I. Arch. Nat. O'^ io
rhorizon de Rome, contemplé le Capitole et le Colisée, comme le Vatican et Saint-Pierre, embrassé toute sa glorieuse histoire, lui auraient donné tout aussitôt un nouveau caractère impérial. Palais, en somme, faits de pièces et de morceaux, mais bien placés, dans un cadre unique, où de plus magnifiques monuments auraient ensuite grandi à mesure que l'autorité impériale se fût affirmée plus solide et durable. Au premier coup d'oeil. Napoléon, conquis par ce spectacle et par le prestige d'un incomparable passé, eût trouvé les colonnes, les arcs et les palais qui auraient continué par lui les splendeurs de la première Rome impériale.
Mais d'abord, il fallait qu'il vînt. Il allait venir.
(( Napoléon devait venir à Rome, écrit M. Madelin^; le système impérial avait, nous l'avons vu, comme conséquence fatale, comme couronnement nécessaire, la main-mise sur Rome, capitale mystique, en quelque sorte, et idéal de l'impérialisme occidental. » Disons tout simplement : capitale mystique, historique et nécessaire de l'impérialisme tout court, ou mieux de l'Empire.
C'est pourquoi, maintes fois invité par Pie VII, au lendemain du Sacre, après Austerlitz, Napoléon s'y était toujours refusé : il n'y voulait pas être un étranger, l'hôte du pape ; « il n'y veut aller qu'en maître » . Le moment en est venu puisque le pape a dû quitter la place. « Dans quelques années, dit encore M. Madelin, Pie VII aura cédé, consenti à revenir à Rome en grand aumônier de 1 Empereur ; sous les voûtes de Saint-Pierre, il posera, non sur le front d'un allié, mais sur celui du maître absolu de Rome, la couronne des Césars. C'est en triomphe que de Saint-Pierre il veut
monter au Capitole pour y contempler à ses pieds le Forum restauré * . »
Assurément, sauf qu'il n'est pas probable que le pape, du moins Pie VII, fût jamais revenu à Rome pour y consacrer la déchéance de la papauté devant les prétentions impériales. L'Eglise ne peut pas être réduite à la tutelle de FEmpire : trop de siècles ont passé depuis Constantin, et Saint-Pierre ne peut plus être la chapelle d'un grand aumônier de l'Empereur.
Le malentendu était irréparable entre TEmpereur et le pape. Il n'y a pas de conciliation possible entre deux souverains d'autorité également universelle. L'Empire ne se partage pas. Cela, d ailleurs, n était pas pour arrêter Napoléon dans la carrière si puissamment logique de ses ambitions. Il avait déjà franchi l'obstacle puisque le pape était son prisonnier. Rome et son peuple demeuraient réfractaires " : pouvaient-ils en quelques mois oublier les siècles du gouvernement pontifical ? Comment se seraient-ils souvenus des empereurs d'autrefois, dont les palais étaient engloutis dans la poussière et sous les folles végétations ?
Mais quels auraient été leurs sentiments, si Napoléon y était allé, s'ils avaient assisté aux fêtes grandioses d'un triomphe inouï depuis les Augustes, s'ils avaient vu la résurrection des magnificences d'autrefois, si Rome était devenue la ville du couronnement des Empereurs, comme Reims du sacre de nos Rois ? Auraient-ils encore boudé devant une telle gloire ? N'auraient-ils pas pardonné, oublié, même l'enlèvement du Saint-Père? N'auraient-ils pas admiré, et ensuite aimé Napoléon, le nouveau César ? Qui fût resté insensible au relèvement du Capitole, de nouveau Tête du Monde ?
Napoléon pouvait venir à Rome ; il y entrerait parmi les