BAYLEN
son départ dans la plus exubérante allégresse : « Nous sommes fous de joie, écrit une jeune femme, on a descendu la châsse de saint Isidore et celle de Santa Maria de la Cabesa, qui n'avaient pas bougé depuis vingt et un ans. Tout Madrid s enrôle et apprend l'exercice : maris, garçons, veufs, moines, curés, tous veulent partir et nous laisser seules M » Il ne s'agissait que de faire la conduite au roi étranger et de l'empêcher de revenir.
On improvisa une junte de guerre, dont le duc de l'Infantado fut le président. Le 24 août, on célébra avec une grande solennité et parmi les manifestations éclatantes de la joie populaire la proclamation de « Ferdinand le Bien-Aimé ». Le Conseil de Castille annula tous les actes de Bayonne.
La foule, la nation tout entière applaudissait à tout cela ; l'Espagne reprenait la disposition d'elle-même et le sentiment vigoureux de son indépendance ; elle était prête à tous les sacrifices, à tous les héroïsmes, pour la sauver définitivement, et, si les Français prétendaient s'imposer par la violence, ce serait la lutte inexpiable, la levée en masse spontanée sur tous les points du territoire, et la guerre au couteau, « guerra a cuchillo », comme disait Palafox.
Il semblait que l'affaire d'Espagne, en si peu de semaines, s'achevât déjà par une débâcle universelle. Napoléon avait envoyé le marquis de Sassenay à Buenos-Ayres, auprès de Jacques de Liniers, un aventurier d'origine française qui était devenu vice-roi de la Plata ; Sassenay fut emprisonné par les habitants.
L'Empereur avait à la frontière du Danemark quelques milliers d'Espagnols sous le commandement de La Romana. Ils trouvèrent moyen de s'embarquer sur des vaisseaux anglais et de rentrer dans leur pays pour le défendre. L'effet en fut presque aussi considérable que celui de Baylen.
I. Cité par G. de Grandmaison, L'Espagne et Napoléon, p. 320.
Palafox, Gastanos, estimaient qu'il fallait un roi pour personnifier et conduire Tinsurrection nationale ; Ferdinand étant prisonnier, ils songèrent à l'archiduc Charles, comme au temps de Philippe Y. Il y eut d'autres prétendants à cette couronne vacante : le prince Léopold de Bourbon-Sicile, le jeune duc Louis-Philippe d'Orléans qui se montrèrent àGibraltar, attendant qu'on les appelât.
Mais il parut aux Espagnols que leur cause serait plus respectable et plus juste si elle restait liée à celle du roi légitime. Ils furent fidèles à Ferdinand VII, à qui la captivité faisait une auréole de martyr.
Il valait mieux, il était plus significatif, que Napoléon eût devant lui, au lieu d'un roi facile à prendre ou à vaincre, une assemblée élue, insaisissable, reformée n'importe où selon les circonstances de la guerre et selon les besoins de la défense nationale. Ce fut ici la junte suprême de Séville, puis de Cadix, une sorte de Convention, dont elle eut la vigueur patriotique et la hardiesse de conceptions politiques et sociales.
Elle fut soutenue par l'Angleterre, non pas seulement de Cadix, mais de Lisbonne surtout. Car Wellesley y débarqua avec des forces importantes, enveloppa Junot sur les hauteurs de Cintra et le fit capituler, en lui accordant les honneurs de la guerre. Junot fut plus heureux que Dupont ; les Anglais respectèrent la convention de capitulation, et sur leurs vaisseaux ils le ramenèrent avec toutes ses troupes à Rochefort. Les Anglais avaient dès lors un solide établissement militaire dans la péninsule ibérique ; Napoléon ne put jamais les en déloger. L'occupation de Lisbonne par Junot avait duré moins d'un an ; par les Anglais, elle dura de longues années, et l'on peut dire que l'influence anglaise a dans le Portugal des racines séculaires.
Mais plus redoutable, plus tenace et plus farouche encore fut la résistance de la nation espagnole parce qu'elle ne se