BAYLE
localisa jamais, parce qu'elle fut partout toujours. Il est relativement facile de vaincre une armée, sur un champ de bataille ; il est moins facile de vaincre des bandes qui se dispersent au premier choc et se reforment aussitôt dans la montagne pour reparaître aussitôt •: Napoléon ne vainquit jamais les guérillas d'Espagne, Il est plus difficile encore, il est impossible de commander les sentiments d'un peuple et de déraciner dans une nation la volonté de l'indépendance.
Joseph avait eu l'idée de ces forces populaires en Calabre ; mais l'Espagne était une immense Calabre. Dans le même temps exactement, le mouvement national allemand, ou au moins prussien, commençait à se manifester ; Stein avait, par son édit d'émancipation, préparé à sa patrie les ressources profondes qui devaient assurer son relèvement. Le Tugendbund avait déjà groupé un nombre considérable de patriotes fervents à travers l'Allemagne. Stein même fut imprudent; il exprima trop tôt les espérances qu'il avait en la renaissance de l'Allemagne ; sa lettre au prince de Sayn-Wittgenstein tomba aux mains de Napoléon qui obligea le roi de Prusse à le renvoyer du ministère : l'Empereur ne voulait pas que l'Allemagne fît comme l'Espagne.
Il y a donc là, en ce mois d'août 1808, une sorte de mouvement tournant dans l'histoire de Napoléon. Sa guerre aux rois est finie, c'est maintenant la guerre aux peuples ; une nouvelle carrière à parcourir, plus rude que la première. Ce sont les leçons de la Révolution française qui, après avoir donné l'Europe à la France, retournent l'Europe contre la France.
En attendant, si la Russie est occupée en Finlande contre la Suède et l'Angleterre, Napoléon est encore plus occupé contre l'Espagne et l'Angleterre. Les deux alliés de Tilsit sont affrontés à l'Angleterre du nord au sud du continent. La Turquie eut quelque répit.
Dbiallt. — Tilsit. 00