I. Grand-Duc Nicolas. L'Empereur Alexandre, I. 5o
et notamment sur les subsides ; — avec l'Espagne : on parle d'une convention d'aUiance entre la Russie et le gouvernement de Cadix.
Mais arrivons au fait, c'est-à-dire aux relations austrorusses, telles qu'elles résultent des autres dépêches de Lebzeltern.
Reçu d'abord par le chancelier Roumiantzoff, il le trouva très irrité contre l'Autriche, surtout du fait de certaines clauses du traité du i4 mars, celle qui garantissait l'intégrité de la Turquie, et celle qui comportait une démarche pour amener la Turquie à l'alliance austro-française : « Traité donc explicitement offensif contre la Russie, dit Roumiantzoff ; ces procédés placent des Pyrénées à jamais entre les deux Empires » .
Et il menaça de s'arranger avec l'Empereur Napoléon. — « Nous ne demandons que cela, répliqua Lebzeltern ; nous n'avons jamais demandé que cela ; c'est le plus cher de nos vœux. »
Le Chancelier, interloqué de cette riposte, laissa entendre que l'armée russe du Danube pourrait créer des ennuis à l'Autriche sur sa frontière méridionale. — « Donc, répondit Lebzeltern, au lieu de 3o.ooo hommes, c'est iSo.ooo que nous ferons entrer en Russie. »
Ces premiers propos ne manifestaient pas une particulière cordialité. Mais dans les jours suivants, le Chancelier se radoucit, et surtout, le i^'juin, l'envoyé autrichien eut avec l'Empereur Alexandre un long entretien qui se prolongea de huit heures et demie jusqu'après minuit.
C'est le vif de notre sujet.
Lebzeltern put s'expliquer sur le traité :
— En garantissant l'intégrité de la Turquie, la cour de Vienne n'a pas cru désobliger la Russie, puisque celle-ci s'est déclarée prête à faire avec la Porte une paix même « déshonorante », donc respectueuse de l'intégrité de l'Empire
Ottoman. — Le tsar maintint là-dessus quelques récriminations.
Puis Lebzeltern présenta le traité comme ayant un caractère défensif. Le tsar se récria. Le débat s'anima, et Lebzeltern, répondant enfin à Tappel que l'Empereur Alexandre avait fait à la loyauté de l'Autriche, déclara donc au nom de sa cour qu'elle ne fournirait pas à la France d'autre contingent que ses 3o.ooo hommes, que la Russie n'aurait affaire qu'à cela, et non à la nation autrichienne : « Nous serons seulement des auxiliaires, affirma-t-il, et, dans une vue aussi conservatrice pour Votre Majesté que pour nousmêmes.
— « Et qui me répond, dit Alexandre, que vous ne vous laisserez pas entraîner... »
Lebzeltern lui demanda la permission d'une confidence personnelle et lui montra sa « dépêche réservée ». L'Empereur y vit que le traité austro-français était « un garant de sécurité important pour la Russie » — il n'en convint pas absolument ; — qu'en s'alliant à la Russie, l'Autriche n'aurait pas été soutenue militairement, pas plus que la Prusse : — le tsar dut le reconnaître. — Donc l'Autriche ne pouvait faire autrement qu'elle n'avait fait, et la Russie n'aurait pas à s'en plaindre.
Le tsar observa qu'il n'avait en tout cas, sur les intentions de l'Autriche, que des assurances verbales et vagues, et il se sépara de l'envoyé autrichien en disant : « Assurez l'Empereur d'Autriche que mes sentiments d'amitié sont invariables, mais que je le prie encore d'éclairer mes doutes et de me donner des assurances formelles et détaillées sur les cas à venir. Je promets en tout cas de ne pas lui faire la moindre égratignure. »
Quant à Lebzeltern, voici sa propre conclusion ; « Quels que soient les événements, il est indispensable à l'Autriche d'avoir un corps d armée respectable et de première qualité ; il faut ces précautions pour que les chances favorables à
l'Autriche ne soient pas perdues, et qu'elle recueille le fruit de sa politique habile des deux dernières années. »
Ces précautions militaires respectables se doivent entendre aussi bien contre la Russie que contre la France.
Il n'est certes pas ici question de célébrer la loyauté de Metternich ; nous avons relevé dans toutes ces pages la duplicité de sa politique. Notons pourtant qu'il ne prit aucun engagement contre la France, qu'il ne signa rien avec les ennemis de son allié l'Empereur Napoléon, que d ailleurs il avait pour cela beaucoup trop la certitude de la victoire française, et qu'il y avait donc toujours, entre les grandes puissances opposées à la France, des divergences d'intérêts, des contradictions d'ambitions que nous retrouverons même dans leur victoire sur Napoléon.