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I. Aff. Etr., Corr. de Rome, vol. 941, i

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toute la chrétienté, soit par les efforts des incrédules et des philosophes, soit par l'indifférence qui avait gagné les catholiques de toutes les classes et de tous les pays ; pour lui, il était disposé à tout souffrir et à remplir le devoir qui lui était imposé de se sacrifier pour la foi '- .

La politique du sacre était bien finie,

Miollis, sur instructions de Paris, prit un nouveau titre, celui de « Commandant les troupes dans les Etats de Rome » . Le 2 5 mars, il donna l'ordre à tous les cardinaux français et italiens de quitter Rome et de s'en aller dans leurs diocèses respectifs. Même le secrétaire d'Etat du pape, le cardinal Doria, dut partir pour Gênes. Le Sacré Collège se trouva presque entièrement dispersé.

Le pape y répondit en rappelant à Rome le cardinal-légat Caprara.

Napoléon adressa au Saint-Siège une dernière sommation : « La proposition dont l'Empereur ne se départira point est que toute l'Italie, Rome, Naples, Milan, fassent une ligue offensive et défensive afin d'éloigner de la presqu'île le désordre et la guerre... Si le Saint-Siège adhère à cette proposition, tout est terminé. S'il s'y refuse, il annonce par cette détermination qu'il ne veut aucun arrangement, aucune paix avec l'Empereur et qu'il lui déclare la guerre. Le premier résultat de la guerre est la conquête, et le premier résultat de la conquête est le changement de gouvernement. »

Pour le cas d'un refus, toutes les dispositions furent prises.

Le 7 avril, à six heures du matin, un détachement des troupes françaises se présenta au palais du Quirinal. La porte fut forcée à la baïonnette ; les salles occupées par les gardes pontificaux furent envahies. En même temps, le chargé d'affaires, Lefebvre, était reçu par le Saint-Père et lui faisait

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connaître les volontés de l'Empereur. Le pape y répondit, dans les termes les plus modérés, par un refus net.

Le 3o avril, MioUis publia un décret impérial, daté du 3, par lequel les provinces d'Urbin, Ancône, Macerata et Camerino étaient irrévocablement et à perpétuité unies au royaume d'Italie, pour y former trois départements, du Metauro, du Musone et du Tronto.

Le pape, en protestant, disait avec une grande précision les raisons de la politique impériale qui s'était développée inéluctablement depuis Âusterlitz, même depuis le couronnement de Milan ou depuis le sacre.

« L'Empereur n'a cessé d'affirmer le principe de l'empire suprême qu'il prétend avoir sur toutes les provinces de l'Italie, sur les provinces pontificales, sur Rome ; il veut absorber l'Etat romain, non pas tant en vertu d'une Confédération consentie librement et de plein gré que par la force de la souveraineté de l'Empereur sur les Etats de l'Eglise... Le pape souffi'e pour n'avoir pas voulu admettre les pernicieuses et funestes maximes qu'on lui a intimées expressément et à différentes reprises, que si lui, Saint-Père, est souverain dans Rome, Sa Majesté en est l'Empereur, que le Saint-Père doit lui être soumis pour le temporel comme Sa Majesté doit l'être au pape pour le spirituel, que l'Etat pontifical appartient à l'empire français, en fait partie ; qu'en vertu du droit de sa couronne impériale le pape doit actuellement et à jamais faire cause commune avec lui et avec ses successeurs ; qu'il doit constamment tenir pour ses ennemis tous ceux de la France, et qu'il doit en conséquence entrer dans la Confédération de son empire. »

Le Sacerdqpe ne voulait pas se perdre dans l'Empire.

Mais, Lemarois établi à Ancône, MioUis à Rome, la jonction était assurée avec Naples ; l'Empereur tenait toute l'Italie : condition de l'empire et chemin de l'Orient.

