BATTANT DU TAMBOUR SUR L’ARMÉE FRANÇAISE
Blücher tient Napoléon dans un tambour. Il bat la Marche dos alliés alternativement avec une verge de bouleau et avec un tampon de grosse caisse. En tête, la Russie, la Prusse et l’Autriche, celte dernière jouant du fifre. Derrière, l’armée royaliste rentrée avec la coalition.
[ Caricature anonyme, juin 1814.]
CARICATURES ANGLAISES
318. — Un vomissement impérial. — Bonaparte rend les royaumes qu'il avait engloutis. Le prince Régent, derrière lui, dit : « J’espère, mon camarade, que vous êtes « maintenant bien débarrassé, et que vous ne vous donnerez plus la peine d’avoir à « prescrire ni à proscrire. »
Caricature anonyme, 4 juin 1814.
* Reproduction, sous une autre forme, de la caricature : Médication brevetée de John Bull (voir, plus haut, n° 258). Le « vomissement impérial » fut, du reste, traduit à ce moment, soustoutesles formes, Napoléon rendant tantôt au Diable, tantôt aux souverains alliés, tantôt aux musées d’Europe ce qu’il leur avait pris. Une estampe le montre même rendant ses comptes à Dieu.
Cette façon de faire rendre, par la bouche, aux accapareurs de provinces ou de numéraire ce qu’ils ont accaparé obtint, de tout temps, un très grand succès auprès des masses et se retrouve encore dans les feuilles ordurières de 1871, alors que l’on faisait rendre à Napoléon III ses canons, sur « le comptoir des marchands de vins ».
310. — LE JEU UE CARTES (LE CRIBBAGE), OU LE BERNIEB FAUX FUYANT DE BONAPARTE.
- Au-dessus de Napoléon on lit : Huit; c’est La carte qu’il accuse. Le cliiflre XVUI place au-dessus de son partenaire, le roi d'Angleterre, est une allusion au retour de Louis XVIII.
[Caricature de George Cruikshank, signée : G. II. in/:., 6 juin 1814.]
* Les parties de cartes sont une des plus vieilles formes de la caricature politique; il faut savoir gré à la caricature anglaise de n’en avoir usé que très modérément dans ses satires contre Napoléon. Elle se contenta d’un ou deux jeux de cartes satiriques qui, à l’époque, firent le bonheur des bourgeois londoniens, et des jeux, genre jeux d’oie, dans lesquels il fallait, soit trouver l’Empereur disparu au fond de Elle d’Elbe, soit arriver bon premier à Waterloo.
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320. —COMBAT NAVAL EN COMMÉMORATION DE LA P AIX ( après le traité de Paris).
(Le prince récent est censé faire lui-même le boniment explicatif de la petite fête). -- * Voyez. Messieurs, voici un fleuve pour vous. C'est une nouvelle fantaisie et très utile dans ma position (1) : comme il doit y avoir un grand gala, j’imagine le lac Serpentin et toute la marine anglaise félicitant l’Angleterre en l’honneur de la paix. »
Napoléon, porté par un obus, saute en l’air sur le vaisseau le Colosse. Au premier plan, le prince régent et, confortablement assis devant lui, comme quelqu’un qui ne veut rien perdre du spectacle, jolm Bull, avec ses inséparables, pipe et chope d’ale, car on lui a fait Plionneur d’une invitation.
Lu pont avait été jeté sur le canal du parc de Saint-James, et c’est de là que fut tiré le feu d’artifice.
[.Caricature de îlouilandaon, 23 juillet 18Ü.]
