‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 71 sur 235 · LES PLA>'S DE FINKENSTEIN · texte numérisé non relu

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ans seulement, brave et généreux ; il sait dire avec esprit des choses obligeantes ; il sourit ordinairement en parlant; en un mot, il a autant de rapport avec un Français qu'un Turc peut en avoir : « J'ai toujours aimé les Français, dit-il à David ; il y a dans mon cœur je ne sais quoi qui m'attire vers eux. » Le seul nom de Napoléon fait sur lui un effet prodigieux : « Je voudrais trouver quelque occasion de lui prouver que je suis aussi un guerrier ; mais où la trouver ? Il ne laisse plus rien à faire aux Turcs : il a cueilli tous les lauriers. » D'ailleurs ce bon pacha n'est pas parfaitement obéi dans toute la Bosnie, où il y a beaucoup d'agitation, à cause du voisinage des Français de Dalmatie, et surtout à cause de la prise d'armes de la Serbie. Car depuis 1804, sous la conduite de Kara-Georges, la Serbie est tout entière en état d'insurrection, et déjà les troupes turques en ont été presque complètement chassées.

Dans la région de Widdin régnait aussi un grand désordre, par suite de la mort de Pasvan-Oglou, survenue le 27 janvier i8oj. Il avait exercé pendant plusieurs années sur la Bulgarie une domination absolue sans souci des ordres qui venaient de la Porte ; il avait même été sur le point de marcher sur Gonstantinople pour y renverser le padischah et prendre sa place. Lui mort, tout le pays se déchirait entre ambitions rivales ; son lieutenant, MoUa-aga, était le maître à Widdin et prenait le titre de pacha; mais son autorité n'était pas reconnue hors des murailles de la ville. Celle du sultan n'y gagnait rien.

Le pacha de Routchouk, Mustapha le Bairactar, se trouva alors tout-puissant dans la région du Danube inférieur. Il n'était séparé des troupes russes de Michelson que par le Danube, mais il regardait davantage du côté de Gonstantinople : car il y soufflait un vent de révolution, propice aux ambitions.

En attendant il tenait tête vigoureusement aux Russes, du

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moins en paroles. Michelson lui avait fait passer, comme à ses voisins, des assurances pacifiques, déclarant qu'il n était pas en guerre avec la Porte, qu'il voulait seulement la délivrer de linfluence française, lui rendre toute son indépendance. Le Bairactar lui répondit éloquemment : « Tu n'es pas en guerre avec la Sublime Porte, et tu as envahi ses États. Tu n'es pas en guerre avec la Sublime Porte, et tu assièges ses places fortes ; tu as pris Choczim, Bender, égorgé les Musulmans qui s'y trouvaient enfermés. Nous savions que les Russes étaient nos ennemis ; nous les savions braves, et non pas hypocrites à ce point. Cesse de feindre, fuis ; mais ne te déshonore pas par de vils mensonges et par des subterfuges inutiles. Au reste, si tu n'es pas notre ennemi, retourne au delà du Dniestr ; rends nous nos places fortes, et cesse de susciter des rébellions dans notre pays. »

Or, il y avait à Routchouk. un Français, un officier d'artillerie, le capitaine Charroy, de l'armée de Marmont. Il était ravi du ferme langage du pacha, et il 1 excitait à passer aux actes. Mais il fut fort mal reçu, Mustapha lui déclarant qu'il n'avait pas besoin de ses conseils, et qu il viendrait bien tout seul à bout des Russes ; « Mais alors, lui dit Charroy un peu blessé, puisque vous êtes si fort, pourquoi les laissez vous tranquillement campés sous les murs de Giurgevo, en face de Routchouk à une portée de canon ? Pourquoi ne relevezvous pas les défis qu'ils vous lancent tous les jours? — J attaquerai les Russes, répliqua le pacha, quand cela me conviendra; quant à présent, je ne veux pas sortir pour geler de froid comme un cochon. » Or le rapport de l'officier constate qu'il faisait à ce moment le plus beau temps du monde.

En attendant, Mustapha le Bairaclar envoyait de temps à autre à la Porte des sacs de têtes et d'oreilles coupées sur les troupes de Michelson ou plutôt sur les sujets mêmes du sidtan ; et il passait à Constantinople pour un foudre de guerre.

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Il était comme tout le reste de larmée turque des bords du Danube, absolument oisive, dit Sébastiani, a fumant la pipe, assise sur ses talons ».

Michelson heureusement ne pouvait rien faire ; quelquesuns de ses régiments avaient été rappelés en Pologne ; aussi affirmait il toujours les meilleures intentions à l'égard des TvHcs, préférant en somme avec prudence qu'il n'y eût pas un réel étal de guerre. L'occasion était bonne pour lui infliger quelque leçon comme celle que venaient de recevoir les Anglais.

Sébastiani s'y employa ; il essaya de maintenir le bel enthousiasme de février, refroidi dès le lendemain du départ des Anglais : misérable mission que de toujours recommencer le même effort, de redresser perpétuellement des énergies aussitôt abattues, de ranimer un moribond. L'ambassadeur, las de cette besogne qui lui semblait vaine, dans toutes ses dépêches demandait son rappel, pour aller se battre dans la Grande-Armée. De grandes douleurs privées achevèrent de lui faire prendre en dégoût le séjour de Constantinople. Il avait emmené sa femme avec lui. Le i 5 avril elle accoucha d'une fdle ' ; il en faisait part le jour même à Talleyrand, et le priait encore à cette occasion de le faire bientôt revenir d'un pays qu'il avait « pris en aversion ». Etait-ce pressentiment.^ Ln mois après, le i5 mai, la jeune m're était emportée brutalement par une fièvre puerpérale. Le désespoir du général fut terrible : « J'espère, écrivait-il à Talleyrand, que vous verserez une larme sur la mort de ma malheureuse Fanny. Vous serez sensible à mon malheur trc^p affreux. Arrachezmoi de cet horrible pays, mais de suite. » Il fut quelque temps dans un état d'accablement et de langueur qui inquiéta beaucoup son entourage. Puis il fallut se remettre à la besogne,

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