‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 183 sur 235 · VII · texte numérisé non relu

VII

2. Voir là-dessus Les origines diplomatiques de la guerre de 1870, pas-

LA CONVENTION d'eRFURT 363

D ailleurs tout en faisant de l'idéologie, il calculait. Il s'avisa qu'une politique « européenne » pouvait être plus utile à la Russie que l'alliance française qui n'avait rien donné, qu'il aurait en outre l'apparence honorable du plus pur désintéressement et même du dévouement le plus éclairé aux grands intérêts du continent : et ces considérations n'étaient point pour déplaire à son caractère chevaleresque dans une certaine mesure, c est-à-dire dans la mesure de son intérêt. Au reste, cette politique dont le prince de Bénévent lui soufflait les formules, lui était dictée par les circonstances : l'alliance française n'ayant pas réalisé ses espérances, il cherchait autre chose.

Donc il fut facile à Talleyrand de constater que l'Autriche et la Russie étaient assez disposées à s'entendre, qu'elles sentaient le besoin qu'elles avaient l'une de l'autre. Il entra dans l'accord en tiers.

Il se vantait d avoir « de 1 avenir dans l'esprit », c'est-àdire qu'il escompta la ruine de l'Empire napoléonien et se mit de bonne heure de l'autre côté ; quand il vit les Anglais fixés à Lisbonne et le sourd frémissement dont l'Europe s'agitait après Baylen, il connut la fissure qui déjà traversait le grand édifice impérial ; il ne voulut pas être enseveli sous les ruines ; il n'avait pas cette sorte d'héroïsme, il n'avait aucune sorte d'héroïsme ; il était de l'espèce des gens extrêmement prudents qui s'en vont longtemps avant qu'il n'y ait du danger : n'était-il pas politique de mettre sa fortune à l'abri? « Il décida, écrit Sorel, de solliciter à sa façon la force des choses qui tôt ou tard devait renverser le colosse, tâchant que la France n'en fût pas trop disloquée, ni lui-même trop écrasé. L'Europe triompherait, et, pour que ce triomphe n'emportât point cette double ruine, il ferait la France européenne et lui ministre européen de la France en Europe, de l'Europe en France'. » Nous demandons à

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