Botta, V, 200-227. — Arch. nation., AF, IV
toute, comme Charlemagne. Mais Temprisonnement et risolemeot du pape à Savone n'étaient pas un moyen de conciliation.
Cepesdant i»eaucoup d'évëchés étaient devenus vacants depuis le commencement de la querelle, une yingtaine, et les nominations laites par l'Empereur n'avaient pas obtenu la sanction pontificale, en sorte que des évêques nommés et non consacrés n'avaient pas plus d'autorité que jadis les évêques constitutionnels. Le schisme renaissait, que Napoléon avait prétendu résoudre par le Concordat. Le pape, invité à donner l'institution canonique aux évêques désignés, s'y montra disposé, à condition qu'on lui permit de rechercher avec ses conseillers naturels si ces candidats offraient toutes les garanties nécessaires aux yeux de l'Église. Napoléon ne voulait pas lui permettre de se concerter avec les cardinaux et d'ailleurs affirmait que le droit de nomination que lui conférait le Concordat n'était pas seulement un droit de présentation, que le pape devait donner l'investiture canonique aux évêques que le gouvernement avait nommés. C'était l'insoluble question des investitures.
L'Empereur chercha les moyens de retirer au pape le droit d'investiture, dont il faisait un droit de veto; il en fut ramené aux premiers siècles de l'Église, lorsque l'investiture spirituelle était attribuée par les patriarches ou métropolitains; par toutes les circonstances politiques de sa grandeur impériale, il était reporté de plusieurs siècles au delà de Charlemagne jusqu'au temps des empereurs romains.
A ce moment, treize cardinaux résidant à Paris refusèrent d'assister à la cérémonie du mariage de l'Empereur avec l'archiduchesse Marie-Louise, la rupture du premier mariage n'ayant point été sanctionnée par le pape et le divorce n'élant point admis par les lois de l'Église. Us furent arrêtés et dispersés dans plusieurs petites villes de province, tenus sous la surveillance de la police. C'était la suite de la lutte entre l'Église romaine et l'Empereur qui s'appuyait sur les principes de l'Église gallicane; il en exigeait alors la reconnaissance formelle et signée par tous les évêques et prêtres de l'Empire.
Le pape, assiégé d'instances et de menaces, s'obslina, déclarant, à la communication du sénalus-consuUe du 17 février, qu'il n'attaquerait pus les quatre arlicles de l'Église gallicane, mais
qu'il ne les proclamerait pas comme loi de l'Église; qu'il ne tenait pas personnellement à la puissance temporelle, mais qu'il n'avait pas le droit d'y renoncer au nom de TÉglise; qu'il ne prêterait pas serment de fidélité à l'Empereur et n'accepterait pas d'autre résidence que Rome. C'était toujours chez lui la même doctrine, elle n'avait pas changé depuis 1805. C'était la pierre de l'Église. On employa la violence, on l'enferma plus étroitement, on l'affola; on le rendit gravement malade, il ne céda point. Pie Vil faillit quelquefois, ses forces physiques étaient limitées. Le pape fut inébranlable.
L'Empereur enfin, après des hésitations, des accès de colère et des tentatives de négociations qui contrastent avec l'imperturbable décision du pape, en revint enfin à la doctrine fondamenlale du gallicanisme, à la supériorité des conciles sur les papes. Conformément aux lois de l'Église primitive, ce qu'un pape refuse de faire, un concile le peut faire et l'imposer au respect et à la foi des fidèles. On prépara la réunion d'un concile, d'abord comme une menace au Saint-Père, ensuite comme un moyen de se passer de lui.
Aux premiers temps du christianisme aussi les Empereurs réunissaient et présidaient des conciles. Constantin présida le concile de Nicée qui fixa la formule du Credo : des évoques, présidés par l'Empereur, telle était alors la constitution du gouvernement de l'Église.
Mais alors il n'y avait pas de pape, ou du moins l'évêque de Rome n'avait pas une autorité générale sur toute l'Église. Et Napoléon ne put pas effacer les dix siècles d'histoire où s'élait établie la suprématie de l'Église de Rome. Quelle contradiction misérable que de demander des armes contre le pape à des évéques dont il avait demandé la consécration au pape! Dès le début de sa carrière, par ambition, il avait, par le Concordat et le Sacre, tué le gallicanisme dont en même temps il voulait se servir contre Rome; il avait brisé entre ses mains ses propres armes, il avait plus que personne contribué à la renaissance et à la puissance de l'Église romaine : il ne pouvait plus rien contre elle.
Il se débattait contre les conséquences de l'erreur qu'il avait commise. Il cherchait la solution de la crise qu'il avait créée. On
s*en préoccupait avec lui dans son entourage. Parmi les conseils dont on pensa Taider, le prince Eugène lui communiqua, après enquête auprès de nombreux prêtres, tout un projet de reconstitution de l'autorité ecclésiastique, d'après un ouvrage de Tabbé Ferloni intitulé : De Cauiorité de l'Église d'après la véritable idée que nous en a donnée V antiquité.
Il sera difGcile, observait Eugène, de faire admettre les maximes gallicanes en Italie; les prêtres y ont été élevés dans la doctrine de la soumission absolue à Rome, ils considèrent de longtemps ces maximes comme suspectes ou même hérétiques; elles n'auraient d'autre intérêt que de rétablir sous Tautorilé de l'Empereur l'autorité des métropolitains et des évêques. Il n'y a donc qu'à proclamer que tous les sièges épiscopaux peuvent être pourvus sans l'intervention directe des papes; la question est résolue en ce sens par la pratique constante des dix premiers siècles de l'Église; l'Empereur peut décréter le rétablissement pur et simple de l'ancienne discipline dans tout ce qui a rapport à Tépiscopat. Il lui sufût de reprendre la puissance des empereurs romains : Constantin convoqua et approuva les conciles de Nicée, de Tyr et de Jérusalem. Théodose et d'autres empereurs confirmèrent les actes des autres conciles. Les Césars chrétiens des iv* et v* siècles se considéraient comme empereurs et sacerdoles; le concile d'Afrique accorda solennellement le sacerdoce à Constantin le Grand; l'empereur Maurice entrant avec Pulchérie, sa femme, au concile de Chalcédoine, tous les pères l'accueillirent aux cris de : Vive le Sacerdole-Empereur! — C'était une solution anticipée de la querelle du Sacerdoce et de l'Empire.
