‹ Napoléon en ItalieChapitre 351 sur 423 · Copr., XX · texte numérisé non relu

Copr., XX

2. Corr., XX, 1G128, 16139, 16143, 16196, 16200 : janvier-février 1810.

dans les limites qui vous ont été tracées par Jésus-Christ ; mais votre puissance devient ridicule et méprisable quand vous voulez marcher comme les potentats de la terre environné d'orgueil, de menaces et de force. Vous n'êtes rien quand votre empire est de ce monde, vous êtes tout quand votre empire n'est pas de ce monde. Mais maintenant Rome fait irrévocablement partie de mon empire qui forme les cinq sixièmes de la chrétienté. Vous aurez assez de soins et d'occupations quand vous voudrez vous borner aux affaires spirituelles et à la direction des âmes. J'ai la mission de gouverner l'Occident, ne vous en mêlez pas. Je vous reconnais pour mon chef spirituel, mais je suis votre Empereur. »

El il voulait négocier avec le pape sur les bases suivants :

€ Tout le sénatus-consulte et rien que le sénalus-consulte. A l'avenir les papes devront me prêter serment comme ils le prêtaient à Charlemagne et à ses prédécesseurs. » — On voit ici Napoléon, au delà de Charlemagne, renouer la chaîne avec les empereurs romains. — « Ils ne seront installés qu'après mon approbation, ainsi qu'ils étaient confirmés par les empereurs de Constantinople*. »

L'Empereur désira toujours une réconciliation avec le pape dans ces conditions. Comment pouvait-il croire que la papauté renoncerait a son pouvoir lemporel, à la doctrine séculaire de sa suprématie sur tous les trônes, à ses prétentions si anciennes au gouvernement des peuples, qu'elle renierait sur un signe toute son histoire? En vérité, c'était demander à la papauté de ne plus être ce qu'elle avait toujours été. Là fut l'erreur de Napoléon, qui renfermait une part de naïveté. Pourtant ne joue-t-il pas encore là, comme en tant de choses, le rôle d'un précurseur? Et le Saint- Siège, dépouillé soixante ans plus tard et pour plus longtemps de son autorité temporelle, n'a-t-il pas repris au spirituel une influence plus grande, semblable à celle que TEmpercur lui promettait quand il le priait de ne plus faire le César? Mais celte conception de l'Empereur était prématurée. 11 est vrai qu'il l'eût peut-être réalisée définitivement s'il avait eu assez de temps.

Du moins il fit, à Rome et ailleurs, comme s'il avait un long avenir devant lui. Il avait alors quarante ans.

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