‹ Napoléon en ItalieChapitre 19 sur 423 · Corr., lU, 1728. 1959. — Sorel, p · texte numérisé non relu

Corr., lU, 1728. 1959. — Sorel, p

Cependant les souvenirs de Tempire romain se levaient en foule autour de Bonaparle. Bonaparte en Cisalpine, dit M. Sorel, c'est « le proconsul romain de la grande époque, conquérant, homme d'Ëlat, organisateur de la conquête et pacificateur des peuples vaincus. C'est Jules César en Gaule* ». II est le magistrat suprême les souvei'ains le sollicitent. L'esprit national s'éveille en Italie un patriote lombard. Serra, veut faire de Bonaparte un roi d'Italie; c'est une erreur. Il est déjà plus qu'un roi, il est un faiseur de Bépubliques; c*est son apprentissage : il sera un faiseur de rois, c'est-à-dire un Empereur.

Et ce n'est point seulement à réclatanle lumière de sa grandeur impériale que ces traits apparaissent à l'historien. Ils se manifestaient dès i797. il avait fait depuis un an de si étonnantes choses qu'il en prolongtjail résolument dans l'avenir les ambitieuses promesses. Talleyrand devint ministre des relations extérieures en juillet 1797. Quelques semaines après, Bonaparte, dans une leltre confidentielle, renversait par la pensée la constitution du Directoire.

tt Malgré notre orgueil, nos mille et une brochures, nos harangues à perle de vue et très bavardes, nous sommes très ignorants dans la science politique morale. Nous n'avons pas encore défini ce que l'on entend par pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. » n tentait celte définilion; 11 observait que Montesquieu avait tiré ses lois de la constitution anglaise, où la Chambre des communes est une digue contre le despotisme et Tinsolence des courtisans. La si tuai ion n'csL pas la môme désormais en France où toutes les autorités émanent de la nation, où le souverain est le peuple. " Le gouvernement, disait-il, devrait être considéré chez nous comme le vrai représentant de la nation et devrait gouverner en conséquence de la charte constitutionnelle et des lois organiques. Le pouvoir législatif, charge de surveiller et non d'agir, sans rang dans la République, impassible, sans yeux et sans oreilles pour ce qui l'entoure, n'aurait pas d'ambition et ne nous inonderait

l. Sorel, op. ciL, p. 10,

plus de mille lois de circonstance qui s'annulent toutes seules par leur absurdilé et qui nous constituent une nation sans lois avec trois cents in-folio de lois. » Tout cela n'est pas absolument clair: il est possible néanmoins d'y distinguer les premiers linéaments du régime démocratique plébiscitaire. Talleyrand était invité à garder le secret sur ces considérations et à ne les communiquer qu'à Sieyès *.

Dans le même temps Bonaparte adressait cette note au gouvernement pontifical : c Le Gouvernement français vient de permettre de rourrir les églises du culte catholique, apostolique et romain, et d'accorder à cette religion tolérance et protection. » 11 demandait donc au pape, en récompense, de faire une bulle ou mandement qui ordonnerait aux prêtres de prêcher obéissance au gouvernement : « cette bulle, disait-il, peut être un grand acheminement vers le bien et extrêmement avantageuse à la prospérité de la religion ». Et il concluait : « Après cette première opération, il serait utile de connaître les mesures qui pourraient être prises pour réconcilier les prêtres constitutionnels, et enfin les mesures que pourrait proposer la cour de Rome pour lever tous les obstacles et ramener aux principes de religion la majorité du peuple français* ». C'était le concordat. La réforme de la constitution, le Concordat, ce devaient être les instruments essentiels de sa puissance : il semble en vérité que « toute sa destinée fermente eo germe dans cette campagne ».

Les Italiens disaient alors : « Il n'est pas arrivé depuis Charlemagne que les Français aient eu la domination de l'Italie ». Bonaparte, écrit à ce propos M. Sorel, était hanté, comme d'une prophétie, de celte phrase de VEssai sur les mœurs : « Charlemagne, maître de Tltalie, comme de l'Allemagne et de la France, juge du pape, arbitre de l'Europe, vint à Rome à la fin de l'année 799. Léon 111 le proclama Empereur d'Occident. Voilà donc le fils d'un domestique, d'un de ces capitaines francs que Constantin avait condamnés aux' bêtes, élevé à la dignité de Constantin!... »

Issu de la Révolution, Bonaparte, dit Mallet du Pan, fut un Charlemagne Jacobin. Et M. Sorel ajoute — car on ne peut

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