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I. Corr. de Napoléon, XVIII

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TAngle terre, de Cadix, soutenait v rinsurrection » de tous ses moyens, l'entretenait, retendait sur la plus grande partie de la péninsule, faisait refluer comme une marée les armées de la conquête.

On la retrouvait en Italie. Elle était déjà en Sicile la maîtresse, plus que Ferdinand lY et Marie-Caroline. Il est vrai qu'elle subit alors un échec. Elle occupait, devant Naples, l'îlot de Capri, depuis l'avènement de Joseph ; la garnison anglaise y était commandée par le lieutenant-colonel Sir Hudson Lowe. Murât, dès son avènement, prépara l'enlèvement de la position ; le i6 octobre 1808, malgré les croisières anglaises, il y fît débarquer quelques troupes, sous le général Lamarque : en deux jours, l'île fut conquise à la baïonnette : « une des plus jolies actions de guerre de la période impériale, » dit M. Frédéric Masson. Quand même, la Sicile n'était pas loin de Naples : les Anglais et Marie- Caroline entretenaient dans la Calabre une agitation qui exigeait la plus rigoureuse surveillance. Les nouvelles d'Espagne y retentissaient fortement. Le mauvais exemple est contagieux, le bon aussi.

Rome frémissait plus encore sous la domination française et sous le gouvernement de Miollis, si ferme et si habile qu'il fût. Depuis rentrée des Français à Rome, la rupture était consommée, irrémédiable entre le pape et l'empereur ; il n'y avait même plus de négociation : il n'y avait d'une part que résistance obstinée, véhémentes protestations; de l'autre, vexations répétées, ou plutôt progressive et implacable usurpation de toute l'autorité temporelle de la papauté.

Au lendemain de l'occupation de Rome par le général Miollis, le secrétaire d'état du Saint-Siège, cardinal Gabrielli, avait envoyé à tous les agents de l'administration pontificale une circulaire pour leur interdire toutes relations avec les fonctionnaires et officiers français : « L'infamie, disait-il, a été portée au point de commettre un sacrilège en dépouil-

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lant la Sainte-Eglise. » Et il leur défendait de prêter serment de fidélité au « gouvernement intrus », d'obéir à ses lois, à ses institutions, et notamment à ses prétendus principes issus de la Révolution : « Les formules de ses serments, ses constitutions, son code, ses lois, ses actes, respirent partout l'indifférence pour toutes les religions... et cette indifférence qui ne suppose aucune religion est pire que tous les systèmes d'impiété, est ce qu'il y a de plus injurieux et de plus opposé encore à la religion catholique, apostolique et romaine qui est toute divine et par là nécessairement unique et ne peut faire alliance avec aucune autre, pas plus que le Christ ne peut s'allier avec Bélial, ni la lumière avec les ténèbres, la vérité avec l'erreur, la vTaie piété avec l'impiété. » Déjà une idée du Syllabiis : l'Eglise reconstituait fortement sa doctrine dans l'épreuve de la persécution.

Cette circulaire ayant produit quelque émotion dans les Marches-, le cardinal Gabrielli fut arrêté chez lui par ordre de MioUis, mis en voiture et, sous bonne escorte, reconduit en son diocèse de Sinigaglia.

Son successeur fut le cardinal Pacca, connu pour être un ennemi de la France, depuis longtemps, depuis le sacre : le pape ne gardait plus de ménagements ; il appelait, il provoquait la persécution, dont il n'attendait que des avantages. A ce moment les nouvelles de Baylen redoublèrent l'agitation parmi les populations catholiques de la péninsule, a Les prêtres haussent le ton », écrit le prince Eugène. Il y eut des commencements de sédition dans les campagnes, des tentatives de rassemblements populaires, des signes de ralliement, une Madone au chapeau, des mots d'ordre suspects « Evviva Maria 1 » , des prières tumultueuses dans les églises : tous les caractères d'une conspiration d'autant plus inquiétante qu'elle était plus diffuse.

Des vaisseaux anglais étaient en vue de Givita-Vecchia, annonçant la défaite des Français en Espagne, essayant de

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débarquer des troupes, de soulever les populations de la côte ; il semble que le gouvernement de Londres eut alors des agents secrets auprès du pape, qu'ils s'y rencontrèrent avec ceux de l'Autriche, qu'il fut question d'enlever le pape, c'est-à-dire de le délivrer, de le mettre à l'abri de la puissance impériale, pour ensuite soulever toute l'Italie contre Napoléon, à l'exemple de l'Espagne. Gomment en effet n'aurait-on pas songé à imiter les vainqueurs de Baylen ? Et que l'on suppose un moment les Anglais établis à Civita- Yecchia, comme à Cintra ou à Cadix, et appelant les Italiens à la révolte : c'eût été un coup terrible pour le prestige impérial.

Mais l'activité de Miollis se multipliait avec le danger : les curés des paroisses de Rome furent mandés chez lui et d'avance déclarés responsables des désordres qui se produiraient. Les évêques les plus malintentionnés furent enfermés au Château Saint-Ange ou expédiés dans leurs diocèses ; les armes et poudres furent confisquées, tenues sous bonne garde ; des patrouilles parcoururent incessamment la ville ; tout fut prêt pour écraser aussitôt tout mouvement de rébellion.

