L ACTION DE L ANGLETERRE
son « Empire » qu'à l'achèvement même du royaume d'Italie sous Victor-Emmanuel II. Elle était un des éléments historiques, le plus expressif, de son grand dessein impérial. Ses résolutions furent prises dès ce moment en ce sens ; l'exécution en fut retardée de quelques mois par d'autres soins.
Et voici enfin l'action de l'Angleterre au fond de la Méditerranée, sur les chemins de l'Inde, où Napoléon entraînait jadis l'imagination du tsar Alexandre.
Depuis la révolution de juillet, Constantinople était restée très agitée : spectacle ordinaire dans toutes les crises où s'accentua la décadence de l'empire ottoman. Les Janissaires qui avaient renversé Sélim III l'année d'avant n'étaient pas contents de la chute de Mustapha IV et de l'avènement de Mahmoud II réputé pour vouloir continuer avec le Bairactar l'œuvre réformatrice de Sélim : déjà la querelle inexpiable des Vieux-Turcs et des Jeunes-Turcs.
Le i4 novembre 1808, comme Mustapha le Bairactar passait dans la rue avec une petite garde de 200 hommes, il fut entouré d'une foule hostile et vociférante ; il la fit écarter à coups de bâtons. Cette méthode déchaîna une effroyable émeute qui en un moment écrasa l'escorte du pacha ; il put à grand'peine s'échapper, s'enfermer dans son harem. Il y fut poursuivi ; près d'être atteint parmi les flammes de l'incendie qui détruisait son palais, il se sauva encore avec ses bijoux, un eunuque noir, son esclave favorite, se cacha dans une tour de pierre au fond de ses jardins. On le chercha deux jours ; cependant la révolution triompha de nouveau ; le sultan Mahmoud, comme on avait fait de Sélim, fit étrangler Mustapha IV : dès lors il était le seul héritier de la maison d'Othman, et les Janissaires ne lui firent aucun mal ; mais ils firent périr ses principaux conseillers ; le i6 novembre, on trouva dans sa retraite le cadavre du Bairactar et de ses deux
Dhiault. — Tilsit. 25
esclaves ; on les mit en pièces, et ce fut la consécration de la nouvelle Révolution.
Si tant est que l'on puisse saisir en tous ces désordres les traits d'une évolution politique, on verra dans les événements de novembre les mêmes caractères que dans ceux de mai 1807, c'est-à-dire une réaction victorieuse des janissaires et des ulémas contre la politique des réformes. Au point de vue de la politique extérieure, Sélim, l'initiateur de la Réforme, ayant été, surtout à la fin, grâce à Sébastian!, attaché à l'alliance de la France, la défaite et la ruine de ses partisans ne pouvaient être favorables à l'influence française. Aussi bien les affaires extérieures avaient-elles sans doute réagi sur la situation intérieure ; on voulait voir dans le traité de Tilsit, et toutes les apparences y autorisaient, un abandon de la Turquie par la France, et Ton prononçait souvent à ce sujet le mot de « trahison ». Quoi qu'il en soit, il n'est pas étonnant que la révolution de novembre ait été funeste au prestige de Napoléon chez les Turcs. Peut-être même eut-il peur que la Turquie ne seffondrât aussitôt et que ce fruit mûr ne fût cueilli par les Russes. Il était alors en Espagne, et il donna en hâte à Decrès des ordres pour réunir à Toulon un grand armement : « Cette escadre de la Méditerranée, écrit-il, m'intéresse au delà de ce que vous pouvez pensera »
Vaines précautions. Les événements se pressaient. Dès le lendemain de la Révolution de novembre, un agent anglais, Sir Robert Adair, fut admis à Constantinople, entra en rapports avec les ministres de la Porte, et le 5 janvier 1809, au moment où Napoléon était arrêté à Astorga, signa avec eux la paix des Dardanelles ^ Ce traité n'entraînait pas après lui une rupture formelle de la Turquie avec la France ; il n'em-