‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 24 sur 235 · LA NÉGOCIATION LUCCHESINI-ZASTROW (22 OCT.-16 NOV · texte numérisé non relu

LA NÉGOCIATION LUCCHESINI-ZASTROW (22 OCT.-16 NOV

Napoléon, dit Henri Heine, avait soufflé sur la Prusse et la Prusse avait cessé d'exister. léna fut pour elle un pitoyable désastre. Le roi et la reine fuyaient vers l'Oder, vers la fistule, en grand danger d'être enlevés par la cavalerie française ; les citadelles se rendaient à la première sommation, Magdebourg. Stetlin ; Hohenlohe capitulait à Prenzlow avec le reste de son armée, Blûcher même à Lubeck.

Le lendemain de la bataille, l'Empereur rendit le décret d'Iéna :

« Considérant que le résultat de la bataille d'hier est la conquête de tous les pays appartenant au Roi de Prusse en deçà de la Vistule, nous avons décrété et décrétons les dispositions suivantes, pour servir de règle à notre intendant général, à l'administrateur général des finances et à notre receveur général, » En conséquence, les Etats des ducs de Saxe-Gotha, des princes d'Anhalt, de Waldeck, de la Lippe et de Reuss, qui n avaient point pris part à la guerre, n'étaient astreints à aucune contribution, mais l'Ost-Frise passait au pouvoir du Roi de Hollande. Les Etats de l'Electeur de Saxe devaient payer une contribution extraordinaire de guerre de 23.375.000 francs, ceux de Brunsw^ick 5.625.000 francs, ceux de Hesse-Cassel 6 millions, le pays de Hanovre 9.100.000 francs, les Etats du Roi de Prusse en deçà de la Vistule, 100 millions, dont 10 millions pour Berlin : en y ajoutant les contributions imposées à d'autres

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petits Etats allemands et villes libres, cela faisait un total de 159.425.000 francs.

Par un dernier article toutes les marchandises anglaises qui se trouvaient dans les villes du Nord étaient déclarées propriété de l'armée. C'était un nouveau pas vers le blocus continental.

Le 19 octobre, le roi de Prusse demanda une suspension d'armes ; Napoléon refusa : « Toute suspension d'armes qui donnerait le temps d'arriver aux armées russes que Votre Majesté paraît avoir appelées dans 1 hiver, serait trop contraire à mes intérêts pour que, quel que soit le désir que j'ai d'épargner des maux et des victimes à l'humanité, je puisse y souscrire '. »

Le gouvernement prussien donna alors des pleins pouvoirs au marquis de Lucchesini, ancien ministre à Paris, pour la négociation d'une paix définitive avec la France. Napoléon le rencontra à Wittenberg, le reçut un moment, ne lui fit pas connaître ses intentions ; il réfléchissait ; la victoire inouïe qu'il venait de remporter lui suggérait de nouvelles ambitions ; il lui fallait les définir.

Cependant Davout entrait à Berlin le 2 5 octobre ; Napoléon s'installa à Pofsdam. Il fît grâce au prince de Hatzfeld qu'il accusait d'espionnage, se rendit aux larmes de sa femme, le fît connaître par toutes les voix de la publicité. Il accabla la reine d'invectives sans galanterie, en une colère qui durait et ne retenait pas les expressions les plus regrettables ^ : « Les Prussiens accusent le voyage de l'empereur Alexandre des malheurs de la Prusse. Le changement qui s'est dès lors opéré dans l'esprit de la reine qui, de femme timide et modeste, s'occupant de son intérieur, est devenue turbiilente et guerrière, a été une révolution subite. Elle a voulu tout à

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