‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 149 sur 235 · I. A. Lefebvre, III · texte numérisé non relu

I. A. Lefebvre, III

Driallt. — Tilsit. 20

3o6 L AFFAIRE D ESPAGNE

d'ajouter que le particulier ne remporta rien de ce qu'il demandait \

Cependant l'affaire du procès suivait son cours, parmi l'émotion générale qui commençait de faire au prince des Asturies une popularité injustifiée, mais faite de toute l'impopularité justifiée de Godoy.

Une junte criminelle fut réunie le 6 novembre pour juger ses amis. L'accusateur Simon de Viegas, dévoué aux intérêts de Godoy, requit la peine de mort contre l'Infantado, Escoïquiz et Ayerbe. Les juges eux-mêmes eurent de la peine à contenir leur indignation. L'un d'eux, don Eugenio Manuel Alvarez Gaballero, étant tombé gravement malade, le tribunal alla continuer chez lui ses délibérations. Il trouva assez de forces pour défendre les accusés, pour les louer de leur dévouement au bien public, du courage qu'ils avaient montré dans leurs efforts pour sauvegarder la dignité de la couronne d'Espagne, et il opina fermement pour leur acquittement solennel. A l'unanimité les autres juges pensèrent de même, et ils demandèrent respectueusement au roi de remettre les prévenus aussitôt en liberté.

« Sur le grand crucifix d ivoire suspendu au chevet du lit ayant considéré Celui qui juge les jugements des hommes, tous signèrent. Par un mouvement spontané ils s'embrassèrent avec attendrissement, jugeant qu'ils agissaient pour l'acquit de leur conscience et le bien du royaume". »

Les prévenus furent cependant condamnés à Texil. Don Eugenio Gaballero mourut quelques jours après ; ses funérailles furent l'occasion d'une manifestation populaire grandiose. De terribles colères s'amassaient contre le prince de la Paix. Ferdinand personnifiait dès lors contre lui une sorte de grand parti national résolu à relever la dynastie et à sau-

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