‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 144 sur 235 · I. AH. Etr., Corr . de Russie, vol. 146, f"^* 106. iio · texte numérisé non relu

I. AH. Etr., Corr . de Russie, vol. 146, f"^* 106. iio

Napoléon avait concentré des troupes dans la région des \illes hanséatiques ; avec les 14.000 Espagnols du général La Romana et iS.ooo Danois, cela donnait, semblait-il, à Bernadotte qui les commandait, le moyen de couvrir le Danemark et de passer au besoin dans le sud de la Suède.

Mais il ne fut pas autorisé à aller si loin ; il reçut Tordre de veiller seulement sur Hambourg. Il n'eût pas déplu à l'Empereur que le Danemark souffrît de nouvelles violences de la part des Anglais ; il ne pouvait qu'y gagner. De même il ne lui déplaisait point que les Russes fussent contenus par une vigoureuse résistance des Suédois.

Voici à ce sujet une dépêche très suggestive de M. de Champagny à Caulaincourt, du 4 £^"^'"1 : Napoléon avait attaché à la personne du tsar un ofi&cier français, M. du Ponthon. qui accompagnait l'armée russe en Finlande et lui rendit des services pour lesquels le tsar demandait récompense : « L'Empereur me charge de vous faire connaître, écrivait le ministre, que la mission donnée à M. du Ponthon ne doit pas être remplie avec le zèle et l'exactitude scrupuleuse qu'il y met. Que M. Du Ponthon indique aux Russes les moyens de protéger leurs ports ou leurs côtes contre les attaques des Anglais, c'est très bien; c'est dans cette intention que l'Empereur la envoyé. Mais qu'il aille leur faire connaître les défauts de leurs places de terre, de celles qui leur serviraient de défense contre les armées françaises si jamais la discorde armait encore les deux empires, c'est impolitique et imprudent. L'Empereur espère maintenir son alliance avec la Russie et fera tout pour cela. Mais tant de chances peuvent changer un état d'amitié en état de guerre qu'il faut prévoir celui-ci et ne point donner à la Russie des armes contre nous. L Empereur vous chara:e donc de recommander à M. du Ponthon de mettre plus de réserve dans les rapports qu'il fait à l'empereur Alexandre et de se borner à ne pas trahir la confiance

de ce souverain, en lui disant ce qui est, mais ce que d'autres auraient pu voir comme lui. C'est pour son pays et son souverain qu'il doit réserver les connaissances plus particulières des défauts des places russes que sa tournée le met dans le cas d'acquérir \ »

Cependant l'apparition des forces anglaises dans la Baltique et l'absence des forces françaises remplaçaient à Saint- Pétersbourg l'enthousiasme d'hier par l'inquiétude et la colère. Toute l'année, tant que dura la belle saison, on craignit de voir la flotte de l'amiral Saumarez devant Cronstadt. Des bruits circulèrent d'une alliance anglo-française qui allait mettre la Russie dans un terrible embarras.

Les Suédois, revenus de leur première surprise, reprirent lofifensive ; le général Klingspor refoula les Russes au sud d'Uléaborg; les îles d'Aland et de Gothland furent reconquises ; les vaisseaux russes furent bloqués dans Baltisch-port, à l'entrée du golfe de Finlande.

La Russie se trouvait donc engagée pour un bon moment dans une périlleuse aventure. Napoléon fut rassuré sur ses entreprises ; il eut la certitude qu'elle ne gagnerait pas trop, même en ce sens, et qu'en tout cas elle n'aurait pas de sitôt le loisir de passer le Danube.

Quekpies semaines après, lorsque les affaires d'Espagne eurent commencé de prendre une bonne tournure, il présentait à son allié tous les avantages qui en résultaient pour la cause commune et pour l'intérêt particulier de la Russie : « L'Espagne, écrivait Champagny, a fixé l'attention de l'Angleterre, qui a augmenté de beaucoup les forces navales en station sur ses côtes. Les escadres anglaises se sont montrées à Valence, au Ferrol et dans les points de la côte où elles étaient précédemment. On comptait dernièrement vingt-huit voiles croisant près de Saint-André où à peine on avait vu

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