‹ Napoléon en ItalieChapitre 81 sur 423 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

1. — La France ei hi^ Bourljons d'Espagne et d'Italie. —Les traités de Saintlldeption^f;., tie LunèvîUc et d'Àranjuez. — Les Habsbourg ctiassés de Tltalie.

n. — Moreaa Saint-Méry r^^sident de France à Parme. — Le duc refuse tic renoncer à Parme/— Bonaparte n'insiste pas.

IlL — Inslaliation du nouveau roi d'Etrurie (juillet-août 1802). — Les influences eecléebstiques autour du roi LouisI". — Le décret du 15 avril 1802.

IV, — La mofL rlu iJuc de Parme (9 octobre 1802). — Moreau Saint-Méry adminialrntenr ilea duchéiî de Parme et de Plaisance.

V, ^ Ln mort du roi Louis V (27 mai 1803). — La régence de Marie-Louise d*Ëspagne en Elrurîe-

L'Aulrîche refoulée de Milan à Venise, en attendant mieux, la maison de Savoie réduite à la Sardaigne, Bonaparte se trouvait en présence des Bourbons. Ils occupaient en Italie, depuis le XV 111* siècle, une importante situation ; ils avaient été établis en 1738 à Naples, en 17/i8 à Parme. Ils étaient demeurés très unis aux Bourbons d'Espagne dans une parenté entretenue par de fréquents mariages consanguins. Don Carlos, le fils d'Elisabeth Farnèse, duc de Parme en 1731, prince héritier de Toscane, avait été ensuite roi de Naples et de Sicile, avant de devenir roi d'Espagne sous le nom de Charles III : il avait parcouru en sa carrière tout le domaine italien réservé aux Bourbons d'Espagne. Ses deu\ fils, Charles IV et Ferdinand IV, régnaient à Madrid et à Naples; son neveu Ferdinand était duc de Parme; son petit-neveu Louis allait devenir roi d'Etrurie.

Or ces Bourbons devaient leur établissement en Italie à Finfluence française ; ils en étaient un peu les créatures ; ils avaient été les instruments des rois de France cherchant à expulser les Autrichiens . de la péninsule. Ils pouvaient encore rendre ce service à Bonaparte; éloignés des frontières mêmes de la France, peu puissants dans l'Italie du Nord, ils n'étaient pas dangereux : on pouvait les garder quelque temps.

Leur parenté avec la famille royale d'Espagne leur était encore une force. Depuis 1795 le gouvernement français avait formé avec la cour de Madrid une alliance de plus en plus étroite. Bonaparte n'était pas disposé alors à y renoncer, elle pouvait lui être précieuse. La puissance maritime de l'Espagne, toujours estimable, lui permettait de contenir celle de l'Angleterre; le domaine colonial de l'Espagne fournissait sur les mers d'avantageuses positions ou même des compensations. X défaut de l'Égj'pte qui lui échappait, le Premier Consul songeait à la Louisiane, que le Directoire n'avait pas cessé de réclamer à l'Espagne depuis le traité de Bâle; il paraissait possible de Toblenir par quelque agrandissement de la maison de Bourbon en Italie : l'Italie continuait d'être le pays des marchés territoriaux nécessaires à l'équilibre *.

En même temps Talliance de la France avec les Bourbons d'Espagne et d'Italie continuait la tradition du pacte de famille sous la forme d'une sorte d'alliance latine qui garantissait à la France et à Bonaparte la domination de la Méditerranée. Elle dura quelques années; elle fut l'une des formules de la politique napoléonienne jusque vers Tilsitt.

Elle se réalisa avec une grande précision dans les traités successifs de Saint-Ildephonse , de Lunéville et d'Aranjuez, du 1- octobre 1800 au 21 mars 1801. Dès le 20 juin 1800, au lendemain de Marengo, Bonaparte écrivait au duc de Parme : < J'ai reçu la lettre que Votre Altesse a bien voulu m'écrire. Je ne dois pas lui dissimuler que l'armée française se plaint des secours qui avaient été donnés aux insurgés de Fontana par les soins particuliers de l'archiduchesse (la femme du duc), et que sans l'estime par-

1. J. Turner, The policy of France toward the Mississipi Valley in the period of Washington and Adams (The American Historical flei;ieM?, janvier 1905). — Sorel, VI, 75.

DmiAULT. — Italie. 9

130 MARENGO (i800-1802)

ticulière que j'ai pour les vertus de Votre Altesse et la considération et les égards que doit le peuple français à S. M. le Roi d'Espagne, j'eusse traité les États de Votre Altesse en ennemis. Je prie Votre Altesse de compter entièrement sur la protection du peuple franeaîa el d'être convaincue du désir que j'ai d'accroître, si lL^^ eircons(aiices le veulentj Téli^due et la prospérité de ses Étals ^ ».

En consi^quence de ces bennes dispositions, le traité préliminaire el secret de Saint-lldephanse, du 1" octobre 1800, était rédigé ainsi :

Sa Maj^slé Catholique, aj^aiU toujours témoigné beaucoup de sollicitude h procurer à Son Altesse Royale le duc de Parrtie, un agrandissetnent qui mit »es l^taLs eu Italie sur un pied plus conforme à sa dignité, et la Héjiublique Française de son côté, ayant depuis longtemps mani Testé à Sa Maji^sté le Roi «rEspague d'être remise en possession de la Louisiane, ont décitlé ce qui suit :

Article fsemiir. — La République Française s'engage à procurer en Italie a Sa Majesté Royale rinfanl duc de Parme, un agrandissement de terriloire qui porte ses Étals à une population d'un million à 1 200 000 habitants, avec le liîre de Roi el tous les droits, prérogatives et prééminences qui soûl aLlachês à la dignité royale, et la République Française s'engage à obtenir h cel eiïel l'agrément de Sa Majesté TEml>ereur el Roi el celui rle^ autres États intéressés, de manière que Son Altesse Royale riufanl Juc de Parme puisse sans contestation être mise eu possession desdils territoires, à la imix à intervenir entre la République Française et Sa Majeslé Impériale,

Art, t. — L'agrandissemeut à donner à Son Altesse Royale le duc de Parine pourra consister dans la Toscane, dans le cas où les négociations actuelles du gouvernement français avec Sa Majesté Impériale lui jiermel Iraient d'eu disposer; il pourrait également consister, soit dans les Iroiî^ Légations romaines, ou dans toutes autres provinces continentales d'Italie formnnt un t^tal arrondi.

Anr. 3, — Sa Majeslt^ Caltiolîque promet et s'engage de son côté à rétrocéder à ta République Franraise, si?c mois après Texécution pleine el entiiVe des conili lions el stipulations ci-dessus relatives à Son Altesse Royale le duc de Parme, la colonio ou province de Louisiane avec la jnéme ètcudue qu'elle a aclueltemeut entre les mains de TEspagne et qu'elle avait lorsque la France la [possédait et telle qu'elle doit être

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