I. Arch. Nat., F'^, i568, A
LES JARDINS DU GRAND CÉSAR îSg
Trinité-des-Monts, dans la direction du Quirinal et des Thermes ; en face, on a le Corso qui pénètre au cœur de la ville, vers la place Colonna, la place de Venise, le C apitoie, le Forum, le Colisée : la grande artère de Rome à travers les siècles.
Prenons le langage de Tournon : « Il faut que le voyageur arrivant de Florence, voyant au loin au bout du Corso le Capitole, et à droite, au delà du Tibre, le Vatican et Saint-Pierre, puisse embrasser, dès son premier regard jeté sur la reine des nations, sa gloire passée et sa grandeur présente, le siège de son Empire temporel et celui de sa domination spirituelle. » — Ce qui est bien près d'embrasser l'univers et l'histoire universelle.
On eut donc surtout le souci de donner à Rome une entrée digne de tant de gloire ancienne et nouvelle. Sous la direction du préfet Tournon, ce fut l'œuvre de Rerthault, architecte de Sa Majesté, envoyé à Rome en novembre 1812, avec Gisors, inspecteur général des Bâtiments.
« La place du Peuple, écrit Berthault, dans son premier rapport, dans létat où elle se trouve, considérée du point de vue de la porte d'entrée, ne laisse presque rien à désirer. Seulement elle a la forme d'un clavecin, ce qui la rend un peu étroite du côté de cette porte. Mais que le voyageur, frappé d'abord de sa beauté, arrive jusqu'à l'obélisque et tourne malheureusement la vue, soit du côté du Mont Pincius, soit du côté du Tibre, qu'aperçoit-il ? des masures. Tout à l'heure il se croyait dans Rome ; à présent, il se trouve dans un village ; il n'est entouré que de cabanes. »
Et il faisait aussitôt ses propositions : — Le problème étant de présenter dans leur aspect le plus favorable les points de vue dont on pourra jouir en arrivant à Rome par la Porte du Peuple, la place sera régularisée et rendue ovale par la démolition des maisons qui à droite et à gauche la dégradent et présentent un contraste si choquant avec la pers-
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pective magnifique et imposante qu'elle offre du côté de la rue du Cours. Cette place ainsi désobstruée laissera voir à droite le Tibre sur les bords duquel s'élèvent majestueusement le Mausolée d'Adrien et la Basilique de Saint-Pierre, au Sud-Ouest la villa Pamfili et au Nord-Ouest le Mont Marins ; à gauche sera le jardin du Grand César, à Sa"", 48 au-dessus du niveau de la place.
L'église Sainte-Marie-du-Peuple occupe un des côtés de la Porte du Peuple. Il fut question de construire sur l'autre côté un bâtiment quelconque pour assurer la symétrie, ou même de détruire l'église. Heureusement, on ne fit pas ce sacrifice à la symétrie, et on se contenta de régulariser la place, sans trop de dégâts.
A droite de l'entrée, Berthault aurait voulu abattre les « cabanes » qui obstruaient la vue jusqu'au Tibre et y établir une promenade disposée en quinconces, avec 1.200 platanes, le long de deux allées dirigées sur l'axe de Tobélisque pour produire le même effet que les deux rues latérales et que le Corso. Il eût prolongé cette promenade jusqu'au pont Ripetta (Cavour) ; il l'eût garnie de statues et de bancs, en belle vue sur le Tibre, et elle eût abouti à la place du Peuple par un mur circulaire à hauteur d'appui surmonté d'une grille, avec une large porte à deux vantaux ^ C'était une idée, elle ne fut pas réalisée, car nous sommes alors en 181 3, et les événements vont se précipiter dans un autre sens.
En fait, l'œuvre originale de Berthault, — et elle suffit à sa renommée — , est dans l'établissement des Jardins du Grand César ou du Pincio. Lorsque le nom en fut proposé à Napoléon, il hésita, et de sa main il écrivit « Jardins de César le Grand » ; puis, réflexion faite, il garda « Jardins du Grand César ».
Il y avait là, en élévation sensible par rapport à la place