IV AVERTISSEMENT BIBLIOGRAPHIQUE
Thiers, Histoire du Consulat et de V Empire.
D'Hausçonvhxe, L'Église Romaine et le premier Empire.
Joseph du Tkil, Rome, Naples et le Directoire, Armistices et Iraiié^[i796'i797).
SoREL, Bonaparte et Hoche en 1797 \ — V Europe et la Révolution Française^ V, VI, VII.
Frédéric Maspoî*, Napoléon et sa famille.
A. Va\&al, IVapoléon et Alexandre I*'.
^VELSCHl^G^■R^ Le pape et V empereur; — Le Roi de Rome.
J'ai noté aussi au bas des pages, selon Toccasion, les autres ouvrages douL j'ai lire des lûdications particulières.
I. — L'eDtrée de Bonaparte en Italie. — Mouvements populaires à Milan ; réToIte à Pavie. — Relations avec les princes italiens : armistice de Brc^ria avec Naples; armistice de Bologne avec le pape (juin 1796).
II. — Le traité de Paris avec Naples (octobre 1796). — La République >le Modëoe et de Reggio; activité politique dans la Cispadane. — Le traite- iU^ Tolentino avec la papauté (février 1797).
III. — Les préliminaires de Léoben. — La question de Venise : le parUge des possessions vénitiennes avec l'Autriche. — L'occupation de Venise parles troupes françaises (mai 1797). — Convention avec Gônes et nnu- ▼elle constitution génoise. — Organisation de la République Gisalpint^
IV. —Les desseins politiques de Bonaparte. — Le traité de Campo-FornÙ4) octobre 1797). — L'occupation des lies Ioniennes. — Vues sur la Médiirîr ranée et TOrient.
Lorsque, en mars 1796, Bonaparte entrait pour la première Um en Italie, il avait des ambitions modestes; à la tête d'une année de 38000 hommes, tandis que les armées du Rhin et de Sambn^el-Meuse en comptaient ensemble plus de 150 000, il n'était desliné qu'à faire une diversion à Taile gauche des Autrichiens; il ne pouvait croire, on ne pouvait croire qu'il irait jusqu'aux porh-s devienne et que toute la gloire de la campagne serait pour lui,
L'entreprise d'ailleurs fut longue; ce n'est que lentement qu'au delà du Piémont, puis au delà de la Lombardie, il put embrasser du regard toute l'Italie, étendre même la vue vers l'Orieiit, jusqu'au fond de la Méditerranée. Car il y resta près de deux ans,
Dmiault. — Italie. ^
jusqu'au mois de novembre 1797; nulle part, sauf en France, il ne fut retenu aussi longtemps; sans doute un tel séjour lit sur son esprit une impression profonde; il eut du moins sur sa carrière une influence décisive; il s'y plut certainement, comme en sa patrie, le pays de sa langue maternelle, le berceau de sa race.
Il faut mesurer ce terrain de son activité, l'élargissement graduel de sa pensée politique. Ce fut, grâce aux circonstances et à son génie, le premier dessin de son œuvre impériale.
Le terrain était favorable. L'Italie était faible par ses di^îsions, lasse de la domination autrichienne, secrètement travaillée par l'instinct national, prête ainsi aux nouveautés. Ses souverains redoutaient l'action révolutionnaire sur de pareilles dispositions, et ils prirent tous parti contre la Convention, le Piémont et la Toscane poussés par l'Autriche, les Bourbons de Naples attirés par l'Autriche et TEspagne, le pape inspiré par le vieil esprit de la croisade contre Thérésie, tous jaloux les uns des autres, inquiets de leurs succès réciproques, une proie offerte aux armes et aux rêves de Bonaparte.
Il disait à ses soldats dans sa proclamation du 27 mars : < Je veux vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir, vous y trouverez honneur, gloire et richesses * ». Songeait-il à sa propre fortune? Il n'était point tourmenté par la pensée de donner la liberté aux peuples d'Italie.
En quelques jours, par Montenotte, Millésime, Dego, Mondovi, il coupa l'armée ennemie en deux tronçons, il sépara Colli de Beaulieu, il força les Piémontais à solliciter une suspension d'armes; par l'armistice de Gherasco, il les fit sortir de la coalition, se fit céder les forteresses de Coni et d'Alexandrie, s'assura la route de Plaisance et de la Lombardie. Déjà, impatient, il jetait au loin un coup d'œil conquérant; la rapidité de ses premiers succès, la conscience de sa valeur l'emportaient déjà aux extrémités de la carrière : « Je marche demain contre Beaulieu, écrivait- il au Directoire, je l'oblige à repasser le Pô, je le passe immédiatement après, je m'empare de toute la Lombardie, et, avant un mois, j'espère être sur les montagnes du Tyrol, trouver l'arnaée
i. Corr., I, 91.
du Rhin et porter de concert la guerre dans la Bavière. Ce projet est digne de vous, de l'armée et des destinées de la France... Ordonnez que 15 000 hommes de Tarmée des Alpes soient à mes ordres et viennent me joindre; cela me fera alors une armée de 45000 hommes, dont il sera possible que j'envoie une partie à Rome ». De la Bavière à Rome, voilà, dès le 28 avril, le domaine où il prétend agir*.
Le 10 mai, la victoire de Lodi lui donnait la Lombardie et les Autrichiens fuyaient à travers le territoire vénitiefi. Le 16 mai, il entrait à Milan. Que fallait-il en faire? « Si ce peuple, écrivait le général, demande à s'organiser en république, doit-on le lui accorder? Ce pays-ci est beaucoup plus patriote que le Piémont, il est plus près de la liberté. D'ici vont partir les journaux, les écrits de toute espèce qui vont embraser l'Italie où l'alarme est eilrême*. »
Mais il ne fallait point aller trop vite, il ne fallait point imprudemment engager l'avenir; une grande République Italienne, qui prendrait à la France sa force révolutionnaire, pourrait être plus redoutable que les rois. On ne se laissa point emporter par Tenthousiasme de la liberté: on réserva la question.
En attendant, on organisa à Milan un gouvernement provisoire, sous le nom de Congrégation d'État, avec quelques personnages éclairés et ennemis de l'Autriche, Melzi, Serbelloni, Verri, Parini '. Ils furent surtout chargés de la levée des lourdes contributions nécessaires à l'entretien de l'armée française et à l'avidité de ses fournisseurs. « Le vainqueur n'éveillait des espérances que pour imposer des sacritices*. » Ne convenait-il pas que la Lombardie payât sa liberté? Elle n'aima point ce marché. Elle (It voir son mécontentement; il ne lui plut pas de passer sous un autre joug; elle eut l'espoir et l'illusion d'une complète indépendance; elle s'agita en « excès de langage et de doctrine » . Les troupes françaises dispersèrent des manifestations républicaines dans les rues de Milan. L'enthousiasme de la liberté faisait place désormais aux calculs de l'intérêt.