GORFOU -iài

GORFOU

La nouvelle de la paix de Tilsit avait produit beaucoup d'émotion à Constantinople : au moment même où l'empereur Napoléon excitait les Turcs à se porter au Danube et à reconquérir la Crimée, il traitait et faisait alliance avec leurs pires ennemis. On ignorait les articles secrets qui peut-être n'eussent rassuré qu'à demi ; on s'en tenait aux résultats généraux de l'entrevue des deux empereurs, et on y voyait une sorte de trahison de la France : on estimait qu'elle avait livré 1 Orient aux Russes. En quoi d'ailleurs on se trompait grandement.

Sébastiani lui-même, aussi imparfaitement renseigné, ne put s'empêcher de se plaindre de l'embarras où il était réduit ; il en écrivait à Talleyrand : « Depuis que je suis à Constantinople, je me suis trouvé quelquefois dans des situations difficiles ; jamais aucune ne ma été aussi pénible que celle-ci. J'ai lair d'avoir trompé ce gouvernement et de vouloir le tromper encore. » Il songeait aux triomphales journées de mars précédent. Certes, il avait toujours cru à la ruine irrémédiable de la Turquie, que le traité de Tilsit semblait proclamer ; mais il regrettait d'avoir eu à y jouer un rôle qu'il estimait déloyal, d avoir poussé les Turcs à une guerre où on les laissait maintenant seuls aux prises avec les Russes. Il en eut beaucoup d amertume ; il répéta sur tous les tons qui] lui était dès lors impossible de rester à Constantinople, qu il avait perdu toute la confiance de la Porte, qu'il n'aurait plus aucune autorité pour traiter la moindre affaire.

Le Divan en effet lui fit d'abord des reproches assez véhéments, menaçant de s'allier avec l'Angleterre qui ne demandait que cela. Puis, la première humeur passée, le gouvernement ottoman se fixa à une politique assez habile ; il se

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dispensa de toute récrimination au sujet des articles de Tilsit; il les accepta en ce qui le regardait, prit soin de ne donner à l'Empereur aucun prétexte de rupture, se montra étroitement fidèle au système français, fit tout pour empêcher que l'alliance franco-russe n'eût pour conséquence la ruine de la Turquie. Il y réussit d'autant mieux qu'il abondait ainsi dans le sens des secrets desseins de Napoléon. Pourtant il est incontestable que l'influence française à Constantinople ne pouvait être que compromise par les derniers événements.

Quoi qu'il en soit, le nouveau sultan Mustapha IV montra à 1 égard de la France d'aussi heureuses dispositions que son prédécesseur Sélim III. Il refusa d'entrer en relations avec les nouveaux agents que la Russie et l'Angleterre avaient envoyés à Constantinople, Pozzo di Borgo et Sir Arthur Paget ; ils furent retenus à Ténédos, ne furent pas admis à passer les Dardanelles ,

La Turquie se déclara prête à l'exécution du traité de Tilsit. Elle accepta la médiation française ; elle y mit la plus scrupuleuse, la plus irréprochable correction. Champagny en exprima de la satisfaction : — Si la Porte se comporte sagement, écrivait-il à Sébastiani, « elle aura encore quelques moments de végétation ; sinon, son existence politique finira avec l'année » .

Par la médiation de l'adjudant-commandant Guilleminot, un armistice fut conclu à Slobodzié entre les troupes russes et turques : il comportait, selon les termes mêmes du traité de Tilsit, l'ouverture de négociations pour la paix définitive, et l'évacuation de la Moldavie et de la Valachie par les Russes. Cet armistice fut aussitôt accepté par la Porte, et les Russes en effet commencèrent de se retirer vers le nord, abandonnèrent l'île d'Ostrow qu'ils avaient occupée sur la rive droite du Danube- dans la Dobroudja.

