‹ Napoléon en imagesChapitre 46 sur 59 · IV. — RETOUR DE LUE Ü’ELRE : LES CENT JOURS · texte numérisé non relu

IV. — RETOUR DE LUE Ü’ELRE : LES CENT JOURS

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ï*î. — IL TAUT PAYER LE DIABLE, OU RETOUR DE BONEY DE L’ILE D’ELBE.

Le mot effacé par le graveur (Hell Bay ), de façon à laisser subsister quand même le jeu de mots, signifie » Haie de l’Enfer ». On a déjà vu plus haut (voir n° 308 1 eombieu les artistes anglais affectionnaient ces légendes à double sens.

Napoléon traverse la mer dans un bateau rempli de soldats ; le Diable tient les rames et la Mort le dirige. Il voit venir à lui la colombe de paix et la tue immédiatement avec son pistolet, en criaut : a Éloigne-toi de mes yeux, Paix, car je te hais ! »

Le Diable dit : « Après cela, nous allons traverser des mers de sang », et la Mort agitant un drapeau tricolore ajoute : « Il n’existe pas à mon service une main plus expérimentée. ■

La population se précipite sur la côte pour accueillir avec effusion le retour de son Empereur, pendant que le pauvre Louis, goutteux, est emmené sur les épaules de deux de ses fidèles, en se lamentant « Oh ! Hartwell (propriété où il résidait en Angleterre), je soupire après tes ombrages pacifiques. »

[ Caricature de I. Lewis Marks, *25 février 18-15.]

* À partir du retour de file d'Elbe, le Diable, mister Devil , sera sur toutes les estampes. Sa présence constante donne bien l’idée du sentiment de terreur qui s'était emparé des diverses nations européennes à la nouvelle que Napoléon avait débarqué sur les côtes de France. On vit, en cette tentative suprême, quelque chose de diabolique, d’infernal, et le mot d'un diplomate : e Décidément cet homme est un Diable », se trouva confirmé par la pointe des graveurs. Plusque jamaisNapoléon personnifia le Génie du Mal, l’Esprit Infernal, semant sur son passage le meurtre, le pillage, l’incendie. Il fallait lui porter le coup de grâce et les dessinateurs anglais y contribuèrent aussi ardemment, dans leur sphère, que les troupes des armées coalisées. Il était parti Boney; il revenait Boney, avec son grand chapeau à plumes, avec ses bottes, avec son uniforme de général de la Révolution.

D’autre part, cette estampe vient confirmer mon dire au sujet du peu de respect manifesté parles Anglais vis-à-vis du roiTrès Chrétien. Le souverain de la coalition était, pour eux, un objet de rire et de douce satire. « La France est bien partagée », écrivait le Times, « entre un goutteux impuissant et un monstre vomi par les enfers. » Et la caricature se chargeait de développer ce thème, de le représenter sous toutes les formes.

327. — NAPOLÉON QUITTANT L’ILE D’ELBE PORTÉ PAR LE DIABLE AVE" FORCE MUNITIONS DE GUERRE.

La légende relative à Napoléon porte : * .l'arrive, mes amis, nous allons nous remettre à l’ouvrage. » tandis que, sur la légende placée au dessus de la Mort, on lit : a Que je sois damnée si je ne suis pas aussi occupée qu’une abeille! »

Sur le continent, un messager vient annoncer aux membres du Congrès qu f iis peuvent se dissoudre, tandis que l’armée, dont la joie ne peutse contenir plus longtemps, acclame, de tous sessouhaits, son chei adoré. Et à cette nouvelle la Paix, qui était venue apporter son rameau d’olivier, abandonne la terre, constatant que l’Europe va subir, à nouveau, querelles et luttes sanglantes.

{Caricature anonyme , mars 1813.]

* Celte caricature doit otre surtout remarquée pour ses attributs macabres. La Mort, raclant du violon, à cheval sur un coursier non moins décharné, a, quoique simplement indiquée au trait, une allure sardonique qui rappelle les compositions allemandes de la grande époque. C’est bien elle qui a envoyé Napoléon sur la terre pour accomplir son œuvre de grande faucheuse égalitaire, c'est bien elle qui doit se réjouir du retour de Pile d'Elbe amenant, à nouveau, les luttes et les batailles sanglantes.

Au seizième siècle, c'est d’Allemagne qu’était partie la grande sarabande de la danse des Morts, sorte d’appel aux sentiments égalitaires, avertissant les grands de la terre qu’ils seraient, eux aussi, un jour, fauchés comme les petits et les humbles ; au dix-neuvième siècle, l’Angleterre incarnait dans Napoléon ce sentiment toujours vivace. La preuve de ce que j’avance se trouve dans la Danse des morts conduite pur Napoléon, grande composition anonyme où l’on voit l’Empereur arrachant tous les êtres humains à leur famille, à leurs travaux, à leur repos, pour les conduire à la boucherie : une de ces images allégoriques, comme toutes les époques en virent naître et qui traduisent d’une manière saisisante les impressions de la généralité.

Comme des poètes, les artistes de cette période troublée avaient agrandi le champ de la lutte : sous leur burin la gravure traduisait le sarcasme et le rire sardonique des êtres humains voués à la boucherie. Ce n’était plus Napoléon, ce n’était plus l’Empereur des Français qu’ils visaient, mais bien l'esprit de destruction, la mort maîtresse du monde, la grande sarabande des cadavres conduite par la guerre.

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CARICATURES ANGLAISES

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