‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 111 sur 235 · X. Aff. Etc., Corr. de Danemark, vol. 180, f'^ 3i · texte numérisé non relu

X. Aff. Etc., Corr. de Danemark, vol. 180, f'^ 3i

l'Europe entière et surtout de celle de Tempereur Napoléon, »

Il se refusa en effet à toute négociation avec l'Angleterre; Jackson, qui demanda à se présenter de nouveau à Kiel pensant trouver le prince plus traitable, ne fut pas reçu. Le ministre danois à Londres, M. Rist, fut rappelé; il est vrai que sa lettre de rappel fut interceptée, et Canning lui fit des ouvertures; la flotte danoise étant prise et ne pouvant plus nuire à l'Angleterre, il se fût contenté d une déclaration de neutralité : Rist répondit qu'il n'avait pas d'instructions.

Cependant le ministre de Danemark à Paris, M. Dreyer, avait été appelé à Fontainebleau, où était alors la cour, et avait été mis en rapport avec Champagny. Il avait des instructions très nettes pour un accord avec la France, et la négociation aboutit sans difficultés au traité de Fontainebleau, du 3o octobre 1807.

C'était un traité d'alliance formelle : — Les deuv puissances faisaient cause commune dans la présente guerre et y consacraient la totalité de leurs forces de terre et de mer; elles devaient concerter leurs opérations et ne pas faire de paix séparée. — Le Danemark était fermé aux Anglais, à leurs vaisseaux et à leurs marchandises. — La France assurait son aide au Danemark pour le succès des opérations militaires en général et pour la défense des possessions danoises en particulier; elle garantissait lintégrité du territoire et des colonies danoises.

Les Anglais s'étaient éloignés en emmenant les vaisseaux danois; ils n'osèrent garder Copenhague, car ils étaient quelque peu effrayés de l'effet moral produit par leur attentat, qui en somme fit le jeu de Napoléon.

Sans doute, la Suède refusa d'adhérer au blocus continental et se lia de nouveau avec l'Angleterre par un traité qui fut signé le 28 janvier 1808. Mais îa Russie s'émut très vivement de la violence faite au Danemark; pendant quel-

LES TRAITES DE FONTAINEBLEAU ^il

ques semaines, on redouta à Saint-Pétersbourg l'apparition des vaisseaux anglais devant Cronstadt; et, comme les événements de Copenhague étaient, plus encore que la note de M. Ganning, un refus d'accepter la médiation russe entre la France et l'Angleterre, le 26 octobre, le gouvernement de Saint-Pétersbourg rompit avec celui de Londres, rappela M. d Alopéus, remit ses passeports à l'ambassadeur anglais, Lord Gower.

La Prusse se déclara de même manière le i*"" décembre, ferma ses ports et son territoire aux marchandises et aux vaisseaux anglais : pure formalité, les gouverneurs français de ses places fortes s'en étaient chargés depuis un an.

L'entrevue de Tilsit avait donné beaucoup d'inquiétude au gouvernement autrichien. « Alexandre et Napoléon, disait l'empereur François, veulent fonder la dictature de l'Europe; nous verrons s'ils y réussiront ». Le comte de CoUoredo disait encore : « Nous voyons bien que tout ce qui s'est passé à Tilsit a été fait en haine de l'Angleterre et de l'Autriche, et que notre perte est décidée; mais, si nous devons périr, nous tomberons du moins avec honneur et les armes à la main . »

L Autriche continua donc de se tenir en armes. Mais aussi le grand-duc de Wurzbourg, frère de l'empereur, se rendit à Paris pour les fêtes du i5 août; il avait été déjà maintes fois le trait d'union entre Vienne et Paris. D'ailleurs Napoléon ménagea l'Autriche; il lui restitua Braunau, puisque dès lors il avait Cattaro. Il lui demanda la fermeture de Trieste et de Fiume au commerce anglais. Il s'entendit avec elle pour rectifier la frontière orientale du royaume d'Italie qui suivit exactement la vallée de l'Tsonzo, sauf l'établissement d'une route militaire pour permettre aux troupes françaises de gagner la Dalmatie. Ce furent les termes du traité signé à Fontainebleau le 10 octobre 1807.

C'était une rupture avec l'Angleterre : l'Autriche en prit

pour prétexte les affaires de Copenhague, et, quoique les relations se soient maintenues indirectement entre Londres et Vienne, en apparence du moins « l'Autriche avait embrassé la cause commune du continent, comme disait Champagny, et pouvait donc être considérée désormais comme une puissance amie ^ » .

L'Angleterre d'ailleurs n'en fut pas effrayée. Les i8 et 26 novembre, le conseil britannique déclara bloqués tous les ports du continent fermés à ses vaisseaux; elle s'attribua le droit de visite sur tous les vaisseaux neutres, qui furent obligés de relâcher dans ses ports avant d'entrer dans les ports étrangers et de lui payer des droits.

Napoléon y répondit par le décret de Milan du l 'j décembre : Serait « dénationalisé », c'est-à-dire considéré comme vaisseau anglais et traité comme tel, tout bâtiment, de quelque nation que ce fût, qui se serait laissé visiter par un vaisseau anglais, qui aurait passé dans un port anglais, qui aurait payé des droits quelconques aux douanes anglaises.

Plus de neutres. Guerre formidable, désormais mondiale. Jadis la guerre entre Rome et Carthage n'avait embrassé que le monde méditerranéen. Mais Rome avait attaqué Carthage sur son élément ; Napoléon ne se détacha point du continent.

Il trouva du moins dans la guerre anglaise l'occasion d'autres conquêtes. Ce fut le principe de ses entreprises sur le Portugal, « dans l'intérêt commun ». Il est vrai que le Portugal était comme une colonie anglaise depuis le traité de sir Methuen de 1703 ; les intérêts anglais s'y étaient considérablement développés depuis le commencement de la grande guerre, et Lisbonne était devenue un grand entrepôt de marchandises anglaises.

Puisque Napoléon ne disposait pas de la mer, il lui fallait

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