* Tout à la joie de la paix, les caricaturistes anglais produisent peu durant la seconde moitié de l’année 4814. Rowlandson, surtout, si fécond à d’autres périodes, et qui sera encore tout le temps sur la brèche, durant les Cent-Jours, abandonna presque complètement la satire politique pour se renfermer dans un sujet qui lui était cher, l’étude des moeurs. Il se contenta de cette grande planche, ajuste titre célèbre : Peace. and Plenty (Paix et abondance) qui montre, sur les murailles d’un des forts de la vieille Angleterre, un poste de soldats dormant ou courtisant la brune et la blonde. Après la signature du traité de Paris (30 mai 1814b l’explosion de bien-être, de contentement, fut incommensurable : « Chaque jour ressemble à un jour de tète où toute la population se promènerait dans la ville », dit un témoin oculaire : les estampes allégoriques abondèrent, se succédant avec une rapidité telle que, « à peine exposée », nous dit le même témoin « la dernière gravure était remplacée par une autre gravure ».
Le détail des fêtes de juin 1814, en l’honneur de l’empereur de Russie et du roi de Prusse, arrivés à Londres le 7 juin, en compagnie du maréchal Blücher et de l’hetmann Platow, se trouve, tout au long, sur les pièces du jour; mais les caricaturistes, eux aussi, voulurent faire entendre leur note dans ce concert de réjouissances unanimes et, pour amuser le peuple, ils firent figurer invariablement Napoléon en posture comique.
Comme l’indique si bien une précédente estampe (voir, plus haut, n° 262), ce fut partout le triomphe du patriotisme et de la gloutonnerie.
(l) Le prince régent, celui qui sera, plus tard, Georges iv, s’était fait une réputation de prodigue.
321. — UN ÉPISODE DE L’ILE D’ELBE. OU BONEY ET SON VIEIL AMI ÉTUDIANT LES MATHÉMATIQUES.
* A remarquer que, dans nombre de pièces parues durant le séjour à l’tlc d’Elbe, Napoléon a. à coté de lui la potence à laquelle l’Angleterre eût tant voulu le voir pendre, bientôt, elle devint, inséparable de lui, comme l’était depuis longtemps déjà, le diable.
iCaricature de William Heath , vers juillet 18U.]
322. — John Bull, fou de joie, ou Le i ei ' août 1814. — 11 a jeté son chapeau, et i! branditsa perruque, en dansant. Le prince régent lui dit : « Ah î Jonny, je savais que « vous seriez ravi »; et il lui montre la carte des réjouissances du Grand Jubilé national pour la paix de 1814 : « A Hyde Park : — une grande foire, — représentation donnée par Messieurs Richardson, Gyngall et Punch, — grand combat naval « sur le « Serpentine », — feu d’artifice dans les jardins de Kensington, — beaucoup a de gin et de bière; — A Saint James Parck : — un ballon, — Pont chinois et pa- « gode, — course de chaloupes sur le canal, — beaucoup de porto, de sherry, de « Bordeaux, de Champagne; — A Green Park : Château et Temple de la Concorde, feux « d’artifice et baraques royales. » Dans sa main droite, le joyeux et sautillant John , balance une potence en miniature à laquelle sont pendus les ennemis du prince et il s’écrie : « Hourrah! pour le Prince des Princes! Que les mensongers journaux de Londres « soient maudits! Que Whitbread soit noyé dans un de ses propres muids! et que Tier- (c ney (t) soit suffoqué par ses interminables discours. Ici, je tiens nos ennemis comme ils « devraient être! Je planterai ceci dans mon champ de blé pour effrayer les corneilles! « Hourrah et encore hourrah pour le Prince des princes! »
Caricature anonyme , août 1814.
(1) Prédicateur et brasseur londoniens.
[Caricature publiée à Londres, cl signée des initiales de G. Cruikshank , 1815.]
* Contre l'arbre apparaît le « bon ami » de boncy, le Diable. Le personnage du premier plan qui sc précipite pour soutenir, et au besoin recevoir clans ses bras, Louis xvm, paraît être Wellington.
