‹ Napoléon et l'Europe (volume 2)Chapitre 180 sur 225 · I. ACF. Etr., Corr. d'Autriche, vol. 3 89, fo · texte numérisé non relu

I. ACF. Etr., Corr. d'Autriche, vol. 3 89, fo

DniALLT. — Grand Empire. ai

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d'où, faute de combattants, les femmes et les enfants lancent leurs traits impuissants contre le géant français^ ».

C'est dans ces salons qu'on rapporte ou qu'on invente les méchants bruits, la maladie ou la mort de Napoléon, l'assassinat de Bernadotte à Stockholm, l'avènement de Joseph au trône de Pologne, de Murât à celui de Danemark.

On y commenta abondamment, passionnément, le départ soudain, comme une fuite, de Tarchiduc François. C'était le frère de l'Impératrice, fils de l'archiduc Maximilien, l'ancien gouverneur de Milan, un assidu du salon des Razoumowsky ; on le disait amoureux de la princesse de Sardaigne, à moins que ce ne fût de sa cousine Marie-Louise, On annonçait, quelque temps après sa disparition, son passage à Salonique, en route pour Cagliari, On le félicitait de cette manifestation excessivement courageuse ; on rappelait que lors de Wagram il blâmait vivement l'archiduc Jean d'être arrivé trop tard, étant resté à Presbourg. « Les femmes le louent, dit Otto, et ce sont elles qui font tout^, »

Il faut avouer que la politique et le personnage de Napoléon n'avaient pas à Vienne, ni à Berlin, ni à Saint-Pétersbourg le suffrage des femmes. Il y avait contre lui une coalition de jupons, ou de cotillons. Mais elles avaient moins d'influence qu'au temps de Frédéric II.

Pourtant encore elles se mêlèrent de marier l'archiduc Charles, alors âgé de quarante ans, avec Amélie de Bade, très intrigante, et naturellement soutenue par le parti russe, d'autant plus qu'elle avait fait de fréquents et longs séjours à Saint-Pétersbourg, auprès de l'Impératrice, née Elisabeth de Bade. Il fallut toute l'influence française pour rompre ce projet malintentionné.

Et d'ailleurs il y avait aussi ce qu'on peut appeler un

I. Aff. Etr., Corr. d'Autriche, vol. 889, f"* 5i, 55. a. Ibid., vol. 389, f°^ 84, 79, 109.

LA POLITIQUE AUTRICHIENNE APUÈS WAGRAM 3î3

parti français. Le mariage de Marie-Louise était en somme lionorable et ne fut pas donné partout pour une mésalliance. Des gens à Vienne en furent contents, fiers, et non pas seulement ceux qui le proclamèrent. Le prestige de Napoléon et de ses victoires en rejaillissait en quelque manière sur l'Autriche. Et puis il est rare qu'on n'ait pas des amis quand on a de la gloire. La lumière attire les papillons.

La naissance du roi de Rome parut une preuve de la fidélité de la fortune, de la Providence peut-être, à la cause du Grand Empereur. On observait que toute princesse de la maison d'Autriche, et dernièrement Marie-Antoinette, paraissait condamnée à n'avoir qu'une fille pour son premier enfant. Le charme dès lors était rompu, et ce n'était pas sans émouvoir le populaire.

On répandit alors à Vienne une gravure représentant la naissance de Jésus-Christ : la Vierge y était sous les traits de Marie-Louise, l'enfant Jésus sous ceux du roi de Rome ; les trois Rois avec des présents étaient ceux de Saxe, de Bavière et de Wurtemberg, et les bergers étaient les princes de la Confédération. On s'amusait à deviner d'autres physionomies illustres parmi les bœufs et les ânes de l'étable. Audessus, dans un nuage. Dieu le Père, sous les apparences de Napoléon, laissait tomber ces mots : « Voici mon Fils, en qui je me suis complu ' ! »

Des hommes très éclairés, très considérés, voyaient dans une alliance austro-française une garantie de paix honorable, rappelaient le souvenir de Choiseul et de Kaunitz. L'Empereur François disait : « Désormais, nous n'avons plus qu'un même intérêt, c'est de travailler de concert au repos de l'Europe et au perfectionnement des arts utiles à la société. » L'archiduc Jean parlait de même sorte ; on s'occupait de

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