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LA CONVENTION DU 8 SEPTEMBRE

prussien en fut atlerré : mauvaise posture pour obtenir de l'Empereur des conditions avantageuses.

La convention du 8 septembre fut en efifet très dure pour la Prusse. Elle fut évacuée; mais ses contributions de guerre furent arrêtées à la somme de i4o millions, et jusqu'au paiement intégral de cette lourde somme, les forteresses de TOder, au cœur même du pays, Kustrin, Glogau, Stettin, restèrent occupées par des garnisons françaises. Enfin, pour une période de dix ans, elle s'engagea à ne pas entretenir plus de 42.000 hommes de troupes et à ne faire aucune levée extraordinaire de milices ou de gardes bourgeoises et aucun rassemblement de nature à augmenter cette force. Elle devait fournir 12.000 hommes en cas de guerre entre l'Autriche et la France. Elle reconnaissait Joseph comme roi d'Espagne et Murât comme roi de Naples.

Le tsar de Russie, se rendant à Erfurt, passa à Kœnigsberg avant que la convention n'y fût connue ; il conseilla la résignation, la patience, promit ses bons offices en attendant des circonstances meilleures. Après son départ, il apprit l'affaire de la lettre de Stein, il en fut très ému; il s'écria qu'il y avait là une sorte d'aberration; il estima qu'il ne pouvait rien y avoir de plus fâcheux. C'est alors qu'il fut renseigné sur la convention de Paris, et il comprit le parti que Napoléon avait tiré de l'imprudence du ministre prussien.

Il ne fut pas pour lui-même satisfait de toutes les clauses de cette convention; l'installation de garnisons françaises dans les places de l'Oder lui laissa de l'inquiétude. Gaulaincourt, qui l'accompagnait, lui expliqua qu'il ne s'agissait que de précautions contre l'Autriche, toujours menaçante ; il resta persuadé que ces précautions étaient prises aussi contre lui-même ; il n'oubliait pas qu'il y avait encore de nombreuses troupes françaises à Varsovie. Il sentit davantage le besoin d'émousser cette menace, pointée sur lui.

Du moins, du côté de Napoléon, la Prusse se trouva tenue

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en respect, empêchée de profiter de révénemenl de Baylen et d'y faire écho. Stein, sur sommation de lEmpereur, fut éloigné du ministère le 24 novembre ; un décret impérial, du 16 décembre, le mit au ban de l'empire, confisqua tous biens qu'il y pouvait posséder. Il se retira en Russie, ce qui n'était pas indifférent. L'Autriche était autrement dangereuse, toute frémissante de préparation guerrière; il fallut des efforts particuliers de Napoléon pour y faire face.

Le 7 août, Champagny reçut M. de Metternich, lui fil l'accueil le plus chaleureux. La conversation fut aussitôt toute cordiale, le ministre dit son estime, son admiration pour l'Autriche, qu'il fallait qu'elle fût « une puissance de premier ordre ». Metternich fut ravi de la chose; il en conclut, par devers lui, que sans doute Napoléon avait besoin du concours de l'Autriche, et que l'activité de ses armements était pour quelque chose dans le respect qu'elle inspirait.

Mais ce n'était qu'un préambule.

Le i5 août suivant, la réception officielle du corps diplomatique fut l'occasion d'une manifestation plus expressive. Après être passé rapidement devant l'assemblée, l'Empereur revint tout à coup sur Metternich qui était à côté de Tolstoï ; Champagny le « bloquait » par derrière pour l'empêcher de s'échapper.

« L'Autriche veut donc nous faire la guerre? dit l'Empereur, ou elle veut nous faire peur? » — Metternich esquissa un geste de protestation. « Pourquoi alors vos immenses préparatifs? continua Napoléon. . . Qui vous attaque ? qui vous menace ? Tout n'est-il pas paisible autour de vous ? Depuis la paix de Presbourg y a t-il entre vous et moi le plus léger dififérend ? Ai-je élevé quelque prétention alarmante pour vous? Toutes nos relations n'ont-elles pas été extrêmement amicales? Et cependant vous avez jeté tout d'un coup un cri d'alarme ; vous avez mis en mouvement toute votre population ; vos princes ont parcouru vos provinces ; vos procla-

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mations ont appelé le peuple à la défense de la patrie. Vos proclamations, vos mesures, sont celles que vous avez employées lorsque j 'étais à Leoben. » Et la mercuriale se continua pendant une grande heure.

