‹ Napoléon en ItalieChapitre 5 sur 423 · L Pingaud, dans Lavisse et Rambaud, VIII · texte numérisé non relu

L Pingaud, dans Lavisse et Rambaud, VIII

Bonaparte partit de Milan le 23 mai pour continuer la campagne contre Beaulieu. A peine avail-il fait quelque chemin qu'il fut rappelé en arrière par de graves nouvelles. Une partie de la Lombardie s'était soulevée, on annonçait que Nice était pris par les Anglais, que Condé arrivait par la Suisse, que Beaulieu avait une armée de 60 000 hommes. Les prêtres, les moines, le poignard et le crucifix à la main, excitaient à la révolte et prêchaient l'assassinat.

A Milan même on essaya d'abattre l'arbre de la liberté; on déchira et foula aux pieds la cocarde tricolore. Le général Despinoy, qui avait été laissé comme gouverneur, eut bientôt rétabli l'ordre. Mais à Pavie le peuple, renforcé de 5 à 6000 paysans, cerna et fit prisonniers les 300 Français qui y avaient été laissés en garnison. On ne leur fit aucun mal.

Bonaparte accourut, passa à Milan, fit arrêter un grand nombre d'otages, fil fusiller ceux qui avaient été pris les armes à la main, partit pour Pavie. 7 à 800 paysans étaient retranchés dans Binasco; Lannes les chargea, en tua une centaine, dispersa le reste. Le village fut entièrement brûlé. Arrivé devant Pavie, Bonaparte fit tirer quelques coups de canon, et somma les révoltés de se rendre. Ils répondirenl que tant que Pavie aurait des murailles ils ne se rendraient pas. Les portes furent enfoncées à coups de hache, la ville enlevée d'assaut, reconquise en quelques moments. La garnison française fut délivrée. « Je fis faire l'appel, dit Bonaparte, il se trouva qu'il ne manquait pas un soldat. Si je sang d'un seul Français eût été versé, je voulais faire élever, des ruines de Pavie, une colonne sur laquelle j'aurais fait écrire : Ici était la ville de Pavie. J'ai fait fusiller la municipalité, arrêter deux cents otages. Tout est aujourd'hui parfaitement tranquille, et je ne doute pas que cette leçon ne serve de règle aux peuples d'Italie*. »

La conduite de Gênes aussi laissait à désirer, et Bonaparte, dès le mois d avril, avait envoyé au Sénat de la ville un premier avertissement. Les habitants du pays de Gênes furent trouvés quelque peu mêlés à l'insurrection de la Lombardie. Bonaparte y expédia Murât en juin et fit adresser au Sénat des menaces sérieuses. Le

i. Botta, Histoire a Italie. — Gorr., I, 493, 494, 536.

miaislre français à Gênes, Faypoull, concevait déjà la nécessité de prendre des mesures de rigueur. Le général pensait comme lui qu'il faudrait au moins chasser de la ville une vingtaine de familles attachées à TEmpereur, et assurer le gouvernement à des amis de la France. Puis on remit ces soins à des circonstances prochaines *.

Cependant la leçon de Pavie ne fut pas perdue. Elle révéla aux peuples dans quelle mesure ils devaient attendre des Français la liberté. Elle révéla à Bonaparte la vigueur du sentiment national ; il prit des précautions pour le contenir, il se résolut à ne permettre en Italie que le système des Républiques-sœurs, toujours mineures. Cela fut utile plus tard à la réalisation de son ambition impériale.

Mais les Autrichiens se fortifiaient puissamment dans le quadrilatère de Mantoue, et contre leurs troupes plus nombreuses Bonaparte avait besoin de toutes ses ressources. Il lui convenait de n'être pas menacé en arrière ou sur le flanc droit de son armée par quelque diversion des princes italiens ; c'est pourquoi il se prêta volontiers à des négociations d'armistices; il les fit aussi lucratives que possible. « J'imposerai, disait-il au Directoire, quelques millions de contribution au duc de Parme. Il vous fera faire des propositions de paix; ne vous pressez pas, afin que j'aie le temps de lui faire payer les frais de la campagne, approvisionner nos magasins et remonter nos charrois à ses dépens. » Un armistice en effet fut signé à Plaisance le 9 mai. Le duc de Parme dut payer deux millions de livres dans les quinze jours, remettre 1 200 chevaux de trait et 500 chevaux de selle, livrer 20 tableaux de ses musées, au choix de Bonaparte, et faire conduire aux magasins de l'armée, dans un délai de quinze jours, 10000 quintaux de blé, 5000 d'avoine et 2 000 bœufs. Le général Cervoni, chargé de veiller à l'exécution de l'armistice, reçut l'ordre surtout de faire observer les époques désignées pour l'acquit de ces contributions; en cas de retard, il devait informer aussitôt le général en chef, qui ferait aussitôt passer des troupes dans le duché de Parme, pour le traiter comme pays conquis *.

Le 17 mai, le duc de Modène obtint aussi un armistice. 11 paya

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