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du Peuple et au Corso, derrière le couvent de Sainte-Mariedu-Peuple, un vaste ensemble de jardins, de vignes, de bosquets, la coUis hortorum, s'étendant vers les parcs de la Villa Borghèse, vers la Villa Médicis, vers la Trinité-des- Monts, vers les anciens jardins de LucuUus et de Salluste, le long du mur d'Aurélien, vers le quartier Ludovisi, dans la direction des Thermes de Dioclétien.
Le mérite de Berthault est d'avoir dégagé en ce sens la place du Peuple en établissant un accès à ces coteaux et en y organisant les Jardins du Pincio, qui sont parmi les plus belles choses dont Rome s'est enorgueillie depuis. Deux larges portes, dans la grille qui fut construite le long de la place du Peuple, ouvrent deux belles rampes en pente douce, qui, de paliers en paliers, décorées de massifs et de statues, conduiront aux Jardins du Grand César et aux merveilleux plateaux d'où l'on a sur Rome la vue la plus émouvante, en vérité une vue impériale : la promenade de Rome aujourd'hui, son Bois de Boulogne, mais le nôtre n'a pas un spectacle pareil.
Il y eut à la commission quelque discussion à l'endroit des propositions de Berthault. Certains voulaient que les jardins eussent un caractère pittoresque, une aimable irrégularité, des détours, des surprises parmi les ombrages. Berthault, très classique, on l'a déjà vu, tenait pour un jardin régulier, avec des arbres à haute tige, disposés en quinconces, en allées, pour aboutir à la grande place de réunion sur le plateau du Mont Pincio. Il fut soutenu par Gisors, qui observa que, l'Empereur ayant adopté le nom de Jardins du Grand César, ce ne pouvait pas être un jardin quelconque confondu avec la campagne voisine, vers le parc Borghèse. « Il doit être une promenade grandement disposée, et présenter ces belles lignes horizontales et symétriques que l'eurythmie de l'architecture commande pour la composition d'un jardin qui doit faire partie intégrante d'une production de
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cet art. Ici des plantations et une place publique, ornée de monuments et d'édifices remarquables, doivent concourir à l'embellissement de Rome ; ici donc l'architecture doit se faire remarquer dans les plantations comme dans les édifices et monuments ; autrement on n'obtiendrait qu'un disparate que les Romains et les artistes de tous pays visitant Rome ne manqueraient pas de reprocher aux architectes qui l'auraient produit, et aux magistrats chargés d'ordonner et de faire exécuter ces objets d'embellissement et d'utilité publique. »
Rerthault fit encore remarquer que « le bon goût de même que la décence ne permettent guère d'admettre pour les promenades publiques que des allées, des places de réunion et des quinconces, en rejetant comme inconvenables et nuisibles à la sûreté publique de même qu'aux bonnes mœurs la distribution en bosquets, en allées tortueuses et en petites parties anguleuses » .
Berthault et Gisors l'emportèrent. Dans l'ensemble, les Jardins du Pincio ou du Grand César ont pris la belle ordonnance qu'ils avaient proposée, se sont étages majestueusement au-dessus de la place du Peuple et de la ville ellemême, se sont prolongés au delà du mur d'Aurélien vers les Jardins Borghèse, se sont ouverts sur la Villa Médicis et la place de la Trinilé-des-Monts, ont constitué vraiment un « embellissement » dont Rome et ses visiteurs ont senti tout le prix. Il n'était que juste de leur en garder l'honneur, et à Napoléon.
Il nous faut maintenant nous transporter à l'autre bout de Rome, aux « Jardins du Capitole ». Nous n'y saurions prendre de meilleur guide, avec Berthault, que le préfet Tournon, ne fût-ce que pour préciser, par leur témoignage direct, la part qui revient à l'administration napoléonienne dans la restauration du Forum romain, une expression impor-
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tante de la pensée impériale à la veille du deuxième couronnement.
