LA NAISSANCE DU ROI DE ROME
A Joseph, Napoléon écrit le 22 mars : « Mon fils est gros et bien portant. J'espère qu'il viendra à bien. 11 a ma poitrine, ma bouche et mes yeux. J'espère qu'il remplira sa destinée*. »
Le baptême eut lieu le 9 juin. Le Concile, qui avait été convoqué en avril, se réunit le 16 juin. Le même jour, le Corps Législatif ouvrit sa session ; l'Empereur y fit surtout allusion à la politique de la papauté : « La naissance du roi de Rome a rempli mes vœux et satisfait à l'avenir de mes peuples... J'ai réuni Rome à l'Empire. J'ai accordé des palais aux papes à Rome et à Paris. S'ils ont à cœur les intérêts de la religion, ils voudront séjourner souvent au centre des affaires de la chrétienté ; c'est ainsi que saint Pierre préféra Rome au séjour même de la Terre Sainte". » Il faut réfléchir au grand sens de cette dernière phrase. A l'unité de l'Empire il importait aussi que le Sacerdoce se soumît à l'Empire ou du moins se tînt en harmonie avec lui.
D'ailleurs, l'Empereur fit peu de communications sur ses desseins. Il était « isolé » dans sa grandeur, dit fort justement M. Frédéric Masson. Le Seigneur l'avait fait puissant et solitaire. Il lui fallait renfermer ses ambitions en luimême : comment les eût-il avouées ? Il gardait son secret au fond de son génie : comment y atteindre ? Nous ne connaissons pas ses ordres oraux, très peu ou très mal ses entretiens : comment toucher ses pensées ? Comment définir et découvrir une imagination de cette sorte ? C'est surtout en présence de tels personnages que l'histoire est infirme.
Mais quelle jouissance que de pénétrer ce mystère, ou seulement d'y tenter !
En tout cas, la Correspondance de l'Empereur à cette date est toute pleine de bruits d'armes, de roulements de canons, qui ne sont pas les salves des Invalides. Des troupes