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I. Aff. Étr., Corr. de Vienne, vol. 38o, f

LES TIL\ITÉS DE FONTAOEBLEAU 32 3

passer par l'Espagne; il n'était d'ailleurs pas disposé à se plaindre de cette nécessité. L'Espagne raisonnait d'autre manière. L'alliance française lui était lourde; elle avait subi d'importantes pertes à Trafalgar; les Anglais menaçaient son empire de l'Amérique du Sud, étaient à Buenos-Ayres. La chute des Bourbons de Naples était un redoutable avertissement ; celle des Bourbons d'Étrurie était dans l'air ; les Bourbons d'Espagne échapperaient-ils au sort de leurs parents? Ils ne se sentaient pas bien garantis.

Ils n'étaient pas sérieusement garantis par leur puissance militaire, qui était médiocre. Pour toutes ces raisons, il n'est pas étonnant que la cour de Madrid ait souhaité quelque afifaiblissement de la grandeur française, qu'elle ait fait des vœux, lors de la formation de la quatrième coalition, pour la victoire de la Prusse.

Elle l'avait même fait un peu trop voir, et un peu trop tôt. Dans l'automne de 1806, sous prétexte de garnir la frontière du côté du Portugal, et de masquer Gibraltar, elle avait fait tout d'un coup de grands préparatifs militaires, qui avaient excité dans tout le pays un enthousiasme universel, une sorte de résurrection nationale, prélude de grands événements qui devaient en effet bouleverser l'Espagne deux ans plus tard. On avait remarqué que le prince de la Paix avait de nombreuses et mystérieuses conférences avec M. de Strogonof, ambassadeur de Russie, et M. Henry, ministre de Prusse. Les hostilités engagées en Allemagne, le i4 octobre, le gouvernement de Madrid lança dans tout le royaume une proclamation appelant aux armes la nation tout entière, comme une levée en masse, dont on n'avait pas besoin de dire la destination.

Mais, ce même jour, la Prusse était écrasée à léna, la nouvelle n'avait pas tardé à en arriver en Espagne. Le prince de la Paix se précipita chez l'ambassadeur de France pour lui porter ses plus chaleureuses et sincères félicitations.

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Napoléon ne fut pas dupe un seul instant : quelques dépêches du ministre prussien Henry, interceptées avant Berlin, l'avaient éclairé sur les dispositions de l Espagne. II n'est pas certain pourtant qu'il ait résolu dès lors de renverser le roi Charles IV ; 1 analogie avec Naples ne suffît pas à le démontrer. Il ne songea d'abord qu'aux avantages à tirer de la situation délicate où s'était mise l'Espagne.

Il envoya Alexandre de Beauharnais comme ambassadeur à Madrid avec mission de se renseigner le mieux possible sur les intentions du gouvernement espagnol, mais d'entretenir les meilleures relations avec le prince de la Paix : « Montrez-lui beaucoup de confiance, il est le personnage le plus influent de la monarchie; l'Empereur fait cas de sa personne et croit à la sincérité de ses dispositions. »* On ne dit pas quelles dispositions.

Pour plus de sûreté, Napoléon fit \enir à Toulon les meilleurs vaisseaux de la flotte espagnole; il demanda 14.000 Espagnols pour la garnison de Hambourg; pour aller plus vite, il se fit envoyer aussitôt les 5. 000 Espagnols de la garnison de Livourne et les y remplaça par une garnison française ; ainsi l'Espagne commençait à être dépouillée de l'Étrurie. Par compensation pour tout cela, il expédia au delà des Pyrénées 2 5. 000 prisonniers prussiens pour y être gardés et entretenus aux frais du trésor espagnol. Le prince de la Paix eut le bon goût d'en témoigner de la reconnaissance : « C'est un bienfait de plus, dit-il, une véritable armée étrangère dont nous serons redevables à la générosité de l'Empereur. » Est-il utile d ajouter que le gouvernement de Madrid dut adhérer, et adhéra avec empressement au système continental : « Ce décret, dit encore Godoy, était indispensable contre un ennemi aussi peu scrupuleux que le

