‹ Napoléon en ItalieChapitre 60 sur 423 · Aff. Etr., Turin, n° 279, f · texte numérisé non relu

Aff. Etr., Turin, n° 279, f

Les deux lettres furent imprimées et communiquées, en forme de proclamation, à toute la population piémontaise. On attendit donc la paix.

Ce fut la guerre qui recommença à la fin de novembre 1800, Beaucoup de Piémontais se persuadèrent naturellement que, si TAutriche reprenait les armes c'était qu'elle avait des chances de victoire. Les républicains s'effrayèrent. Les royalistes se réjouirent et se bâtèrent de profiter des circonstances ; beaucoup de troupes françaises s'éloignèrent vers le Mincio et l'Adige; ils résoluren de susciter des désordres pour tâcher de faire une diversion en faveur des Autrichiens, en inquiétant les communications de l'armée française. En effet l'agilation grandit beaucoup dans tout le pays : beaucoup d'habitants refusèrent de payer leurs impôts pour s'en faire honneur aux yeux de la cour à son retour; les prêtres, ennemis déclarés de la France, se préparèrent à renouveler les scènes d'horreur de l'année précédente; les assassinats de Français isolés se multiplièrent. Des « patriotes » eux-mêmes se mettaient à considérer les Français comme des oppresseurs, parlaient de l'indépendance de toute l'Italie. Et Jourdan se désolait : « Il n'y a qu'un petit nombre d'hommes vertueux qui aiment les Français ». 11 est vrai qu'il définissait la vertu par l'amour de la France. Il fut obligé de suspendre les séances de la Consulte qui montrait beaucoup de mauvaise volonté : on faisait de même alors en Cisalpine ^

Cela n'empêcha pas Tinsurreclion. Elle éclata au commencement de janvier dans les environs d'Aoste. Des maladresses y avaient été commises; on y avait persécuté les prêtres, enlevé des cloches dans les églises : a car peu d'hommes, observait Jourdan, ont le vrai patriotisme qui sait allier la modération à la fermeté. » Tout de suite l'insurrection prit un caractère sérieux; la fausse nouvelle de victoires autrichiennes souleva toute la vallée d'Aoste; le mouvement gagna bientôt l'arrondissement d'Ivrée; parmi les

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96 MARENaO (1800-1802)

chefs, Tavocat Vincent Accotta et le notaire Bonaflde s'étaient déjà fait remarquer en 1799 par leurs violentes excitations contre les Français; ils voulaient renverser le gouvernement, chasser les étrangers, rendre au Piémont son indépendance. Des lettres saisies prouvèrent que la conspiration était étendue sur tout le pays; on parlait d'un massacre général de tous les Français, qui devait commencer le 24 nivôse ou le 13 janvier 1801.

Le 13 janvier, une forte bande d'insurgés attaqua Ivrée; elle fut repousséo, laissant sur le terrain 15 tués et de nombreux blessés; son ch«f Accotta fut pris. Le même jour, à six heures du soir» elle recommença Tattaque, s'établit dans un faubourg, bloqua la ville; on annonça un assaut décisif pour le lendemain. Mais le 14, à neuf heures du matin, l'adjudant commandant Cacault, à la léle de la garnison, se jeta vigoureusement sur les insurges et leur livra un combat acharné; il en tua 300, il en prit 40; le reste s'enfuît en grand désordre. Les troupes françaises ne ratcnlircnt pas leur offensive; elles poursuivirent partout leurs ennemis; elles les ballircnt encore à Saint-Martin, à Donas; les villages rebelles imploraient la clémence des vainqueurs; on leur pardonna à condition de livrer leurs chefs et leurs armes. Au bout de quelques jours, à la fin de janvier, l'ordre était complètement rétabli. Les troupes françaises occupèrent Aoste et y mirent une forte garnison'.

A ce moment on apprit les victoires de Moreau en Allemagne, celles de Brune et de Macdonald dans la vallée de l'Adige, les armistices imposés aux Autrichiens. Les ennemis des Français durent se convaincre que le moment n'était pas encore venu de se défaire de leur domination, 11 fallut se résigner, s'abandonner aux volontés du Premier Consul.

La paix était proche. Les imaginations travaillèrent sur les conditions que Bonaparte allait faire à ses ennemis vaincus et sur la situation qui allait en résulter pour l'Europe. Les faiseurs de projets s'évertuèrent à lai donner des conseils.

Un certain Coffm, commissaire des relations commerciales en Sardaigne, dressa un plan curieux, — Il y aura paix et alliance entre TAulriche, la France, l'Espagne, TAnglelerre, la Prusse, le

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