CHAPITRE XXI
I. — Le traité de Bayonne, du 15 juillet 1808. — L'avènement de Joachîm Napoléon. — La prise de Gapri.
U. — Les défiances de TEmpereur à Tégard de Murât. — Les premières mesures du nouveau roi. ~ Ses plaintes et ses prétentions. — La reine Caroline écartée des affaires. — Murât à Paris (printemps 1810).
lU. — La fin du brigandage en Calabre. — Marie-Caroline et Napoléon. — L'expédition de Sicile. — Mauvaise volonté des généraux français. — L'affaire de la Scaletta (sept. 1810). — Les reproches de l'Empereur.
IV. — La mission du baron Durant àNaples. — Le baptême du roi de Rome.
— Le parti italien autour de Murât. — Le décret royal du 14 juin 1811. — Le décret impérial du 6 juillet 1811. — La disgrâce de Lavauguyon. — L'occupation de Gaête. — L'autorité impériale définie par Maret.
V. — L'audience royale du l** janvier 1812. — Le duel Durant-Dolgorouki.
— La question de préséance. — Le mouvement national italien. — La disgrâce de Maghella. — Le contingent napolitain dans la Grande Armée. ~ Le départ pour la Russie.
Murât élait peut-être réservé au même sort qu'Eugène; mais il ne s'y résignait pas. H n'avait pas été très content de n'avoir que la couronne des Deux-Siciles, car il avait espéré celle de l'Espagne, et il y avait fait beaucoup de zèle : la fortune de ce fils d'un aubergiste des environs de Cahors fut toujours inégale à ses prétentions.
Le traité qui établissait ses droits sur le royaume de Naples avait été signé à Rayonne le 15 juillet 1808, par Champagny et Gallo, pendant qu'il élait aux eaux de Barèges. Ce traité donnait au grand-duc de Berg la couronne des Deux-Siciles; elle devait être héréditaire dans sa famille, à l'exclusion des femmes; exception
était faite pour la reine Caroline, si elle survivait à son mari; € cette princesse, dit le traité en l'article IV, qai, au moyen de la présente cession faite surtout en sa faveur, place sa famille sur le trône, ne peut cesser d'être au-rfessus de ses enfants ». A défaut de descendance, la couronne des Deux-Siciles devait faire retour à l'Empereur, après lui à la descendance de Joseph, puis de Louis, enfîn de Jérôme. Murât gardait la dignité de Grand-Amiral de France qui devait rester attachée à la couronne des Deux-Siciles; il promettait de maintenir la constitution promulguée par le roi Joseph et garantie par l'Empereur; il cédait Berg et Clèves. H devait y avoir à perpétuité ligue offensive et défensive entre l'Empereur et le Roi et leurs héritiers. En cas de guerre, le roi des Deux-Siciles devait fournir 18000 fantassins, 3 000 cavaliers, 25 pièces d'artillerie; lant qu'il ne posséderait pas la Sicile, ce contingent élait réduit à 16000 fantassins, 2 500 cavaliers et 20 canons. D'autres articles fixaient en grand détail les mesures militaires et maritimes que devait prendre le Roi pour rendre en temps de guerre les services que l'Empereur attendait de lui. Par les articles séparés, il était décidé qu'à l'extinction de la ligne de Bénévent, cession de cette principauté serait faite au royaume des Deux-Siciles moyennant une juste compensation. Le roi et la reine abandonnaient tous leurs biens en France, à Paris, à Neuilly et ailleurs *.
Murât ne prit pas part à la rédaction de ce traité qui fut dicté par l'Empereur. 11 ne lit qu'une observation à Gallo, d ailleurs trop tard : « Il serait nécessaire d'insérer dans un article que l'Empereur, en prenant mes propriétés en France, se constituât à ma place et supportât les hypothèques et autres droits, comme cela se pratique ». Quant au reste, il écrivait encore : « Les désirs de l'Empereur seront pour moi dans tous les temps des ordres ». H acceptait donc les conditions dans lesquelles lui élait donnée sa couronne royale ; son nom nouveau de Joachim-Napoléon était comme le signe de sa vassalité à l'égard de l'Empereur ^.
Les débuts du règne furent particulièrement heureux. Joachim se présenta à son peuple avec des proclamations retentissantes :