L'Empereur démontra que, quels que tussent les armements de TAulriche, elle n'était pas de taille à lui faire la guerre ; il avait des troupes plus nombreuses et meilleures ; il allait appeler deux nouvelles conscriptions. « D'ailleurs l'empereur de Russie empêchera la guerre, en vous déclarant qu'il ne la veut pas et qu'il sera contre vous. » Et il regardait Tolstoï pour un signe d'approbation, de confirmation ; Tolstoï ne broncha point, et ainsi le coup ne porta pas fortement sur Metternich .

« Mais, continua l'Empereur, si ce n'est qu'à l'intervention de la Russie que l'Europe doit la continuation de la paix, ni l'Europe ni moi ne vous en aurons d'obligation, et, ne pouvant vous regarder comme mes amis, je serai certainement dispensé de vous appeler à concourir avec moi aux arrangements que peut exiger l'état de l'Europe... »

Il était facile de comprendre que Napoléon voulait tout ensemble inquiéter l'Autriche sur les « arrangements » qu'il préparait avec la Russie notamment en Orient, et l'attirer à lui par l'espérance d'y prendre part : promesse plus que menace.

Metternich n'avait répondu au discours de l'Empereur que par de courtes phrases, que les dispositions de l'Autriche étaient essentiellement pacifiques, qu'elle ne prétendait menacer personne, qu'elle n'avait voulu qu'achever sa réorganisation militaire, que d'ailleurs elle était satisfaite des résultats qu elle avait obtenus à cet égard, que les réserves et la milice, désormais instruites, allaient être prochainement renvoyées dans leurs foyers. Et la réponse, à la fois conciliante et ferme, était au moins aussi habile que l'interpellation.

Le 2,5 août, Metternich revit l'Empereur, moins solennel-

lement, en audience particulière, à Saint-Cloud. L'entretien fut presque amical, à peine relevé d'un peu d'amertume, (( une querelle entre amants », écrivait xMetternich. Il fallait, dit l'Empereur, établir les relations entre les deux puissances dans la confiance et l'intimité ; mais il fallait que l'Autriche y mît de la bonne volonté. Elle n'aurait pas à le regretter : « Il y a un point, conclut iS'apoléon, qui devrait fixer nos regards réciproques : vous voyez ce qui se passe à Constantinople; si vous aviez tenu une conduite différente dans les derniers temps, nous nous entendrions maintenant ; mais, les choses étant placées comme elles le sont par suite de votre attitude, il faudra que je m'entende avec la Russie... Je n'ai de ce côté qu'un intérêt indirect, et peu de chose à prétendre de la Porte. » Cela n'est pas le fond de sa pensée^.

Pour éprouver l'Autriche, Champagny demanda à Metternich la reconnaissance des nouveaux rois de Naples et d'Espagne. L'ambassadeur donna une réponse aimable, mais dut en référer à son gouvernement.

^ Pour achever cet ouvrage de l'investissement diplomatique de l'Autriche, Caulaincourt reçut l'ordre de proposer au tsar une démarche commune auprès du gouvernement de \ ienne pour qu'il procédât au moins à un commencement de désarmement.

Alexandre ne s'y refusa point absolument, sauf à juger luimême du ton à y employer. En vérité il redoutait fort une guerre franco-autrichienne, dans laquelle l'Autriche serait seule contre Napoléon, la Russie ne pouvant l'aider dans les circonstances du moment. Et si l'Autriche était encore vaincue, la Russie ne serait-elle pas découverte sur sa frontière occidentale, plus même que par la défaite de la Prusse : « La destruction de l'Autriche, avait écrit Tolstoï, doit être envisagée comme l' avant-coureur et le moyen de la nôtre. »

I. Corr. de Napoléon, XVII, 439-441. — Sorel, VII, 290 et s. — Vandal, 1, 392-397.

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