« On sait, dit Tournon dans ses Études ' , que les monuments antiques de Rome sont, pour ainsi dire, entassés dans la double vallée qui s'étend du Mont Capitolin au Mont Esquilin, c'est-à-dire dans l'étroit espace qui fut le foyer de la puissance romaine, où s'élevèrent le Capitole, le Forum et le palais des Césars, où furent en un mot le noble siège du patriciat, l'arène populaire et le théâtre des fureurs impériales. » La phrase est arrondie.
Sur 700 mètres de longueur, 600 de largeur, après 2.000 ans et 20 « saccagements », étaient debout les restes du Capitole, et ceux des Temples de Jupiter Tonnant, de Jupiter Stator, de la Concorde, d'Antonin et Faustine, de Romulus, de la Paix, de Vénus et Rome, de Vesta, de la Fortune Virile; les arcs de Septime-Sévère, de Titus, de Constantin et de Janus, la colonne Phocas, le palais des Césars, les bains de Titus, le grand Cirque et le prodigieux Colisée ; enfin, vers l'ancien forum des Césars, les colonnes du temple de Mars Vengeur, le forum de Nerva, la Rasilique et la Colonne Trajane.
Cette vallée de ruines avait été exhaussée d'environ 4 mètres par de fréquents incendies et d'autres bouleversements ; on y avait laissé déposer les terres provenant des fouilles faites pour construire la nouvelle ville dans la plaine du Tibre, et le Forum était devenu un vaste « immondezzajo ». Le dédain des choses antiques, s'exclame Tournon, avait été portés! loin, même par ceux qui auraient dû veiller le plus attentivement à leur conservation, qu'on adossa au mur du Capitole un amas de débris qui enveloppa dans sa masse les colonnes du temple de Jupiter Tonnant, et dans cette colline artificielle un sénateur de Rome construisit ses écuries (!). « Ces profanations vandaliques ne sont même pas d'une date bien ancienne,
I. Etudes statistiques, sur Rome, 1840 ; — t. II, p. 261 et s.
car je possède une gravure représentant le Capitole en i55o dans laquelle le dépôt d'immondices n'est pas à beaucoup près aussi élevé qu'il l'était en 1809 ; il paraît donc qu'on l'acheva à dessein, et qu'on l'aplanit pour servir à la construction des écuries du Sénateur, et c'est ainsi que ce successeur d'Agrippa comprenait ses devoirs envers les restes de la grandeur romaine. » Cela assurément était impardonnable.
A l'exemple de ce magistrat inculte, on avait élevé sur ce sol factice des maisons, des greniers, où les colonnes de granit servaient d'appui à d'humbles toitures. Plusieurs fois, en maints endroits, le sol avait été fouillé; puis, la curiosité satisfaite, les terres avaient été rejetées dans l'excavation.
Ainsi, à partir du Capitole, les « immondices » formaient une terrasse qui, touchant presque à l'astragale des colonnes du temple de Jupiter Tonnant, s'élevait à 10 mètres au-dessus du sol antique. Une route raide sur les pentes de ce remblai donnait aux voitures un difficile accès sur la place du Capitole.
Au-dessus de ce monceau de débris, des maisons occupaient l'aire du temple de la Concorde ; et d'autres maisons, des greniers, étaient bâtis entre la colonne dédiée à Phocas et l'arc de Septime-Sévère, qui, par les soins de Pie Vil, avait déjà été excavé de 3", 8 5 jusqu'à la rencontre du sol antique dans un espace elliptique de quelques mètres de rayon.
Le temple d'Antonin et Faustine était enterré jusqu'audessus des bases des colonnes liées entre elles par la lourde grille d'une église dont la façade « du plus mauvais goût » contraste si péniblement avec l'élégance de ce portique.
En face, les colonnes du temple de Jupiter Stator étaient aussi profondément enfouies, et l'immense vasque de granit qui est aujourd'hui au pied de l'obélisque du Monte Cavallo touchait par ses bords au sol et se dégradait sous les roues des charrettes qu'on y introduisait pour les laver.
