L. Madelin, op. cit., 36o
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livrer sa Rome à quelqu'un qui était capable d'y frapper une empreinte personnelle.
Et Miollis, qui avait craint de n'être plus rien, resta avec sa Consulte et le titre de lieutenant du gouverneur général, formule au reste sans réelle signification.
Un peu plus tard, on vit arriver le général Hédouville, nommé à la « Sénatorerie de Rome ». Il s'installa au palais de Malte sur l'Aventin ; mais il n'eut aucune autorité politique, il ne chercha point à en avoir ; il marqua seulement un lien de plus avec l'Empire.
Le 28 janvier 181 1, Marquet de Norvins fut envoyé à Rome comme directeur-général de la police, et il parut que ce titre fût pour préparer les nouvelles destinées de la ville des papes et des empereurs.
Puis, en mars, Martial Daru, le frère d'Antoine, y fut comme intendant de la Couronne. Il s'occupa fort activement d'organiser le palais impérial, soit au Palatin, soit au C apitoie, finalement au Quirinal. Tous ordres furent donnés à l'architecte de tout préparer en huit mois, pour recevoir l'Empereur au commencement de 18 12 ou un peu plus tard ; car avant de monter au Capitule, il fallait d'abord organiser l'Orient et finir 1 Empire.
Au delà de l'Adriatique, les Romains aussi avaient ouvert les chemins sur la Macédoine et l'Orient par Flllyricum, Dyrrachium et la Via Egnatia, face aux barbares de la Pannonie et de la Dacie.
Napoléon de bonne heure avait repris cette voie. Il avait eu les îles Ioniennes en 1797 ; il les avait retrouvées après Tilsit en 1807. Cette ancienne colonie de Venise lui donnait la domination de l'Adriatique et la voie de l'Orient. Il avait Venise elle-même, avec l'Istrie et la Dalmatie, et ainsi des droits sur tout son héritage. Il avait enfin les Provinces Illyriennes, qui marquaient une autre direction, vers la Save et Belgrade :
dans un sens ou dans l'autre, un Empire dont toutes les tendances étaient vers l'Orient.
Marmont s'était fait une sorte de province personnelle de la Dalmatie. Il avait d'abord mal supporté l'autorité du prince Eugène. Il occupa Raguse en 1806, en compensation de Cattaro enlevé par les Russes. Il en prit possession officielle le 3i janvier 1808, sur d'assez mauvaises raisons de droit. Le Sénat ragusais fut dissous sans résistance ; par précaution, dix de ses membres furent envoyés en surveillance à Venise et à Milan.
Marmont fut fait alors duc de Raguse.
En 1809, après Wagram et les acquisitions du traité de Vienne, l'Istrie et la Dalmatie furent détachées de l'Italie, reliées aux territoires nouveaux pour former le gouvernement général des Provinces lUyriennes, province directe du Grand Empire, sous l'autorité enfin émancipée de Marmont.
La restauration de ce vieux nom romain de l'IUyrie avait un grand sens historique ; elle fit une vive impression sur les populations, leur sentiment national en est encore profondément pénétré.
Le décret organique du 1 5 avril 1 8 1 1 fut pour les Provinces Ulyriennes une sorte de Constitution ^ Le gouverneurgénéral y fut assisté d'un petit conseil : un intendant général, un commissaire de justice, deux juges de la cour d'appel de Laybach.
Il y eut six provinces civiles : Carniole, Carinthie, Istrie, Croatie civile, Dalmatie, Raguse ; une province militaire, la Croatie militaire. 11 y eut un intendant par province, avec les attributions d'un préfet ; un subdélégué dans chaque district. Toute l'organisation financière et judiciaire fut imitée de celle de la France. Le Code fut la loi du pays.
Mais les préoccupations du gouvernement y furent surtout
I. Cf. Aff. Étr. Autriche, Mémoires et Documents, vol. 55, f"* 44-63.
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de l'ordre militaire. Marmont y déploya une remarquable activité, jusqu'à son départ pour le commandement de l'armée de Portugal, en juin i8i i . Il y eut six régiments-frontières, composés surtout de troupes croates, avec des officiers croates et français. Les qualités militaires de la race avaient été illustrées par les guerres du passé ; l'armée royale de France avait eu un brillant régiment de cavalerie étrangère qui s'appelait « le Royal-Cravate ».
Les places de Canstadt et de Dubicza furent fortifiées. Des plans de campagne furent préparés, et soigneusement tenus à jour pour le cas d'une expédition vers la Serbie ; nous avons dit ailleurs le voyage à Laybach et à Paris d'un officier de l'entourage de Kara-Georges, le capitaine Rado Vucsenics*.
Des relations furent établies avec les pachas de Scutari et de Traunik. Une belle route fut construite de Fiume à Canstadt... Des courriers réguliers circulèrent par Traunik, Serajevo, Pristina, Andrinople, jusqu'à Constantinople, et retour, Marmont écrivit un Mémoire sur les relations commerciales à organiser avec la Turquie, pour en enlever le monopole à l'Autriche; on y trouve un tableau précis des routes et des heures nécessaires aux transports. Il y aurait encore de bonnes indications à y prendre.
Napoléon était dès lors mieux placé que les Russes, sur le chemin de Byzance.
Et c'était le chemin qui le menait à Rome.