LA PREMIÈRE ÉPREUAE DE L ALLIANCE FRANCO-RUSSE
24 septembre, elle y rappela les traités de 1780 el de 1801 qui avaient constitué deux fois la ligue des neutres; mais elle ne fit point de sommations ; elle invita seulement le gouvernement de Stockholm à s'entendre avec elle pour les mesures à prendre ^ Elle n'avait pas le désir de s'engager à fond; ce n'était pas le sens de ses ambitions et de ses intérêts.
En effet le chancelier Budberg venait d'être remplacé par le comte de Roumiantzoff. Celui-ci, fils d'un général qui s'était distingué sous Catherine II dans les guerres contre les Turcs, allait être au ministère un « Oriental », c'est-à-dire consacrer tous ses efforts à la réalisation du « projet grec ». Il s'en expliqua très cordialement et franchement avec Savary ; il lui déclara que c était la condition et que ce serait la base inébranlable de l'alliance qui en deviendrait « une alliance de siècle ».
Rien de plus exact sans doute ; mais était-ce possible ? Et, un siècle plus tard, de nos jours, le gouvernement français, qui n'a pas la puissance ni les ambitions de Napoléon, donnerait-il une telle base à lalliance franco-russe ?
Le gouvernement russe avait désigné pour l'ambassade de Paris le lieutenant-général comte Tolstoï ; c'était un ennemi de la France, et il ne le cachait guère; il<Kiccepta cette mission sans joie, « comme un service commandé ». Il n'y avait pourtant pas lieu de s étonner de ce choix ; il n y avait pas mieux à la cour de Saint-Pétersbourg -.
Tolstoï passa par Memel où était la cour de Prusse ; il manifestait la plus profonde sympathie pour les épreuves qu'elle venait de subir, et il était résolu à lui donner tout son dévouement ; il ne retenait du traité de Tilsit que les premiers articles, ceux qui avaient rendu au roi de Prusse une part de ses Etats, et il ne voulait s'appliquer qu'à la restau-