Plus loin les vastes voûtes du temple de la Paix, fermées par des murailles, servaient d'étables à des bestiaux et de
remises à des charrons, et un amas de débris s'élevait jusqu'à la naissance des arcs.
Au delà de ce temple et au point culminant du vallon du Forum placé à i2™,8o au-dessus du niveau du sol de l'arc de Septime-Sévère, qui marque le point inférieur de ce vallon, une ligne de mauvaises constructions fermait Thorizon en s'étendant de TÉglise et du monastère de Santa Francesca Romana à l'arc de Titus.
La contrepente du coteau vers le Golisée, occupée par une vigne, présentait un relief irrégulier, formé de débris jusqu'au mur extérieur de ce monument, rempli lui-même de dépôts entassés dans toute son aire sur 3 ou 4 mètres de hauteur ; ses voûtes entr'ouvertes, ses murs lézardés annonçaient une ruine prochaine accélérée encore par une active végétation, et que le contrefort hardi élevé par Pie VII ne retardait que sur un seul point. Enfin, sur les bases du Yiminal, les salles du palais de Titus explorées à plusieurs reprises avaient été aussitôt après remplies de terre et étaient presque ignorées.
Le plan français de restauration, non d' « embellissement », fut vaste et rationnel, dit Tournon ; il consistait à rechercher le niveau antique, à mettre au jour les bases des monuments, selon les termes mêmes d'une lettre de Raphaël à Léon X, à qui il proposait déjà ce déblaiement général et permanent. Il s'y rencontrait de grosses difficultés : — acheter et détruire un grand nombre de maisons, enlever les terres, les porter en des lieux où elles ne pussent nuire à d'autres recherches, réparer les monuments en péril de chute, et procurer l'écoulement des eaux pluviales tombant sur ce sol déprimé.
L'administration du préfet Tournon indiqua d'abord un choix : — la restauration des temples de Vesta et de la Fortune Virile masqués par des constructions et enfouis sous des décombres ; — le déblaiement de l'arc de Janus, qui perdait pour les mêmes causes ses belles proportions ; — le
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dégagement de la Colonne Trajane qui, pressée et presque dérobée à la vue par des masses de bâtiments modernes sans intérêt, s'élevait du 4bnd d'une espèce de puits au milieu d'une place si étroite qu'on pouvait à peine la voir ; — même travail au portique d'Octavie, « indignement employé à abriter des marchandes de poisson », au forum de Nerva, au théâtre de Marcellus, à la basilique Antonine, à tous les monuments de l'antiquité susceptibles d'être isolés des constructions modernes et dégagés des amoncellements de terre dans lesquels leur base avait disparu.
Tel était l'emploi du million que le décret du 217 juillet 1 8 1 1 y consacrait chaque année.
En fait, les fouilles avaient commencé tout de suite, dès 18 10; elles furent régulièrement et activement poursuivies jusqu'à la fin de 1 Empire et au retour du pape.
Tournon et Berthault en ont dressé un inventaire précis, qui permet de mesurer leur mérite, qui fut grand, et de leur rendre la justice qui leur est due.
Les trois colonnes angulaires du temple de Jupiter Tonnant \ couronnées d'un admirable fragment d'entablement, chef-d'œuvre de la sculpture d'ornement du siècle d'Auguste, étaient enterrées jusqu'aux chapiteaux, et, en surplomb de près d'un demi-diamètre, ne paraissaient retenues que par la pression des terres qui les ensevelissaient. Pour les remettre d'aplomb, il fallut enlever les énormes blocs de marbre de l'entablement, et les déposer sur un échafaudage qu'on construisit sur la plate-forme ; puis on pratiqua une excavation circulaire autour des colonnes jusqu'au sol antique, c'est-àdire à i5 mètres de profondeur. Alors on s'aperçut avec effroi qu'elles reposaient sur les restes d'un stylobate tellement rongés par le temps qu'elles n'avaient pour appui que quelques pierres conservées dans le centre du noyau. « Force