I. Cf. Albert Schuermans, Itinéraire de Napoléon P
Il resta à Dresde une quinzaine de jours, jusqu'au 29. Albert Vandal a raconté ce séjour en termes définitifs, d'après le journal du grand maître de la cour de Saxe.
Parmi les grands spectacles de l'histoire impériale, les fêtes de Dresde n'ont pas l'importance politique de celles de Tilsit ou d'Erfurt. A la veille de la grande guerre, de la « guerre suprême », elles ne furent qu'un hommage rendu par les princes allemands, par le dernier empereur d'Allemagne, à la puissance de Napoléon. Avant de prendre le harnais de guerre, il se plut à jouir un moment de sa grandeur. Pour nous, qui savons la suite, l'heure est mélancolique. Ce fut son dernier triomphe, et il ne fut que de parades : jamais plus il ne devait revoir les rois à ses pieds.
Il avait naturellement choisi Dresde pour le lieu de cette contemplation de sa gloire, au centre de l'Europe, entre Berlin et Vienne, entre Stockholm et Gonstantinople : la grande étape en allant sur Varsovie, comme Varsovie en allant sur Moscou, la route de l'Orient russe.
Plus que nulle part ailleurs, il dépasse ici étonnamment les personnages qui l'entourent et qui ne sont que compars-es, figurants, y compris l'Empereur d'Autriche.
Le roi de Saxe est un brave homme, un bon roi, encore ébloui et gêné de l'éclat de sa neuve couronne royale, dérangé par les devoirs de l'hospitalité dans ses dévotions et ses distractions champêtres : car il était grand amateur du chant des rossignols.
Sur Tescalier d'honneur conduisant aux appartements de Napoléon, la haie était faite par des gardes suisses, avec hallebarde, tricorne à plumes blanches, perruque à trois marteaux, habit et culotte de taffetas jaune et violet, un air de « scaramouches ». Jeunes officiers et grognards moustachus de l'escorte française riaient de ces fadeurs vieillottes, dans l'appareil guerrier de leurs buffleteries et de leurs lourds sabres, sous leurs uniformes aux glorieuses rutilances. « Dans ce
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monde d'un autre âge, aux tons effacés, aux nuances discrètes et fanées, Napoléon allait trancher plus que partout ailleurs par Texubérance de son génie, Téclat cru de son esprit et de son langage, son luxe flambant et neuf \ »
De même, en toute sa carrière conquérante, il tranchait avec les allures distinguées et prudentes de la politique traditionnelle par l'énergie révolutionnaire de son geste, où furent bouleversés les trônes et les conditions sociales de l'ancien régime.
Empereur de la Révolution il passait comme un géant parmi les rois de la Vieille Europe.
Ils lui firent à Dresde un brillant et respectueux cortège. Les princes de la famille n'y étaient pas : non pas qu'ils y eussent été empruntés ; comme lui-même ils s'étaient mis de bonne heure à Taise sur les trônes qu'il leur avait donnés, et ils avaient appris très vite l'art de la représentation.
Mais alors ils avaient d'autres soucis. Eugène était passé quelques jours auparavant ; à la tête de l'armée italienne, il était allé prendre son rang dans la ligne de bataille.
Murât avait été écarté. Napoléon craignait que la tête ne lui tournât tout à fait par la fréquentation des rois et des empereurs d'autrefois. Il se perdait depuis quelques années en rêveries inquiètes et suspectes ; il cherchait à avoir des rapports indépendants avec les cours des grandes puissances, avec la Russie, avec l'Autriche : qui sait les ravages, qu'un seul moment d'entretien avec l'Empereur François eût pu causer dans cette cervelle turbulente et vaniteuse? Napoléon l'expédia aussitôt au commandement de la cavalerie, la seule distraction capable d'arracher le roi de Naples aux malsaines tentations.
Jérôme lui-même était retenu à son important commandement de Varsovie. Napoléon entreprenait de lui faire faire