrier. » — Dans le fond, tous les éclopés des guerres de l’Empire qui se lèvent pour poursuivre le souverain détrôné et s’écrient : « Désossez-le, mon petit Taley. » L’un d’eux va jusqu'à dire : « Quoi ! le laisser s’échapper sans une égratignure! non, non. » — Au poteau indicateur de l’ile d’Elbe la corde pour pendre Napoléon.

[Caricature de Roivlandson, 17 avril 1814.]

302. — La fin raffinée d’un usurpateur français, — Bonaparte est assis sur un trône formé d’os et de crânes.

Sa couronne de tyrannie est tombée et s’est brisée; il se décharge du trône de France, ayant déjà fait de même avec ceux de Hollande, de Rome, de Portugal, qui représentaient ses succès antérieurs.

Les abeilles elles-mêmes abandonnent son manteau impérial.

Le temps met un éteignoir sur sa tète, pendant que le duc de Wellington, l'empereur Alexandre, l’empereur d’Autriche, et Je prince héritier de la couronne, sont occupés à regarder Blücher qui administre au pauvre patient un affreux breuvage noir.

Trois danseuses, dont deux tiennent un bouclier fleurdelysé sur latête de leurcompagne, symbolisent la joie de la France à la nouvelle de la chute de l’Empereur, et de l’avènement de Louis XVIII.

Caricature signée : J. N.del., R. sc.; attribuée par M. Grego ci Roivlandson, 20 avril 1814.

* Encore une caricature qui, sous sa forme principale, tout au moins, je veux dire avec le trône formé d’os et de crânes, donna lieu à de nombreuses reproductions. On vit ainsi des pyramides de toutes espè^s personnifiant l’homme et son système, Napoléon et l’Empire français.

303. — Boney à l’île d’Elbe, ou L’amusement d’un fou. — Bonaparte, ayant sur la tète une couronne de paille et brandissant un sceptre de paille, fait partir un canon de paille en visant des mannequins, également de paille, qui sont censés représenter la Russie, la Prusse, l'Autriche et la Suède.

Le canon, naturellement, prend feu et son armée (un caporal] s’écrie : « Ah diable ! vous « brûlez le matériel, vous brûlez vos jouets » . Le monarque fou continue son petit amusement et répond : « Mes camarades sauront maintenant ce que peut faire le Conquérant a du monde! »

Caricature anonyme, 20 avril 1814.

304. — « Cruce dignus ». — Grande Ménagerie, avec la représentation exacte de Napoléon Bonaparte, le petit singe Corse, comme il apparaîtra probablement à l’ile d’Elbe.

Reproduction, sous une forme satirique, d’une gravure de Lee publiée en 1803 sur la <c Grande Ménagerie de Pidcock, jadis Golibry, à Londres. »

Caricature anonyme, 20 avril 1814.

* De tout temps, les Anglais avaient eu un faible pour ces sortes d’exhibitions : il était donc naturel qu’après les ménageries ordinaires, les caricaturistes, qui transformaient si facilement Napoléon, soit en singe soit en tigre, le fissent figurer au premier plan de ces « ménageries politiques » qui avaient le don d’intéresser au plus haut point John Bull. D’où les nombreuses ménageries donnant la reproduction exacte d’un « petit animal corse, malfaisant entre tous, capturé après mille dangers, après des années de poursuite acharnée. »

305. — Pain d’épices brisé. — Napoléon est à l’ile d’Elbe, dans une situation misérable, ayant pour tout logis une pauvre hutte couverte de chaume avec cette inscription : « Marchand de pain d’épices éloigné de Paris. »

Sur la tète, il porte un plateau de pain d’épices brisé et il crie : « Achetez mes portraits. « Voici mes gentils petits empereurs et rois en pain d’épices, pour le détail et pour l’ex- « portation. »

A l’arrière-plan, on aperçoit la côte de France, et le peuple en fête qui danse autour d’un drapeau sur lequel on Jit : « Vivent les Bourbons. »

Caricature signée : G. H. inv., George Cruikskcinkfecit, 21 avril 1814.

301). — L’EMPEREUR BARON EN FER (DE L’ENFER) PRENANT POSSESSION DE SON NOUVEAU ROYAUME.

5 Le texte anglais, comme on peut s’en rendre compte facilement, contient un calembour, la légende, suivant une habitude chère aux graveurs d'outre-Manche . donnant les deux versions. John Bull devait, très certainement, sc complaire en ces jeux de mots qu’on prenait la peine de lui expliquer avec une telle insistance. « Le baron de l’enter traîné dans une cage de fer s, inutile d’appuyer autrement. — De la bouche de Napoléon sortent les mots : » Oh! res damnés Cosaques ! » — Ces damnés Cosaques, que les crayons encensaient à plaisir, parce qu’ils avaient donné le coup de grâce à la puissance napoléonienne, tenaient une grande place dans toutes les estampes anglaises de l’époque.

t Caricature de George Cruikshank, 23 avril 1814.]

