LA CONVENTIO:^ DU 8 SEPTEMBRE
Et l'on peut retenir cette formule, qui se trouve avoir les caractères d'une prophétie. Pour notre part nous y verrions volontiers la révélation de la politique napoléonienne dans les années qui sont le sujet de ce volume : après avoir, à Austerlitz, détruit le Saint-Empire Romain Germanique, Napoléon pénétrait en Orient ; léna et Friedland renversaient la puissance prussienne, portaient linfluence française à Varsovie ; la guerre qui se préparait allait renverser la puissance autrichienne et établir la domination française en Illyrie : par le nord et par le sud, aux portes de l'Orient.
Ainsi la politique russe était clairement imposée par les circonstances. Le tsar devait empêcher la guerre; mais il ne fallait pas presser trop vivement l'Autriche de désarmer, car ces armements pouvaient servir. La bonne formule, soigneusement dosée, était donc d'agir sur elle en conformité de l'alliance avec la France, mais d'agir peu pour pouvoir changer d'alliance.
Alexandre écrivait le 5 septembre à Kourakine, son ambassadeur à Vienne : « Les affaires en Espagne allant mal, n'est-il pas permis de supposer que Napoléon serait charmé de les ajourner quelque temps, de tomber avec toutes ses forces sur l'iVutriche, et d'anéantir une des deux seules puissances qui peuvent encore lui donner ombrage en Europe? Le parti le plus sage pour l'Autriche me paraîtrait ainsi de rester spectateur tranquille de la lutte que Napoléon a à soutenir en Espagne. Il sera toujours temps de prendre ensuite le parti que les circonstances suggéreront alors. En suivant cette conduite, l'Autriche m'éviterait la pénible nécessité de prendre fait et cause contre elle, car je n'y suis tenu qu'autant qu'elle attaquera. »
La pression russe à Vienne fut par conséquent des plus courtoises. L'Autriche en tint compte en quelque mesure ; elle évita pour le moment toute imprudence ; mais elle sentit aussi que la Russie n'était pas son ennemie ; elle s'en trouva
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encouragée à sa politique de précautions militaires : elle resta sous les armes. Elle laissa du moins passer Erfurt.
Nous sommes ici, pour toutes les puissances en présence, dans la phase peut-être la plus délicate, la plus fine, de la politique européenne au temps de Napoléon : de part et d'autre, des chefs-d'œuvre d'habileté et de prudence, de vrais modèles d'action minutieusement nuancée, une grande école d'art diplomatique.
LA CONVENTION d'eRFURT
Pour Napoléon donc l'objet principal de l'entrevue d'Erfurt devait être d'empêcher ou de contenir la coalition renaissante. Il prit ses résolutions en ce sens.
D'abord il contempla à nouveau son instrument de conquête ; il fit voter par le Sénat le 3 septembre Tappel d'une nouvelle conscription. Il passa de fréquentes revues des troupes qui revenaient d'Allemagne et qui se rendaient en Espagne. « Soldats, leur disait-il un jour, vous avez surpassé la renommée des armées modernes ; mais avez-vous égalé la gloire des armées de Rome, qui, dans une même campagne, triomphaient sur le Rhin et sur l'Euphrate, en Illyrie et sur le Tage? Une longue paix, une prospérité durable seront le prix de vos travaux. Un vrai français ne peut, ne doit prendre de repos que les mers ne soient ouvertes et affranchies \ » Il savait que la Grande- Armée serait toujours son suprême recours.
En attendant, ayant fort à faire du côté de l'Espagne, il lui fallait retarder, au moins de quelques mois, l'intervention militaire de l'Autriche. Il ne le pouvait qu avec l'aide de la Russie; il fallait payer cette garantie, en évitant aussi d'avoir