LES ANNEXIONS EN DÉCEMBRE 181O
Des changements de régime et de dynastie viennent d'avoir lieu dans toute l'Allemagne française, et on en prévoit d'autres. Il en est ainsi d'ailleurs de tout l'Empire napoléonien.
Les récentes annexions constituent un ensemble considérable et qui prête à la réflexion.
Le sénatus-consulte du i3 décembre i8io prononce la réunion de la Hollande et du Lauenburg ; encore, « des pays situés entre la mer du Nord et une ligne tirée du confluent de la Lippe avec le Rhin, donc Wesel jusqu'à l'Halteren, de l'Halteren à l'Ems au-dessus de Telget et de l'Ems au confluent de la Werra dans le Weser, et de Stolzenau sur le Weser à l'Elbe au-dessus du confluent de la Stackeritz ». En somme, c'est une ligne à peu près droite de Wesel à Lubeck par Minden. Cette réunion est « commandée par les circonstances », c'est-à-dire par les nécessités de la lutte contre l'Angleterre ^.
D'où une série de décrets pour la réunion. Le 22 janvier 181 1, l'Empire prit officiellement possession des seigneuries de Warel, Cahlen, de Wecht, Cloppenburg et Wildeshausen, des comtés d'Oldenbourg et Dalmenhorst, pays de Wurdhen, péage d'Elsfleth, et de la partie de la principauté de Lubeck située entre la Trave et la frontière de Holstein. En même temps, la souveraineté de son Altesse seigneuriale le duc d'Oldenbourg fut transférée sur la principauté d'Erfurt et ses dépendances ; jusqu'à ce que l'indemnité fût réglée, on lui laissa tous ses domaines privés. Ils devaient être séquestrés seulement par un ordre venu de Moscou le 10 octobre 18 12, Napoléon alors n'ayant plus à ménager la Russie qui ne voulait pas traiter.
Le même décret dépouilla les princes de Salm-Salm, Salm-Kyrburg, Arenberg. On leur laissa leurs domaines privés, et ils eurent rang de princes français. C'est encore
I. Cf. G. Servières, L'Allemagne française sous Napoléon Z^"". Paris,
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par le même acte que le grand-duché de Berg perdit la partie septentrionale de son territoire.
Le 2 2 février 1 8 1 1 , la Westphalie fut démembrée du département du Weser, dont le transfert fut réglé par le traité du 20 mai i8ii, qui confirma les nouvelles frontières. Ainsi furent constitués les départements hanséatiques : Bouches-de- FElbe, Bouches-du-Weser, Ems supérieur. Une commission de gouvernement, sous le comte de Chaban et le chevalier Faure, y fut installée par Davout le 9 février 1 8 1 1 . Le Sénat des trois villes hanséatiques fut supprimé. Des préfets furent nommés, avec tous autres fonctionnaires. Les postes, les tribunaux, la conscription, l'inscription maritime, les douanes furent organisées, à la française, comme pour durer définitivement.
Davout adressa aux habitants des proclamations de circonstance : « Votre indépendance n'était qu'idéale )) : et il entreprit de leur démontrer, ou plutôt de leur déclarer, qu'elle serait désormais réelle et intégrale. En outre, il leur promit une éclatante prospérité. On annonça l'ouverture prochaine d'un canal de la Baltique au Bhin. Il leur fut suggéré d'envoyer des députés à Paris pour saluer l'Empereur ; Champagny écrivit à Bâcher, qui était chargé de ces prises de possession : « Monsieur le Baron, dans les pays nouvellement réunis à l'Empire dont vous avez été chargé de prendre possession au nom de Sa Majesté Impériale, c'est à la volonté et au choix libre des habitants qu'il appartient de désigner les députés qui devront être chargés de l'honorable mission de porter aux pieds du trône l'hommage de l'obéissance et de la fidélité de leurs concitoyens. Il est à désirer sans doute que ces députations se composent des principaux membres de l'administration et du clergé et des plus riches propriétaires. Mais il importe surtout que la position de leur fortune les mette tous au-dessus du besoin d'une indemnité pour entreprendre un voyage agréable et qui doit servir à
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les faire connaître personnellement de Sa Majesté Impériale ^ . »
Le baron Bâcher termina ainsi la mission qu'il avait longtemps exercée à Ratisbonne, auprès des princes de la Confédération. Dès lors il y eut des agents particuliers du gouvernement français auprès de chacun d'eux. Ainsi la Confédération se trouvait en vérité dissoute. Elle n'existait plus que sur le papier, dans les titres protocolaires du Protecteur : prélude, sans doute, d'une transformation politique de l'Allemagne dont les traits sont demeurés insaisissables, cachés dans le secret de la pensée impériale.
Toutes ces annexions sont définitives, puisqu'elles sont inscrites en sénatus-consultes ; elles ne peuvent pas être réduites; elles peuvent être augmentées, et, comme elles sont disposées, elles semblent en effet préparer de nouvelles extensions territoriales et politiques, sans doute aussi définitives, car la forme qu'elles prennent sur la carte ne peut être durable ; elle ne s'explique que par la guerre avec l'Angleterre, qui ne peut être éternelle : c'est un bras qui s'allonge au nord pour envelopper, pour embrasser l'Allemagne, d'autre part traversée, avec la Bavière et Salzbourg, jusqu'aux portes de Vienne, avec la Saxe et Varsovie jusqu'au flanc de la Russie. Il semble qu'il y faille voir les linéaments peu appuyés d'une construction politique destinée à s'achever plus tard, le croquis d'un dessin dont la forme finie doit comporter encore beaucoup de travaux.
Si l'on joint à ces trois directions Wesel-Lubeck, Dresde- Varsovie, Munich-Salzbourg, celle que marquent Corfou et les provinces Illyriennes, on a les grandes lignes des tendances de l'Empire ; elles vont toutes à l'Est.
Ce n'est pas un Empire à son apogée, c'est un Empire en construction. En attendant des cadres plus parfaits, l'Alle-