‹ Napoléon en ItalieChapitre 352 sur 423 · Ck)rr., XX · texte numérisé non relu

Ck)rr., XX

Miollis et la Consulte demeurèrent chargés de radministration de Rome : système provisoire que Napoléon n'eut pas le loisir de remplacer. Les départements furent constitués comme en France; ils eurent leurs préfets ; la police y fut solidement établie et le brigandage disparut à peu près; il y eut de l'ordre : la légion romaine de gendarmerie rendit à cet égard de grands services. A Rome même le Sénat fut associé aux principales mesures que la domination française rendit nécessaires. Les droits féodaux furent supprimés comme en France et dans le reste de Tltalie; les lois françaises remplacèrent les coutumes onéreuses de la féodalité ecclésiastique; les dîmes disparurent, et il en résulta pour la population un soulagement de quelques années. Napoléon déclara qu'il ne voulait aucune part du produit des impôts levés à Rome, qui devait être tout entier consacré au développement de la prospérité du pays; sur le système d'impôts institué selon le modèle de la France, il se réserva seulement un million pour Tenlrelien de sa propre liste civile à Rome, c'est-à-dire pour Taménagement des palais, de la ville ou de la campagne, où il pensait venir un jour s'installer pour quelque temps*.

L'œuvre essentielle qu'il poursuivit à Rome, avec une sorte de passion, si Ton en juge par les nombreuses pièces de sa correspondance et des Archives, ce fut ce qu'on pourrait appeler la laïcisation. Il y consacra une partie de Tannée 1810, pressant ses agents de profiter de la paix qui régnait alors pour finir toute cette affaire, mettant à leur disposition des troupes, 100000 hommes au besoin, disait-il, pour que tout y fût mis sur le même pied qu'à Paris. En mai 1810, il envoya à Pérouse une colonne d'observation de 2 400 hommes d'infanterie, avec 600 cavaliers et six pièces de canon, sous le commandement du général Pacthod. Il fil mettre à Ancône 3600 hommes à la disposition du général Miollis. Une troisième colonne fut établie à Arezzo en Toscane. Ainsi, Miollis devait avoir en tout plus de 10 000 hommes, dont il devait disposer pour exécuter les décrets sur les prêtres et « organiser les deux départements de Rome et de Trasimène à l'instar du reste de l'Empire^ ».

A la date du 1"' juin tous les couvents d'hommes et de femmes,

î. Corr., XIX, 15471, 15696; — XX, 16483, 16517. 2. Corr., XX, 16444, 16458. '

même des ordres mendiants, furent supprimés, sauf quatre, « cette exception, dit TËmpereur, étant un effet de Tintention où nous sommes d'instituer quelques autres couvents dans notre Empire pour les besoins publics ». Il s'agit notamment des hospices et institutions de bienfaisance. Botta se lamente sur cette persécution : < Ce fut à Tentrée de la nuit que les soldats vinrent expulser les moines. Ceux à qui Tâge et la santé le permirent eurent ordre de retourner dans leurs familles; les vieillards et les infirmes furent répartis dans quatre couvents. L'aspect de Rome devint affligeant. Ce n'étaient que gendarmes conduisant de la campagne dans Rome ou de Rome en exil, des évêques^ des chanoines, des curés, jeunes, vieux, sains ou malades. Les larmes des exilés se confondaient aux larmes de leurs parents; les champs de Rome ne retentissaient plus que de plaintes et de gémissements*. »

En effet, les prêtres et cvêques furent obligés de prêter le serment de fidélité à l'Empereur, ce qui impliquait la reconnaissaDce de la domination française à Rome et de la destruction du pouvoir temporel. Napoléon comptait que beaucoup refuseraient ce serment, ce qui permettrait de les destituer comme coupables de rébellion, et de ramener le nombre des curés et des évêchés à un chiffre normal. Il é'crivait, le 9 mai 1810, à Bigot de Préameneu : « Je suppose que tous les prêtres auront, à l'heure qu'il est, prêté serment ou auront été dirigés sur la route de France, sans hésitations; que tous les évêques, curés, vicaires, chanoines, auront prêté serment ou seront sur la route de France; que les biens des chanoines, chapitres, évêques, qui n'auraient pas prêté serment, ont été saisis par l'enregislremenl. Quant aux évêques, il faut qu'on' saisisse, non seulement leurs biens ecclésiastiques, mais aussi leurs biens patrimoniaux ».

Après quoi, on devait préparer un décret fondé sur ces considérants, que dans l'Empire il y avait des évêchés qui avaient un million d'habitants tandis que dans les deux départements de Rome et de Trasimène, qui n'avaient que 700 000 habitants, il y avait trente évêchés ; que cette disproportion énorme et cette multiplicité d'évêchés étaient contraires aux lois de TEmpire et incompa-

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