* Rousseau a dit qu'un arbre, placé à droite ou à gauche, pouvait décider du sort des batailles et disposer des Empires; le caricaturiste anglais, lui, fait reposer la destinée des choses humaines sur un objet plus fragile encore, un simple brin de paille. C’est le brin de paille, en effet, qui soulève, à son grand étonnement, le podagre Louis XYIU et qui précipite à terre Napoléon. La balançoire politique était, du reste, à l’ordre du jour et, sur ce point, les caricaturistes anglais ne firent que copier les estampes qui, à Paris, pleuvaient d’autant plus dru que, depuis bientôt quinze années, la satire politique n’avait pas pu se donner libre cours. Le Brin de Paille obtint, on 11e sait trop pourquoi, par exemple, un grand succès, si bien que, dans certain milieu, Louis XVIU ne fut plus appelé que Monsieur Brin de Paille , « titre bien léger, « fit observer le Nain Jaune , » pour un homme aussi pesant ».
(1) Marie-Louise était alors à Vienne.
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325. — LA NUIT DES ROIS- OU « COMME VOUS VOULEZ » REPRÉSENTÉ AU THÉÂTRE ROYAL DE L'EUROPE AVEC UNE NOUVELLE MISE EN SCÈNE.
Sur la scène du théâtre sont assis Wellington, l'Autriche, la Russie et la Prusse. Le premier a coupé un énorme gâteau des Rois à l'aide d’un grand couteau et du trident britannique. L'Autriche prend toute l'Allemagne et remarque qu’elle fera sa part aussi grande que possible.
La Russie, no.n contente de l’énorme place qu’elle tient sur la carte d'Europe, met la main sur la Pologne et, se tournant vers un Polonais qui tire son épée, lui dit : « Frère, prenez possession de ce morceau, je crois que je puis les gouverner tous deux ; en outre, celui-ci a, dessus, plus de plombs qui se fondront avec les miens. » La Prusse, outre son propre pays, met la main sur la Saxe ,en s’écriant : « Pi j’ajoute ce morceau saxon à mon morceau prussien, et si je place sur le tout la ligure d’un em- « pereur, je crois que ma part sera respectable. »
Wellington fait la réflexion suivante : * J’ai aidé à partager le gâteau, mais je n’aime pas beaucoup ma fonction, ces Messieurs paraissent peu satisfaits. » — Bernadotte se console en pensant que, maintenant qu’il a la Suède, il pourra toujours trouver un vent qui souffle du coté propice.
Louis XVIII et la Hollande se montrent sur le devant d'une loge réservée et, dans une des loges sur la scene, on voit John Bull, son chien à ses côtés, donnant une poignée de main et souhaitant la bienvenue à un Indien américain : « J’espère (lui dit-il) que vous ne troublerez pas la paix. - La loge opposée est occupée par deux Turcs et un Hongrois, tandis (pie. au-dessus, l’Espagne, sa couronne hérissée de potences, et flanquée d’un jésuite. Ut « la liste des prisonniers qui devront être pendus pour avoir soutenu une Constitution libérale
Les autres personnages sont à genoux, sur la scène, demandant bien bas : « S’il vous plaît. Messieurs, réservez-nous quelques petits morceaux, car nous mourons de faim ! » L’orchestre est prêta attaquer, tandis que des légendes comiques se lisent sur les feuilles de musique.
[Caricature de George Cruikshank , janvier 1815.]
* Les orchestres et les théâtres tiennent une grande place dans les caricatures anglaises relatives au traité de Vienne qui, toutes sans exception, — il ne pouvait en être autrement, — mettent au premier plan une mappemonde qu’on mesure et qu’on tiraille en tous sens, chacun voulant être servi suivant son goût et suivant ses prétentions. Dans le même ordre d’idées, il faut aussi signaler : les souverains à table, — les gourmands, — un appétit féroce , — qui, invariablement, montrent les souverains découpant des tranches de gâteau sur ce pauvre globe terrestre, si bouleversé, si malmené depuis le commencement du siècle.
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ICONOGRAPHIE DES CARICATURES ANGLAISES