I. Aff. Étr., Corr. d'Espagne, vol. 670, f^ 41^ itépèclie de Tallcyrand k Beauharnais, datée de Berlin, 9 novenobre.

gouvernement anglais... L'Espagne garantit à la France son loyal et énergique concours : elle est liée désormais sans retour à la cause de son puissant allié, car c'est de lui seul qu'elle attend son salut '. »

Il y eut bien encore quelque frémissement dans l'opinion espagnole à la nouvelle d'Eylau, mais il ne dura pas. Le prince de la Paix n'eut plus d'autre velléité de résistance à la domination française, et il se prêta docilement à toutes les démarches que l'Empereur jugea nécessaires pour soumettre ou prendre le Portugal.

Le 12 août i8o^, l'ambassadeur d'Espagne à Lisbonne, comte de Gampo-Alange, et le chargé d'affaires de France, M. de Rayneval, invitèrent, dans les termes les plus catégoriques, le gouvernement portugais à déclarer la guerre à l'Angleterre avant le i*"' septembre suivant, à rompre toutes relations diplomatiques avec elle, à arrêter comme otages tous les Anglais résidant dans le royaume, à confisquer toutes les marchandises anglaises, à joindre ses vaisseaux aux flottes du continent; sinon la France et l'Espagne lui déclareraient la guerre.

Le régent don Juan, qui gouvernait le Portugal au nom de sa mère, la reine Marie, malade, songea d'abord à fuir, et à se retirer au Brésil. Son ministre, M. d'Araujo, l'annonça même à M. de Rayneval : « Là du moins, ajoutait-il, nous échapperons à la dépendance de la France et de l'Angleterre, et les chaînes de l'une et de l'autre, de quelque nom qu'on les honore, ne sont pourtant que des chaînes. «

Cependant, quelques jours plus tard, sans doute après entente avec le gouvernement britannique, le régent faisait des concessions; il consentait à rompre ses relations avec Londres, à fermer ses ports aux navires anglais ; mais il refusait d'arrêter les Anglais qui se trouvaient dans son

I. A. Lefebvre, Histoire des cabinets de l'Europe, III, 3o4-3o5. Driauli. — Tilait. i5

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royaume et de confisquer les marchandises anglaises ; d'ailleurs un grand nombre de familles anglaises quittèrent aussitôt le Portugal pour rentrer dans leur pays .

Napoléon ne fut pas satisfait. Il insista lui-même par une lettre au régent de Portugal pour le faire céder à toutes ses exigences; il n'obtint rien de plus. M. de Rayneval quitta donc Lisbonne le i*"' octobre, et aussitôt des ordres furent envoyés à Junot pour qu'il ouvrît les hostilités. Le i5 octobre, il y avait réception du corps diplomatique à Fontainebleau ; le ministre portugais, M de Lima, s'y rendit et fut vigoureusement apostrophé, selon la coutume en pareil cas : « Je ne souffrirai pas, s'écria l'Empereur, qu'il y ait un envoyé anglais en Europe... Je déclarerai la guerre à telle puissance que ce soit qui dans deux mois d'ici en aura encore un chez elle. J'ai 3oo.ooo Russes à ma disposition, et, avec ce puissant allié, je puis tout... Si le Portugal ne fait pas ce que je veux, la maison de Bragance ne régnera plus en Europe dans deux mois ^ »

Dans de telles circonstances, le prince de la Paix estima que décidément il valait mieux se tenir d'accord avec le terrible empereur ; il avait peut-être en somme à y gagner, et il s'entendait à ménager ses intérêts. Il se mit à faire du zèle dans le sens de la politique française, car il avait des torts à se faire pardonner, \oici comment un jour il traitait les malintentionnés : « Vous vous plaignez, leur disait-il, de ce que l'Empereur des Français a un trop grand pouvoir ; mais quel usage en fait-il ? — Il gouverne l'Europe. — Eh bien ! Messieurs, par qui voudriez-vous qu'elle le fût .^ Y a-t-il un souverain aussi vraiment grand que lui? — Non. — Connaissez-vous un politique plus libéral? — Non. — A-t-il jamais existé un plus grand capitaine! — Non, vraiment. — Eh bien ! donc, vous êtes des méchants dominés par

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