Ait. Etr., Gûnes, n'^ 178, r
indépendance. « Les Sénateurs, dit Saliceti, prétendent qu*aujburd'huî qu ils sont constitués, la République Française ne doit pas plus influer sur leur gouvernement que rAutriche ou que l'Angleterre. » Il convient de rappeler que ces sénateurs avaient été nommés par Bonaparte; qu'auraient-ils donc prétendu s*ils avaient été autrement élus?
Pour se prouver à eux-mêmes qu'ils étaient libres, ils nommèrent, sans en prévenir Saljceti, un ministre à Vienne et un autre à Londres. Dans les nominations des fonctionnaires, ils marquèrent leurs préférences pour ceux qui avaient servi TAutriche : ceux qui étaient dévoués à la France, dit Saliceti, n'avaient rien à espérer, à moins qu'on ne forçât la main au Sénat; le doge Durazzo se souvenait trop qu'il avait été ambassadeur à Vienne; on cherchait à éloigner de la France Tesprit du peuple et des négociants.
Un capitaine anglais fut à ce moment reçu chez le doge; il proposa aux Génois de leur laisser prendre le pavillon anglais pour la protection de leur commerce sur la Méditerranée. Cette offre fat accueillie avec enthousiasme, \xn grand nombre de bâtiments génois arborèrent en effet le pavillon de l'Angleterre. Le gouvernement français s'en émut beaucoup; car ainsi Gênes était plutôt sous le protectorat anglais que sous le protectorat de la France. Le ministre de la marine, Decrès, trouva un moyen de remédier à cette situation regrettable : d'après les règles de loules les marines, l'état-major de tout vaisseau et les deux tiers, au moins la moitié de l'équipage, devaient être de la nation à laquelle appartenait le pavillon arboré; sinon ils étaient considérés comme forbans, et pouvaient être poursuivis partout et saisis comme tels. On rappela ces règles aux Génois*.
Malgré toutes les précautions, ils paraissaient donc peu dévoués et peu dociles à l'influence française. Il faudra d'autres mesures pour réprimer ces velléités d'indépendance. Bonaparte y songera; car; la guerre recommencée avec les Anglais, il sera nécessaire de mettre Gênes à l'abri de leurs entreprises : il craignit toujours en ces régions quelque coup de main sur la grande forteresse d'Alexandrie, quelque insulte au champ glorieux de Marengo : il en aurait souffert comme d'une profanation.