‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 130 sur 225 · Arch. Nat., N, III, n» lo, Rome · texte numérisé non relu

Arch. Nat., N, III, n» lo, Rome

LE PLAN d'une ROME NAPOLÉONIENNE 237

dorique, surmontée de l'ionique à l'étage supérieur, et, la pente étant accentuée, s'achèvera en terrasses de style corinthien : — un ensemble de palais plutôt qu'un palais ; il y aura la résidence de l'Empereur ; il y aura les palais des Assemblées, des Corps constitués ; tout autour, des bâtiments pour la garde impériale, pour le service; — une puissante masse architecturale, des milliers de colonnes, des portiques et des frontons, des arcs et des stèles, des statues et des bas-reliefs, statues équestres ou pédestres, bas-reliefs de victoires, trophées, inscriptions, renommées, le long des degrés et des rampes qui conduiront toute cette gloire immortelle, tout ce triomphe de pierre au Capitole.

Le morceau le plus réussi, sur le papier, et le plus amoureusement traité par Perosini, c'est la façade sur le Forum; il semble qu'il ait voulu y poser un monument digne de toute la gloire antique qui sortait de cette poussière : une ample terrasse, qui fût descendue doucement, en rampes et degrés majestueux, sur « les Jardins du Capitole », c'est-à-dire sur le Forum, vers le Palatin; d'ailleurs notre architecte supprimait tous les monuments antiques ou à peu près ; il les remplaçait par du neuf, et l'on peut se demander s'il ne commettait pas, en dehors de ce barbarisme de destruction, une erreur fondamentale d'optique en dressant des bâtiments aussi vastes sur un espace aussi étroit, dont la grandeur est toute dans l'histoire de son passé. On n'en peut heureusement pas juger. Mais sans doute ces plans n'étaient pas plus mauvais que celui du monument de Victor-Emmanuel II, et ils avaient au moins l'avantage de conduire à la Rome antique au lieu de lui tourner le dos, au lieu de la renier.

Perosini avait un plus louable souci de fidélité et de commémoration historique : du palais Impérial sur le Capitole il ménageait, comme jadis Caligula, un passage de plainpied, conduisant au Palatin, où l'on devait établir les Jardins Impériaux, sur le berceau de l'ancienne Rome, sur les vestiges

de la Roma Quadrata, et sur l'emplacement des palais des Empereurs. C'était bien la chaîne renouée des Empereurs d'autrefois à celui d'aujourd'hui.

Parmi des erreurs énormes, il y a de la grandeur dans ce dessein, et, si nous l'avons redit, c'est parce qu'il donne une idée de la mentalité des contemporains.

Il fut repoussé par la commission des monuments et par Napoléon, parce qu'il eût comporté, avec des dépenses énormes, la destruction des plus beaux monuments du Forum et du Capitule, ce qui eût suffi à le rendre impraticable ; et le ministre de l'Intérieur en écrivait dans ce sens au sieur Perosini, en lui demandant « quelque proposition sagement combinée qui, se renfermant dans de justes bornes, permettrait de rendre justice à son talent et d'accueillir ses projets^ ».

Nous allons venir en effet, mais sans Perosini, à des combinaisons plus sages, qui portent d'ailleurs, avec plus de respect pour l'antiquité, la marque napoléonienne, en harmonie avec l'ancienne Rome impériale.

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