I . Correspondance de Napoléon, XIV
l'Egypte, de la route de l'Inde, par la réalisation du rêve qui « depuis les Croisades hante les imaginations françaises ^ » . — (f C'est en vain, écrivait-il alors au Directoire, que nous voudrions soutenir l'empire de la Turquie; nous verrons sa chute de nos jours. » H attribuait donc une importance particulière à la possession d'Ancône et des îles Ioniennes, « stations naturelles sur la route du Levant ». Il allait jusqu'à dire, dépassant peut-être sa pensée : « Les îles de Corfou, de Zante et de Céphalonie, sont plus intéressantes pour nous que toute l'Italie ensemble. Je crois, écrivait-il à Talleyrand, que si nous étions obligés d'opter, il vaudrait mieux rendre l'Italie à l'Empereur et garder ces îles. » — « Rien n'est plus important, répondait Talleyrand, que de nous mettre sur un bon pied en Albanie, en Grèce, en Macédoine, etc. ». C'est pourquoi le traité de Campo-Formio donna à la France les îles Ioniennes et les établissements vénitiens d'Albanie, Butrinto, Parga, Arta, Prevesa : la France devenait déjà, au flanc de l'empire ottoman, l'héritière de Venise.
Et Bonaparte éveillait aussitôt sur ces pays les souvenirs de l'antiquité classique. Il entrait en correspondance avec le chef des Maïnotes, « ces dignes descendants de Sparte, le seul peuple de l'ancienne Grèce qui ait su conserver sa liberté ». Il écrivait à Ali Tébéléni, pacha de Janina, en l'appelant son « très respectable ami », et lui envoyait un de ses aides de camp pour lui faire « certaines ouvertures ». Il chargeait le général Gentili d'occuper les îles Ioniennes au nom de la France et de « faire l'impossible pour en captiver les peuples ». Ce fut facile : Gentili fut accueilli avec enthousiasme à Corfou ; l'un des principaux du pays se présenta à lui, un livre à la main : « Français, dit-il, vous allez trouver ici un peuple ignorant dans les sciences et dans les arts,