‹ Napoléon en ItalieChapitre 20 sur 423 · Corr., m, 2223 : 49 sept · texte numérisé non relu

Corr., m, 2223 : 49 sept

2. Corr., III, 2068 : Dote remise au ministre de Sa Sainteté, 3 août 1797,

qu'emprunter à son beau livre la pénétrante analyse de ces origines du prochain empire — : « C'est de la Révolution qu'il lire toute sa force. Frédéric a été le roi philosophe; Bonaparte sera rcmpereur révolutionnaire... La France pour lui s'étendra partout où le portera son cheval de guerre et où perceront ses aigles romaines.., Bonaparte a été du premier coup emporté par le courant, et ce courant est le plus véhément et le plus riche de puissance humaine que jamais l'histoire ait vu se déchaîner : c'est la Révoltition Française répandant dans toute une nation exaltée et généreuse les passions, les ambitions, les rêves de grandeur accumulés dans l'Etat par une monarchie de huit siècles, la plus conséquente qui ait régné. Cette France en fièvre de croissance, ces armées enthousiastes, voilà ce qui fait Bonaparte, par <|uoi il est tout, sans quoi, malgré son génie, il ne serait qu'un prodigieux et impuissant isolé* ».

Il nous fallait reprendre cette importante citation, car tout ce livre ne qu'étend être que la démonstration de cette thèse, que Napoléon fui un empereur romain. 11 nous faudra même la serrer de plus pr^s. « L'Italie, dit M. Sorel, fut pour Bonaparte ce que ta Gaule avait été pour César, non seulement la route du pouvoir, mais le champ de manœuvre et le champ d'expérience de l'Empire, » Elle fut plus qu'un champ d'expérience et un champ de manœuvre, pour des œuvres à achever ailleurs; terre classique tîe TEmpire, elle devait être Tune des assises essentielles, l'assise centrale de l'Empire de Napoléon.

Après de longues négociations, le traité de Campo-Formio fut enfin signé le 17 octobre 1797. Ce fut encore un traité d'ancien régime, par la déplorable tradition des partages de peuples et des compensations territoriales; ce fut aussi l'un des moments principaux de la carrière de Bonaparte, le point de départ de ses plus grandes entreprises.

Lies discussions entre Bonaparte et Cobenzl avaient surtout porté sur la question de la rive gauche du Rhin que le Directoire voulait garder comme frontière de la France et que l'Autriche ne voulait pas lui reconnaître, du moins sans compensation. Or la compensation était facile à trouver, Venise la pouvait fournir, cl c'est là-dessus qu'on finit par s'entendre.

Il Soreî, p. 31, 33, 77, 78, 80, tOO, 113.

I Le traité de Campo-Formio * déclarait qu'il y aurait à lavenir, I et pour toujours, une paix solide et inviolable entre S. M. ' l'Empereur des Romains, Roi de Hongrie et de Bohême, ses héritiers et successeurs, et la République Française. L'Empereur renonçait décidément aux anciens Pays-Bas autrichiens, et il reconnaissait la République Cisalpine comme une puissance indépendante dans les limites que Bonaparte venait de lui donner. Il reconnaissait aussi à la République française la frontière du Rhin jusqu'à Coblentz, et à partir de Coblentz une frontière conventionnelle gagnant vers le nord-ouest Venloo à travers la région de la Roer et de Juliers. 11 se chargeait d'indemniser le duc de Modène en lui cédant le Brisgau. Un congrès devait être tenu à Rastadt, uniquement composé des plénipotentiaires de l'Empire Germanique et de ceux de la République Française, pour la pacification entre ces deux puissances.

En compensation, l'Empereur devait accfuérir en Allemagne rarchevèché de Salzbourg. L'appoint fut assuré par la destruction de la République de Venise. L'Empereur et Roi devait posséder en toute souveraineté et propriété l'Istrie, la Dalmatie, les lies cidevant vénitiennes de l'Adriatique, les bouches de Cattaro, la Tille de Venise, les lagunes et tous les pays compris entre les États héréditaires de l'Autriche, l'Adige et !e Pô inférieurs, la mer Adriatique. Cela assurait à l'Autriche, du Pô aux bouches de Cattaro, la domination de la plus grande partie des côtes de la mer Adriatique et ainsi une grande influence sur la Méditerranée. La République Française ne prit, des dépouilles de Venise, que les iles ci-devant vénitiennes du Levant, savoir : Gorfou, Zante, Gépbaionie^ Sainte-Maure, Cérigo et autres iles en dépendant, ainsi que Butrinto, Arta, Vonitza, et en général tous les établissements ci-devant vénitiens en Albanie, qui sont situés plus bas qoe le golfe de Drino. C'était ce que l'on appelle couramment les lies Ioniennes. Aux dépens de Venise la France et l'Autriche se disposaient au partage de l'empire ottoman.

Bonaparte y attachait dès lors la plus grande importance. Il écrivait le 16 août au Directoire : « Les iles de Corfou, de Zante et de Céphalonie sont plus intéressantes pour nous que toute l'Italie

1. On en troavera le texte dans la Gorr. de Napoléon, lU, 2303, 2304, 2305.

ensemble ». 11 exagérait peut-être ; ce n'est pas certain, car il ne faut point oublier que tous les contemporains étaient convaincus de l'imminente disparition de l'empire turc. « Je crois, ajoutait-il, que si nous élions obligés d'opter, il vaudrait mieux restituer ritalie à l'Empereur et garder les quatre lies, qui sont une source de richesse et de prospérité pour notre commerce. L'Empire des Turcs s'écroule tous les jours; la possession de ces îles nous mettra à même de le soutenir autant que cela sera possible, ou d'en prendre notre part. » 11 ne pensera pas autrement après Tilsitt.

Au delà il disait la nécessité de prendre Malte : il voyait dans la conquête de TÉgypte le moyen de détruire véritablement TAngleterre. 11 avait « l'esprit tout plein de TOrient * ».

Aussi de très bonne heure, dès le mois de mai 1797, avait-il fait occuper les Iles Ioniennes, en apparence pour le compte du nouveau gouvernement de Venise, « afin d'empêcher que les ennemis de leur patrie et de la liberté ne profitent des circonstances pour s'emparer des îles et les soumettre à l'esclavage de quelque puissance étrangère ». 11 envoya le général Gentili à Corfou, avec mission de s'emparer de tous les établissements vénitiens. « Si les habitants du pays étaient portés à l'indépendance, vous flatteriez leur goût et vous ne manqueriez pas, dans les différentes proclamations que vous feriez, de parler de la Grèce, d'Athènes et de Sparte. » On se mettait en pleine renaissance classique. Le citoyen Bourde, commandant les forces navales de la République dans l'Archipel, le contre-amiral Brueys, étaient appelés à donner leur concours à cette entreprise. Le pacha de Scutari, le chef des Maïnotes, « les vrais descendants des Spartiates », entraient en correspondance avec Bonaparte ^

Au commencement de juillet, les troupes du général Gentili débarquaient à Corfou, et Bonaparte faisait lui-môme au Directoire le récit de ce grand événement. Un peuple immense était sur le rivage pour accueillir les Français avec les cris d'allégresse et d'enthousiasme qui animent les peuples lorsqu'ils recouvrent leur liberté. A* la tête de ce peuple était le Papa ou chef de la religion du pays, homme instruit et déjà d'un âge avancé. Il s'approcha

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