Le vice-roi ensuite dressait soigneusement un projet de décret, en ces termes : ^
Napoléon Empereur.
Convaincu que la discipline des premiers siècles est la plus pure et porte avec elle les caractères de la tradition apostolique ;
Qu'elle est fondée sur la conservation des prérogatives appartenant aux autorités respectives;
Que les canons établis par les conciles œcuméniques ont reçu le sceau et l'approbation impériale ;
Qu'après dix siècles d'un établissement aussi pur il a été fait un
renversement total de l'ancienne discipline au mépris el au préjudice de tous les ordres ;
Que les Empereurs, conservateurs-nés des canons et leurs vengeurs, rappelèrent à Tobservation de la discipline toutes les fois qu'ils s'aperçurent qu'elle était méconnue ou négligée ;
Nous décrétons de plein et catholique droit :
Art. 1". — La discipline ecclésiastique des premiers siècles de rÉglise est remise dans son ancienne vigueur.
Art. 2. — Tout ce qui depuis le x« siècle de l'ère chrétienne a altéré l'observation de la discipline est abrogé.
Art. 3. — Le corps des évoques en activité est le seul qui représente l'Église, toute institution humaine étant étrangère à la hiérarchie établie par Jésus-Christ. — Jésus-Christ en effet, notait Eugène, n'a appelé que les apôtres auxquels ont succédé les évêques. L'Église ne peut subsister sans les évêques, et tout ce qui se fait dans l'Église sans leur autorité manque du sceau de la légitimité. Les cardinaux sont d'institution humaine; celte qualité peut être abrogée; l'antiquité ne les a jamais connus.
Art. 4. — La nomination aux évêchés et autres sièges vacants appartient au roi. — Cela n'était plus très conforme à la discipline des premiers siècles ; mais revenir au système de l'élection des évêques, c'aurait été revenir à l'Église constitutionnelle de 1790. Aussi le raisonnement devient-il ici moins rigoureux : La nomination des évêques, dit Eugène, est un droit inhérent à la souveraineté. Les premiers souverains de toute nation ne le négligèrent point. Les anciens pontifes reconnurent ce droit dans les princes. Tout concourt à le légitimer, indépendamment des Concordats. Les évêques ont reçu immédiatement leurs pouvoirs de Jésus- Christ et non de l'Église; c'est un canon invariable. Le pape ne pouvait accorder aux évêques une puissance qui tient à la nature de leur grade. Le pallio (manteau) était donne par les Empereurs d'Orient aux patriarches en témoignage d'estime; il fut ensuite donné par le pape à des archevêques avec l'assentiment de l'Empereur, — cela n'est pas incontestable, — il doit être donné par l'Empereur aux prélats qu'il veut distinguer des autres et n'a aucune relation avec le pouvoir sacré de Tordre....
Art. 8. — Après son ordination (par le métropolitain, lui-même ordonné par un évêque plus ancien), Tévêque en fait part au
pontife romain par une lettre de communion fraternelle. Ces lettres sont transmises par le métropolitain au pape qui y répond pour preuve de l'unité de TÉglise. — Ce sont presque exactemenl les formules de la Constitution civile du clergé de 1790.
L'article 11 prononçait la suppression de tout paiement dans l'administration des sacrements. — Cela aussi se trouve dans la constitution civile (titre III, art. 12).
Enfin l'article 13 conclut que tout ce qui est de discipline extérieure de l'Église dépend de l'autorité du roi, lequel en règle les modes et l'usage suivant l'exigence de l'État. — Cet emploi du mot roi prouve en tout cela une remarquable incohérence; c'est de l'Empereur seulement qu'il convenait de parler, en rappelant ces paroles de Constantin le Grand à ses évèques : « Vous êtes évêques des choses qui sont dans l'Église. Je suis constitué évoque par Dieu dans les choses qui doivent être exercées hors de l'Église *. «
C'est en effet toute Tautorité et toute la puissance de « Tévêque du dehors » que l'Empereur voulait reprendre. C'était toute la substance ancienne de la fonction impériale qu'il voulait reconstituer.
Mais aux premiers siècles la tradition pontificale n'était pas fondée; il était facile alors de donner le gouvernement de l'Église aux évêques, il n'appartenait qu'à eux. Depuis celte époque, le gouvernement de l'Église a passé de l'épiscopat à la papauté, à Rome seulement. On ne fait pas remonter les fleuves à leur source.
Cependant le concile de 1811 fut réuni; il proclama aussitôt sen dévouement aux intérêts du Saint-Siège; l'Empereur le dissout par un coup de force. Puis, en prenant les prélats en particulier, par menaces ou par promesses, il obtint qu'une majorité se formât sur celte formule : Dans les six mois qui suivront la nomination des évêques par l'Empereur, le pape leur donnera l'institution canonique; sinon, au bout de six mois, cette institution sera donnée par le métropolitain ou par le plus ancien évêque de la province. Pie VII lui-même accepta d'abord cette formule, consentit qu'à défaut d'investiture canonique par le pape, elle fût accordée par le métropolitain, « au nom du pape » : cette légère