‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 166 sur 235 · BAYLEN · texte numérisé non relu

BAYLEN

clama : les deux généraux et leurs 18.000 hommes obtenaient les honneurs de la guerre et devaient être transportés du prochain port espagnol à Rochefort sous la garantie de leurs vainqueurs. La convention de capitulation fut violée par les Espagnols ; ils n'emmenèrent à Toulon que les généraux, qui ne tardèrent pas à passer devant une commission militaire ; les troupes furent internées, durement traitées ; elles allaient subir l'effroyable martyre de l'ile Cabrera.

La fureur de Napoléon fut terrible à la nouvelle de l'affaire de Baylen. On peut même penser que l'expression en fut excessive : peut-être eut-il la pensée (c'était assez sa manière) de rejeter sur les autres la responsabilité de l'erreur qu'il avait commise et qu'il était obligé désormais de reconnaître, d'exagérer la défaite militaire pour pallier la défaite politique. Quoi qu'il en soit, c'est lui-même qui a donné à la capitulation de Baylen toute sa gravité morale, et le retentissement qu'elle a gardé dans l'histoire.

De Bordeaux où il était alors, il écrivait à Glarke, son ministre de la guerre : « Je vous envoie des pièces pour vous seul ; lisez-les une carte à la main, et vous verrez si, depuis que le monde existe, il y a eu rien de si bête, de si inepte, de si lâche . Voilà donc justifiés les Mack, les Hohenlohe, etc. On voit parfaitement par le propre récit du général Dupont, que tout ce qui est arrivé est le résultat de la plus inconcevable ineptie. Il avait paru bien faire à la tête d'une division ; il a fait horriblement en chef. »

Et à Joseph : « Mon frère, la connaissance que j'ai que vous êtes aux prises, mon ami, avec des événements au-dessus de votre habitude autant qu'au-dessus de votre caractère naturel, me peine. Dupont a flétri nos drapeaux. Quelle ineptie 1 Quelle bassesse ! Ces hommes seront pris par les Anglais. Des événements d'une telle nature exigent ma pré-

sence à Paris. L'Allemagne, la Pologne, l'Italie, etc., tout se lie'. »

« Tout se lie! » Il avait bien raison. Et les conséquences de la capitulation allaient être immensément étendues.

Tout d'abord, elle eut à Madrid une répercussion lormidable. Joseph n'eut pas d'autre idée que de plier bagage et de s'en aller. Après un « règne de dix jours » il partit, et tout aussitôt les troupes françaises abandonnèrent la capitale.

Naturellement quelques-uns des Espagnols qui avaient jusque-là consenti à le servir firent défection. M. de Gevallos voulut se faire pardonner l'adhésion qu'il avait donnée au gouvernement français : le i"' septembre 1808 il fit paraître un Exposé des moyens qui ont été employés par [Empereur Napoléon pour usurper la couronne d'Espagne ; cette brochure fit grand bruit dans toute l'Europe ; elle révélait la vérité sur les événements de Bayonne : on s'en doutait d'ailleurs généralement.

Cependant Joseph battait en retraite, non sans précipitation ; il ne fut pas suivi par les représentants des puissances qui restèrent à Madrid et se trouvèrent ainsi exercer leurs fonctions auprès du gouvernement insurrectionnel, ou national. On conseillait au malheureux roi d'abdiquer : « Cet effort, Sire, lui disait Urquijo, n'est pas supérieur à votre grande âme. » Il n'osa ; il eût fallu la permission de l'Empereur, et elle n'était pas probable.

Il étai t à Burgos avec sa petite cour le 9 août ; il y resta quelques jours ; il se relira sur Miranda le 17 ; enfin il s'établit le 22 à Vittoria, derrière le fossé de l'Ebre, oià l'on pouvait espérer contenir le reflux du mouvement national. Et de là-bas, il contempla avec mélancolie son « royaume d'Utopie ».

Si bon qu'il fût, Madrid ne le regrettait pas ; elle célébrait

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