Pour plus de sûreté, le 6 septembre, deux officiers français avec quelques hommes entrèrent chez le cardinal Pacca et lui ordonnèrent de se préparer à partir, pour Bénévent. Le pape informé parut, adressa de vigoureux reproches aux officiers de Miollis, prit Pacca par la main et l'emmena dans ses appartements, parmi les applaudissements de ses serviteurs : « Bravo il Papa ! » Dès lors il garda le cardinal auprès de lui. L'événement fut connu aussitôt dans toute la ville ; mais comme Miollis eut la prudence de ne pas recommencer son coup manqué, la population demeura à peu près calme, satisfaite de cet échec infligé aux Français.

La nouvelle de l'entrevue d'Erfurt contribua à maintenir la tranquillité. Puis, dans les derniers jours de l'année, sous

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quelle influence ? on ne sait, peut-être sur excitations venues d'Autriche, une grande effervescence se manifesta de nouveau.

Le i" janvier 1809, le pape refusa de recevoir les hommages que Miollis voulait lui présenter, disant qu'il l'eut volontiers accueilli, avec ses officiers, comme individus d'une nation qu'il aimait tendrement, mais qu'il ne désirait pas les voir en qualité d'exécuteurs d'un plan « honteux » , d'un plan « qui avilit aux yeux du monde entier l'auguste caractère du chef de l'église et la majesté du souverain de Rome ». En même temps, Napoléon, prenant les devants, déclara qu'il refuserait les cierges bénits que le pape avait l'habitude d'offrir aux puissances catholiques à l'occasion de la nouvelle année. L'année commençait mal.

Le carnaval, au lieu d'apporter une trêve aux colères excitées, fut encore une occasion de conflit. Miollis avait commencé à organiser les réjouissances coutumières. Le pape interdit les fêtes à cause des malheurs dont souffrait l'église. Les Français s'en amusèrent : eh quoi ! le pape croyait empêcher les Romains de célébrer le carnaval ; les officiers de Miollis se mirent eux-mêmes aux préparatifs pour que les jeux et danses fussent plus brillants que jamais. Le 2 février, jour de l'ouverture des fêtes, Rome entière s'enferma dans un silence de deuil : toutes fenêtres fermées ; pas un masque, pas une voiture au Corso. Il n'y eut du monde que dans les églises où l'on disait des prières pour le salut du Saint-Père.

Le conflit ne pouvait avoir de solution que par la violence. A son retour d'Espagne, Napoléon fit préparer par M. d'Hauterive un rapport sur la question de Rome. En voici les formules essentielles : — La puissance temporelle des papes fut un don de Charlemagne ; comme son père, il garda la souveraineté sur Rome, sur l'exarchat de Ravenne et sur la Pentapole. Le pape en avait le domaine utile (c'est-

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à-dire Tusufruit) ; il en percevait les revenus ; mais le droit de recevoir foi et hommage appartenait au roi ; il pouvait envoyer à Rome des commissaires pour rendre la justice, et il avait comme patrice le haut domaine et l'autorité. En 800, le pape Léon, après l'avoir sacré, fléchit le genou devant lui suivant l'ancien usage observé envers les empereurs. Il le reconnut pour son souverain et fit exposer ses images en public afin que tous les Romains lui rendissent le même hommage. La monnaie fut frappée à Rome au nom de Charlemagne ; les lois furent promulguées en son nom ; on continua de faire pour lui les prières en usage pour le souverain : il n'avait donc rien démembré de sa puissance, et il retenait seul l'autorité suprême.

Maintenant que Rome est ouverte à tous les ennemis de l'Empereur, qu'elle est devenue lennemie de l'Empereur, l'Empereur peut et doit reprendre les droits souverains qui lui appartiennent, ces dons de Charlemagne dirigés contre son légitime successeur. Et la conclusion venait ainsi : « Les tracasseries actuelles ne conviennent ni à la dignité de Votre Majesté ni à la sainteté du caractère pontifical. Que toute lutte cesse par l'entière séparation des pouvoirs... Le pape y gagnera en considération... La chaire de Saint-Pierre ne sera plus que le siège des vertus apostoliques, parce que ceux qui l'occuperont se seront conformés à cette parole de Jésus- Christ : Mon royaume n'est pas de ce monde, qui leur enseigne à la fois et leurs devoirs et la limite de leurs droits. Le moment est venu de déclarer que les Etats du Pape font partie de l'Empire française »

Telle était en effet l'inéluctable conséquence de la conception que Napoléon s'était faite de l'autorité impériale. La possession absolue de Rome, comme capitale, au moins comme une capitale, était plus nécessaire à la constitution de

I. Aff. Etr., Corr. de Rome, vol. 943, f"'^ 29-35 : Mémoire de M. d Hauterive, présenté à l'Empereur le -ii janvier 1809.

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