Aff. Etr., Turin, n« 219, f
Dbiavlt. — Italie. T
Tout cela part d'un bon naturel et n'est pas tout à fait absurde. Certains traits de ce tableau se retrouveront dans les combinaisons postérieures de la politique de Napoléon.
Mais il ne s'en inspira pas lors du -traité de Lunéville; il ne songea pas encore à réaliser la paix universelle. En ce qui concerne le Piémont, ce traité fut absolument muet, et on en attendait la signature avec tant d'impatience que ce mutisme fut une déception vivement sentie : d'autant plus que l'Autriche reconnaissait une fois de plus l'existence de la République Cisalpine. Les royalistes manifestèrent des espérances toutes naturelles. Les inquiétudes des républicains redoublèrent. L'incertitude générale compromit la rentrée des impôts, même les marchés de denrées ; or les troupes françaises revenaient du pays de Venise, se rapprochaient des Alpes ; le Premier Consul voulait qu'elles fussent bien nourries. Les habitants du pays ayant peu de bonne volonté, les généraux s'emportèrent en exigences nouvelles; le général Lacombe- Saint-Michel, nommé commandant militaire à Turin, s'y montra très dur, s'empara de toute la police, même de celle du théâtre, excita de vifs mécontentements, ne s'en soucia. La municipalité de Turin donna sa démission ; Jourdan dut faire rappeler le général Lacombe, qui fut remplacé par le général Delmas.
Tant que leur sort n'était pas décidé, les patriotes piémontais conservaient encore de l'espérance; ils adressaient d'ardentes prières au Premier Consul; ils lui disaient l'intérêt qu'il y avait pour la France même à assurer la tranquillité ^de sa frontière méridionale, à consolider son influence en Italie, à garder les chemins des Alpes pour le cas de guerre; ils disaient les dangers qu'aurait à redouter la République de la part d'une puissante monarchie restaurée et vindicative dans le -Piémont. « La terre sacrée, disait l'un d'eux, où reposent les ossements des républicains, expirés à Marengo ne sera point outragée par le rétablissement d'un trône ensanglanté et des cachots de l'inquisition civile et religieuse. Les baïonnettes des Français ne seront point employées à soutenir la royauté qu'elles ont détruite et les ennemis d'une liberté qu'elles ont fondée * . »