307. — Napoléon redoutant son triste sort, ou Sa grande arrivée dans nie d’Elbe. — L’Empereur exilé, au moment de son débarquement. Il a été amené près du rivage dans un petit bateau, et son léger bagage, gardé par son unique serviteur, un mamelouck, est déposé sur la côte.

Une main dans son habit, l’autre enfoncée dans la poche de sa culotte, il paraît souffrir de la curiosité impertinente des indigènes, habitants et animaux.

« Ah! malheureux que je suis , de voir ce que j’ai, et de savoir ce que je vois. »

Une énorme mégère, très halée, lui frappe sur le dos et, tout en lui offrant sa longue pipe, lui dit : « Allons, faites risette, mon petit, je serai votre impératrice. »

Caricature de Roiulanclson, 2o avril 1814.

* Cette caricature, ainsi que beaucoup d’autres, fera allusion d’une façon indirecte aux amours féminins de Napoléon.

308. — Le Tyran, atteint par la Justice, est chassé du monde. — Napoléon, enchaîné à son rocher, regarde désespérément ce monde qu’il ne peut plus atteindre, pendant que le Diable lui fait les cornes.

Caricature de Lewis Marks , mai 1814.

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309. — LA NÉCESSITÉ COMMANDE QUAND WELLINGTON CONDUIT, OU LE RETOUR DE LOUIS-

Autour de Louis, traînant sa goutte dans un chariot qui a la forme d’une chaise longue ou d’un bain de siège, Blticher et Wellington. Ce dernier surveille Napoléon, en le menaçant d’une \erge de bouleau, tout en lui faisant chanter : « Dieu sauve le roil » Napoléon, que cette posture ne charme qu’à demi et qui essuie ses larmes avec un mouchoir, dit : • Je veux être damné si je le fais. » A quoi Blücher objecte qu’il sera damné de toute façon, qu’il le fasse ou ne le fasse pas.

[Caricature de Lewis Marks , mai 1814.]

310. — Départ d’Apollon et des Muses, ou Adieu à Paris. — Restitution des trésors artistiques, pris par Napoléon, à leurs possesseurs véritables; une longue file de wagons remplis de tableaux, avec les étiquettes : Hollande, Italie, Venise, Berlin, Vienne. Louis XVIII, au Louvre, se lamente et dit : « Cher Talley, persuadez-les de nous <c laisser quelques-unes de ces belles choses, pour mes chambres ; elles jetteront un baume « sur les députés, et amuseront le peuple. »

Talle.yrand répond : « J’ai essayé de tous les moyens pour les garder, mais les nations « ont vu clair dans notre jeu et ne veulent pas être" plus longtemps dupées. »

Apollon et les Muses sont montés sur un char doré que tirent des chevaux et le Lion britannique; les premiers ont Blücher pour postillon, et le dernier, le duc de Wellington qui s’écrie : « En avant, Blücher, hâtons-nous de restituer les biens dérobés. »

Caricature del. Sidebotham, mai 1814.

311. — Mouchant Boney. — Napoléon tient la place delà chandelle mise dans un petit bougeoir à main que mouche, à l’ancienne mode, un Cosaque gigantesque.

Caricature de George Cruikshank , 1 er mai 1814* (Voir la vignette en tête de l’Avant-propos).

312. — Le tyran du Continent est tombé. — Le trône de l’Empereur est renversé, sa couronne et son sceptre gisent à terre. Le Diable saisit Napoléon, qui recule épouvanté devant l’apparition céleste d’une main tenant une épée flamboyante et lui disant : » Tu es destiné à un châtiment qui ferait trembler les damnés, et en face « duquel leurs souffrances leur paraîtraient des joies. »

Le « tyran » se lamente ainsi : « L'Europe est libre. L’Angleterre se réjouit. L’empire

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« et la victoire sont abandonnés, pour la pauvreté, la disgrâce et la honte. Dépouillez-moi « de toutes mes couronnes et de toutes mes fonctions. Prenez, oh ! reprenez vos sceptres, « mais épargnez ma vie ! »

Caricature de Roidandson, 1 er mai 1814.

313. — Otium cum dignitate, ou Une vue de l’île d’Elbe. — Napoléon, en haillons et sans bas, fume une courte pipe de terre, et anime le feu avec un soufüet. Bertrand (1) embrasse une femme à la dérobée, probablement Pauline (2), et Jérôme Bonaparte raccommode des filets.

Caricature de George Oruikshank, 1 er mai 1814.

314. — La chaise d’Elbe, ou Un nouveau trône pour un nouvel Empereur, ou Un vieux pécheur s’asseyant sur la chaise du repentir. — Napoléon, coiffé d’un bonnet d’âne, est dans son habitation, sur le roc, pauvrement vêtu, assis sur une chaise percée. Il est entouré de bouteilles de pharmacie, de pots de soufre, d’un onguent contre la gale, et il se gratte avec force.

Caricature de George Cruikshanl r, 5 mai 1814.

* La chaise percée, en guise de trône, se rencontrera sans cesse dans les caricatures de l’époque.

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