Eugène, YI
très belle ville pour principale résidence. Tu seras donc un jour au milieu de ta famille avec un époux qui t adore et dont tu fais le bonheur; je ne puis, quant à moi, désirer davantage; je te conterai tout cela. » Le 12 février, TEmpereur adressait un message au Sénat d'Italie pour lui annoncer qu'il avait résolu de former, au profit du prince Eugène, « un apanage proportionné à son rang de prince italien », ce qui permettait de croire encore qu*Eugène resterait un prince italien. Le 16 février, fut signé le traité de Paris entre la France et le prince-primat, représentés la France par Champagny, le primat par le comte Charles de Beust : ce traité créait le grand -duché de Francfort avec les principautés actuelles du prince-primat (sauf la principauté de Ratisbonne) et les principautés de Fulda et de Hanau ; après le décès du prince-primat, ce grand-duché devait être possédé en toute souveraineté et propriété par le prince Eugène-Napoléon et sa descendance naturelle, directe et légitime, de mâle en mâle, avec réversibilité à la couronne impériale en cas d'extinction. La principauté de Ratisbonne était cédée à l'Empereur et Roi *.
Ce traité fut communiqué au Sénat français par le message du V mars :
Sénateurs, les principes de TEmpire s*opposanl à ce que le Sacerdoce soit réuni à aucune souveraineté temporelle, nous avons dû regarder comme non avenue la nomination que le prince-primat avait faite du cardinal Fesch pour son successeur.... Nous avons aussi voulu reconnaître les grands services que le prince- primai nous a rendus et les preuves multipliées que nous avons reçues de son amitié. Nous avons ajouté à retendue de ses États et nous les avons constitués sous le titre de grand-duché de Francfort. Il en jouira jusqu'au moment marqué pour le terme d'une vie consacrée à faire le bien.
Nous avons en même temps voulu ne laisser aucune incertitude sur le sort de ses peuples et nous avons en conséquence cédé à notre cher flls, le prince-Eugène-Napoléon, tous nos droits sur le grand-duché de Francfort. Nous l'avons appelé à posséder héréditairement cet État après le décès du prince-primat, et conformément à ce qui est établi dans les lettres d'investiture dont nous chargeons notre cousin le prince-archichancelier de vous donner connaissance.
Il a été doux pour notre cœur de saisir celle occasion de donner un
1. De Clercq, 11, 311-212. — Corr., XX, 16246. — Eugène, VI, 313-322,
nos LE ROI DE ROME (4809-1812)
nouveau témoignage de notre estime el de notre tendre amitié à un jeune prince dont nous avons dirigé les premiers pas dans la carrière du gouvernement et des armes^ qui, au milieu de tant de circonstances, ne ■' ^im^ ^^"^ a jamais donné aucun motif du moindre mécontentement; il nous
f^jjpf^ a, au contraire, secondé avec une prudence au-dessus de Ce qu'on pou-
'^ vait attendre de son âge, et, dans ces derniers temps, il a montré, à la
tête de nos armées, autant de bravoure que de connaissance de l*arl de la guerre. Il convenait de le fixer d'une manière stable dans le haut rang où nous Tavons placé.
Ëlevé au grand-duché de Francfort, nos peuples d'Italie ne seront pas pour cela privés de ses soins et de son administration. Noire confiance en lui sera constante comme les sentiments qu'il nous porte *.
Eugène remercia l'Empereur, non pas surtout du sort qui lui était fait, mais des expressions dont cet acte de paternelle bonté était accompagné.
Ces grands éloges de l'Empereur étaient pour adoucir au cœur d'Eugène l'amertume de sa déchéance; car, pour être suspendue de quelques années, elle étai^* désormais certaine^ et elle était d'importance : l'expectative du grand-duché de Francfort ne peut se comparer à celle du royaume d'Italie. Elle ne violait point d'ailleurs les promesses faites antérieurement à Eugène, où les statuts constitutionnels du royaume d'Italie ne lui réservaient le royaume d'Italie qu'à défaut des enfants de l'Empereur, et l'Empereur se remariait pour avoir un fils. Aussi les Italiens ne se trompaient-ils pas quand ils voyaient dans ces événements une menace pour leur indépendance.
Déjà même l'autorité d'Eugène subit une mutilation. Par un traité signe avec la Bavière, le pays de Trente ou Tyrol italien fut annexé au royaume d'Italie et forma le déptirlement du Haut- Adige ; mais l'Islrie et la Dalmatie en furent détachées, pour former, avec les dernières provinces enlevées à l'Autriche, le gouvernement des provinces Illyriennes *.
Dans la pensée de Napoléon, Eugène devait garder encore vingt ans la vice-royauté d'Italie, il le lui disait en propres termes dans une lettre du 22 décembre 1809 ^ Mais dès lors ces fonc-
1. Moniteur du 4 mars 1810. — Corr., XX, 16301. — Eugène, 322-323. — F. Masson, V, 21.