‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 219 sur 235 · Atf. Étr., Corr. d'Autriche, vol. 384, f^^ 35i · texte numérisé non relu

Atf. Étr., Corr. d'Autriche, vol. 384, f^^ 35i

2. Corr. de Napoléon, XIX, 461. — Aff. Etr., Corr. d'Autriche, vol. 384, i" 3i3. — A. Lefebvre, IV, 322. — Sorel, VII, 384.

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Napoléon proclamait lui-même son ambition de la Méditerranée et de l'Orient : il fallait que l'Autriche s'écartât de son chemin.

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Pourtant l'Autriche n'y consentit pas aussitôt. Metternich refusa à Altenbourg d'accepter les conditions de cet « ultimatum », déclarant que, malgré l'abandon que la France avait prétendu faire de la base de Vuti possidetis, en fait il n'y avait pas de différence sensible entre cette base et les dernières exigences.

L'empereur François tenta de s'adresser directement à Napoléon ; il lui fit porter une lettre personnelle par le général Bubna, le 20 septembre; il y demandait des conditions moins onéreuses ; il était prêt à faire des sacrifices du côté de la Galicie, mais il ne pouvait pas renoncer aux provinces illyriennes ; Tindépendance de l'Autriche ne pouvait pas être assurée sans un accès à la mer.

Napoléon reçut Bubna, et l'audience ressemble à tant d'autres où il enfonçait irrésistiblement les obstacles, les audiences de clôture ou de rupture, « Qu'apportez-vous, la paix ou la guerre ?» A Dotis, on ne veut pas négocier sérieusement, on ne cherche qu'à « jeter une pomme de discorde entre la France et la Russie ». Il se donna la peine d'expliquer longuement à son interlocuteur le besoin qu'il avait des îles Ioniennes pour s'ouvrir un chemin ininterrompu vers rOrient, et, comme Bubna objectait que l'Autriche avait encore plus besoin d'un débouché sur l'Adriatique : « En ce cas, la guerre est inévitable. Est-ce vous qui romprez l'armistice, ou dois-je m'en charger ? Mais non, je veux que vous rendiez l'univers témoin de votre démence, que vous vous

montriez à lui dénonçant Farmistice, compromettant l'existence de votre Etat. »

L'Empereur s'arrêta sur ces mots, jeta au loin son chapeau, tourna le dos à Bubna et se retira dans une embrasure de fenêtre. Un grand moment de silence. Tout à coup il revient sur l'Autrichien avec une extrême viA'acité, et, face à face : « Savez-vous, dit-il, ce qui nous reste à faire? Si votre Empereur trouve mes conditions trop dures, qu'il s'en réfère à l'arbitrage de la Russie ! Nous conclurons un armistice de six mois : le Tsar enverra un représentant à Altenbourg, et je m'en rapporterai à sa décision. »

Ce fut le dernier coup. Il voulait prouver à l'Autriche l'entente absolue qui régnait entre la France et la Russie, pour faire sur elle une pression décisive. En fait il ne risquait rien : l'Autriche déjà épuisée ne pouvait consentir à une occupation de six mois par les troupes françaises : que se serait-il passé pendant ces six mois? Vraisemblablement l'empereur Alexandre n'eût pas accepté le rôle d'arbitre, trop délicat, et qu'il avait en somme refusé d'avance en refusant de se faire représenter aux conférences d' Altenbourg. En somme, l'Autriche ne pouvait plus que perdre à prolonger les négociations : elle craignit du terrible Empereur une rupture violente aux conséquences incalculables.

Elle céda. Le général Bubna et le prince de Lichtenstein furent renvoyés à Schœnbriinn. Champagny fut rappelé d Altenbourg pour causer avec eux ; parmi les menaces mêlées de bons soins, ils obtinrent quelques concessions de détail, par exemple en Galicie, où Lemberg resta à l'Autriche au lieu de passer à la Russie.

Le i3 octobre, on arrêta l'étudiant Staps au moment oii il allait frapper Napoléon d'un coup de couteau. C'est le lendemain que la paix fut conclue. Après un dernier entretien avec les plénipotentiaires autrichiens, avant le consentement de l'empereur François, Napoléon fit annoncer la paix par des

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salves d'artillerie. Le gouvernement autrichien n'osa pas relever ce manque d'égards, ne refusa point sa ratification.

L'Autriche perdait le pays de Salzbourg et de Berchtesgaden, une partie de la Haute-Autriche avec la place de Braunau ; — le comté de Goritz, la Carniole, la Haute-Carinthie de Yillach jusqu'à la Ugne de la Save et à l'Adriatique en y comprenant Trieste et Fiume : — toute la Galicie occidentale, un arrondissement autour de Cracovie, et le cercle de Zamosc, formant une population d'environ 1.600.000 âmes, qui fut réunie au grand-duché de Varsovie ; en outre, le cercle deTarnopol, environ 400.000 âmes, pour la Russie. Ce n'était pas la proportion des deux tiers exigée jadis par le tsar, mais seulement d'un cinquième, selon la proportion établie d'abord par Napoléon.

Par une convention secrète, l'Autriche réduisait de moitié son état militaire, abolissait la landwehr, s'engageait à n'avoir aux frontières ni fortifications ni rassemblements de troupes, payait une contribution de guerre de 85 millions.

Derrière Napoléon, repartant dès le lendemain pour Paris, ses soldats détruisaient les remparts de Vienne. Symbole des résultats obtenus.

Qu'on regarde en effet cette Autriche sur une carte : ce n'est plus un empire, ce n'est pas même une nation ; mutilée, quoique moins que la Prusse, réduite à un tronc sans membres, séparée de la mer, donc de l'Angleterre, désarmée, tenue sous la surveillance soupçonneuse d'un vainqueur qui sera sans pitié à la première occasion, elle était dès lors incapable, autant que la Prusse, de lui barrer la route de rOrient.

Napoléon n'avait plus devant lui que la Russie.

CONCLUSION

Le traité de \ienne n'était pas une fin, n était pas une paix : tous les traités conclus par Napoléon ont eu un caractère provisoire, n'ont été que des trêves, des étapes de la conquête impériale. Celui-là comme les précédents consolida les résultats acquis pour en préparer d'autres.

Il consacra le passé en réduisant l'Autriche, comme la Prusse, à 1 impuissance.

En s'en retournant vers la France par Munich, Napoléon, le 2 1 octobre, y donna les ordres les plus précis et les plus détaillés pour fortifier Passau. « La plus importante propriété de Passau, écrivait-il, est sa propriété offensive, puisque tout ce que Ton a à Passau peut être considéré comme étant à Vienne, pouvant s'y rendre en quatre jours par le Danube^ ». Il y eut en effet à Passau des fortifications considérables : elles s'étendaient au nord jusqu'à Eckmûhl et sur l'Isar, au sud le long de la vallée inférieure de llnn ; au centre, les forts Maximilien, Napoléon, Rivoli, Eugène, commandaient à la fois l'Inn et le Danube.

C'était la porte de l'Autriche, donc la porte de l'Orient.

D'ailleurs, l'Autriche parut dès lors soumise à son destin. Stadion, l'homme de la revanche, avait quitté le pouvoir, n'avait pas pris part aux négociations d' Altenbourg et de Schœnbriinn. Metternich, à sa place, représentait la politique de la résignation, ou du moins de l'attente. L'Autriche n'avait

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