‹ Napoléon en ItalieChapitre 368 sur 423 · Gorr., XXI, 16829; XXU, 17663. — Eugène, Vil · texte numérisé non relu

Gorr., XXI, 16829; XXU, 17663. — Eugène, Vil

de faire parlie du Conseil d'État et prit le nom de Senato-Gonsulente; il était chargé de Tenregistrement des lois, de la répression de tous les abus relatifs à la liberté civile; il devait y avoir dans le Sénat un membre par déparlement, nommé par le roi sur une liste triple formée par les collèges électoraux. Le détail de son organisation et de ses attributions devait être réglé plus tard par des statuts spéciaux ^

Il est impossible ici, mais il serait intéressant de chercher la ressemblance qu'il y a entre ces institutions simplifiées et celles de l'Empire romain, par exemple, au temps des Antonins, le Sénat et le Conseil du prince. Nous empruntons seulemept cette courte citation à VHi$toire romaine de M. Guiraud, dans son chapitre de l'Empire romain pendant les trois premiers siècles : « Le vrai sow* verain était le peuple, représenté par le Sénat, et c'était lui en principe qui créait les empereurs; il n'y a pas d'empereur qui n'ait reçu du Sénat son autorité; mais en fait ce n'était là qu'une fiction. La théorie toutefois eut cette conséquence que le personnage reconnu par le Sénat était seul légitime et que sa puissance était

sans limites, puisqu'il incarnait en lui l'omnipotence du peuple

L'Empereur gouvernait avec le concours de son Conseil ou de ses bureaux. Le Conseil, composé à sa fantaisie de hauts fonctionnaires, de jurisconsultes et d'hommes de confiance, était à la fois une cour de justice, un comité de législation et un corps politique. Les bureaux centralisaient toute l'administration... L'Empereur avait au-dessous de lui deux corps rivaux dont l'antagonisme constitue en partie l'histoire intérieure de l'Empire : c'étaient le Sénat et l'armée. Le Sénat se recrutait dans l'élite de la société; on y entrait soit par l'exercice de la questure, soit, plus rarement, par la faveur impériale, et on y demeurait ordinairement jusqu'à sa mort. 11 avait trois prérogatives essentielles : il jugeait la plupart des procès politiques, mais il était dangereux pour lui de juger dans un sens contraire aux désirs du prince. Il conférait la souveraineté à chaque nouvel empereur, mais sa liberté à cet égard était extrêmement restreinte, car presque toujours il était réduit à sanctionner le choix de l'empereur défunt ou des troupes. EnQû c'était à lui qu'il appartenait de décerner l'apothéose au prince qui

1. Moniteur du 26 el du 28 déc. 1807. — Eugène, III, 367; IV, 12, 248, 333.

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venait de mourir; mais si Tapothéose fut quelquefois refusée, elle fiait bientôt par être une simple formalité. Âiosi, par la force même des choses, les droits les plus précieux du Sénat se ramenaient à rien dans la pratique; pour tout le reste il se trouvait à la merci de l'Empereur qui était libre de Tassocier au gouvernement ou de Ten écarter... L'armée était tout l'opposé du Sénat, par ses origines, puisqu'elle sortait des derniers rangs de la société, par son esprit, puisque la longue durée du service la déshabituait complètement de la vie civile, par ses sentiments à égard de l'Empereur qui était tout pour elle, enfin par ses intérêts qui lui faisaient souhaiter que son maitre fût seul chef dans l'Empire. Fatalement ces deux corps devaient être jaloux et ennemis l'un de l'autre parce qu'ils représentaient deux principes rivaux. Plusieurs princes, tels que Trajan, Antonin, Marc-Aurèle, furent assez sages pour comprendre qu'ils étaient également nécessaires à l'État et assez habiles pour maintenir entre eux la bonne harmonie. Mais la plupart, convaincus qu'ils pouvaient se passer du Sénat et non pas de l'armée, s'appuyèrent de préférence sur les soldats. Cette tendance, très visible dès le premier siècle, fut interrompue sous les Antonins pour repar^tre avec Commode, et, à partir de Septime-Sévère, l'Empire devint purement militaire*. » Sans vouloir forcer les termes de la comparaison, qui ne peuvent pas tous se rapprocher, par exemple en ce qui concerne l'antagonisme du Sénat et de l'armée, ou les caractères du Sénat qui à Rome rappelait tout le glorieux passé de la République et en France n'était qu'une création de l'Empereur, n'ya-t-ilpas cependant là quelques formules qui paraissent être l'expression même du gouvernement napoléonien? C'est que, consciemment ou non, par la force même des choses, ces traditions classiques étaient devenues la substance même de l'esprit de Napoléon.

Solidement établi à Milan, Eugène y exerça consciencieusement ses fonctions de légat. Au nom de TEmpereur, il eut la haute main sur la direction des affaires de Rome ; il transmit au pape les lettres de Napoléon lorsque celui-ci eut renoncé à toute correspondance personnelle avec le Saint-Siège. 11 organisa la mission de Miollis, l'occupation d'Ancône par Lemarois, l'annexion de toute cette

1. p. Guiraud et Lacour-Gayet, Histoire romaine et histoire du moyen âge, p. 402405 (Paris, F. Âlcan).

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c'est pour toi que je souffre; je me représente ta triste position, et, quoique bien loin, je vois la joie imprimée sur les visages de ceux qui nous font tant de mal. » Sans doute elle croyait que le divorce était le résultat des intrigues des Bonapartes contre les Beaubamais : elle se trompait, il était au^re chose de plus grave. « Tu n'as point mérité ces malbeurs, continuait-elle gentiment, je dis ces^ car je suppose qu'on nous en prépare encore d'autres ; je suis préparée à tout; je ne regretterai rien si ta tendresse me reste; au contraire je serai heureuse de te prouver que je ne t'aime que pour toi. Effacés de la liste des grands, on nous inscrira sur celle des heureux : cela ne vaut-il pas mieux?... Ne crois pas que je me laisse abattre; non, mon Eugène, mon courage égale le tien, et je veux te prouver que je suis digne d'être la femme. Adieu, cher ami, continue-moi ta tendresse et crois à celle que je l'ai vouée jusqu'au dernier moment de ma vie *. » Le 16 décembre, elle écrivait encore à son mari : c Je suis^oif ignée à tout et me soumets à la volonté de Dieu; ta grandeur u&me pourra étonner beaucoup de monde, mais pas ta femme, qui t'en aime, s'il est possible, encore davantage. Je te prouverai, mon cher Eugène, . que je n'ai pas moins de courage et de force d'âme que loi, quoique j'étais éloignée de m'attendre à des événements aussi tristes, surtout dans ce moment-ci. Tes petites se portent bien. Dieu sait quel avenir les attend! »

L'avenir d'Eugène et de sa famille n'était pas si pitoyable; maïs la tendresse de la vice-reine ne faisait qu'exagérer les malheurs réservés aux siens. Il est vrai que le divorce était un désastre pour la famille de limpératrice comme pour elle-même. La famille de l'Empereur y devait être entraînée pareillement. Napoléon ne songeait plus qu'à son fils avant même qu'il fût né. Dans les desseins nouveaux de TEmperenr, il n'y avait plus beaucoup de place ni pour les Beauharnais, ni pour les Bonapartes.

Ce n'est pas qu'Eugène ait été tout de suite réduit à la misère. H eut des compensations. Il écrivait, le 1" février 1810, à la vicereine : « Ma chère Auguste, l'Empereur va déterminer notre sort. Il parait que nous aurons un grand-duché en Allemagne et une

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