On sut bientôt que leur général en chef Michelson venait de mourir, qu'ils avaient arrêté leur retraite à Craïowa; puis

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qu ils avaient repris leurs anciennes positions sur le fleuve, dans lile d'Ostrow ; enfin que l'empereur Alexandre P"" avait refusé de ratifier l'armistice, sous divers prétextes ; que les Russes reprenaient leurs relations avec les Serbes révoltés sous Kara-Georges, qu'ils paraissaient vouloir recommencer les hostilités en franchissant le Danube.

Les inquiétudes des Turcs redoublèrent; ils purent croire que cette conduite de la Russie était concertée avec Napoléon, qu'elle était la suite même des arrangements de Tilsit, Mais Napoléon était aussi inquiet qu'eux ; il laissa ses troupes en Prusse ; c'est en ce temps-là qu'il demandait la Silésie au tsar, en compensation de la Moldo-Valachie. Il contenait les Russes de tous ses moyens.

Cependant Joseph à Naples eût bien voulu s'appliquer à son métier de roi pour lequel il se sentait de grandes dispositions ; Napoléon ne lui en laissa pas le loisir ; ce n'était pas encore le moment de philosopher. Aussi le roi de Naples était-il tenu en étroite sujétion par l'Empereur ; il n'avait pas sensiblement plus d'autorité qu'Eugène à Milan ; il n'était, comme disait Napoléon, que « le général en chef de mon armée à Naples ». Et encore les officiers des troupes qui étaient dans son royaume avaient-ils peu de respect pour son autorité ; ils abusaient de sa « bonhomie », disait-il lui-même; à peine les chefs dissimulaient-ils leur mépris pour ce roi qui n'était pas un soldat.

En tout cas, pour l'instant, l'armée de Naples, sous le commandement nominal de Joseph, n'était qu'une aile de la Grande- Armée. A ce titre d'ailleurs elle pouvait rendre des services, et Napoléon pensa l'employer utilement.

Le 9 juillet, aussitôt après le traité de Tilsit, le prince de Neuchâtel et le prince de LobanofF avaient signé une convention particulière pour la remise aux Français des îles Ioniennes et des Bouches-de-Cattaro. En même temps l'empereur et le tsar, d'accord, avaient donné des ordres dans ce sens, à

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l'amiral commandant les vaisseaux russes de les ramener dans la mer Noire ou dans la mer Baltique, aux généraux russes de Gorfou et de Gattaro de conduire leurs soldats par terre ou par mer sur le territoire de Venise pour y prendre les instructions de l'ambassadeur de Russie à Vienne. La Russie ne devait plus avoir un vaisseau ni un homme sur la Méditerranée.

Des instructions pressantes furent envoyées à Gadix, à Rochefort, à Lorient, à Brest, pour que lescadre russe qui s'y présenterait fût « retardée le moins possible dans sa course. . . . L'important est que lescadre russe ne soit point retardée. . . n faut lui donner tous les secours en vivres dont elle aura besoin, sans la retenir, même des vivres qui sont à bord des vaisseaux français... Vous sentez que cela doit être tenu très secret », écrivait 1 Empereur à Decrès*.

Il s'agissait donc nettement d'éloigner le plus vite possible les Russes de la Méditerranée, pour y prendre leur place évidemment.

Dès lors l'Italie avait dans la pensée de Napoléon une importance encore plus grande. Par Venise et la Dalmatie, par Otrante et Gorfou, elle était la route de pénétration dans les Balkans. G'est aussi par cette double voie que les Romains dans l'antiquité avaient pour plusieurs siècles établi leur empire sur l'IUyrie et la Macédoine.

Donc des ordres furent donnés pour mettre Tarente en bon état. Le 23 août, le général Gésar Berthier, frère du prince de Neuchâtel, traversa le détroit d'Otrante avec i.5oo hommes, malgré les croisières anglaises, et prit possession de Gorfou ; il adressa aussitôt une proclamation aux habitants pour les féliciter de faire désormais partie du Grand Empire. Il fut vertement réprimandé pour ce bavardage inutile : car il ne fallait pas inquiéter les Russes et les Turcs sur les desseins de l'Empereur.

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