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Qui devait être la malheureuse duchesse de Prasiin

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Le but était dès lors de pousser les Turcs sur le Danube, de chasser les Russes comme on avait chassé les Anglais. Sébastian!, le capitaine Boutin et le grand vizir dressèrent à cette intention un grand plan de campagne : loo.ooo hommes seraient rangés le long du Danube avec Nicopolis pour centre ; l'aile droite, particulièrement forte, appuierait sur le Danube inférieur, le franchirait, gagnerait le Dniestr inférieur, couj)erait les communications des Russes avec Odessa, ou les obligerait au moins à la retraite sur leurs frontières.

Les dispositions du sultan Sélim étaient excellentes ; il adressait à ses troupes une redoutable proclamation : ce Mes intrépides commandants des places limitrophes n'ont pas cessé de fondre sur les Russes, et. Dieu merci, chaque fois ceux-ci ont été terrassés ; chaque fois, ils ont perdu têtes, prisonniers, artilleurs et munitions. Mon camp impérial va s'ébranler et gagner en toute diligence sa première station dans la plaine de Davoud-pochané, d'où il prendra le chemin de la victoire. Car la Sublime Porte étant la cour de Mahomet, il n'y a point de doute qu'elle n'ait la même durée que le monde, qu'elle n'existe jusqu'au jugement dernier »

Mais toute la vigueur des Turcs se dépensa en ces paroles. Dans le moment même de ces appels belliqueux, le sultan recevait Sir Arthur Paget et Pozzo di Borgo, agents secrets des cours de Londres et de Saint-Pétersbourg. D'ailleurs les Janissaires s'agitaient, irrités des réformes militaires de Séhm, ne voulaient pas aller à la frontière, estimaient avoir mieux à faire à Gonstantinople. En vérité la grande armée de loo.ooo hommes n'existait guère que sur les papiers du capitaine Boutin.

Il n'y avait rien à faire. La barrière était pourrie, et les Russes l'auraient enfoncée au premier choc, si Napoléon ne les avait pas retenus, par ses armes et par sa diplomatie.

Il essaya encore de tirer quelque chose de la Turquie en la

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soutenant de troupes françaises. Il mit en avant le projet d'envoyer Marmont à Widdin avec sS.ooo hommes : on en pouvait attendre des résultats intéressants.

Mais cette seule idée souleva dans toute la Turquie des protestations unanimes; le pacha de Traunik la trouva insultante : elle révélait chez Tempereur des Français un insupportable mépris pour la valeur militaire des Turcs, et peut-être aussi des ambitions inavouées sur Fempire ottoman lui-même, comme celles qu'il avait autrefois manifestées en Egypte et en Syrie.

Il fut impossible de passer par-dessus une opposition aussi résolue et des susceptibilités aussi justifiées : le sultan Sélim eût été renversé du coup s'il avait donné son consentement aux propositions de la France. Sébastiani le déclara à Talleyrand en termes formels. Napoléon se hâta de lui faire répondre qu'on y renonçait donc, qu'on se contenterait d'envoyer à Constantinople des canonniers et des officiers instructeurs. Pour le surplus on tâcherait de négocier un traité ferme avec l'ambassadeur que le sultan avait dirigé sur le quartier général de l'Empereur.

Cette ambassade extraordinaire, annoncée au lendemain d'Iéna, avait été confiée à Emin-Vahid-efiendi. Il était arrivé à Varsovie le 2 mars, le jour même où les Anglais fuyaient devant Constantinople. Il y fut retenu par Talleyrand ; Napoléon, à cette date, était, au point de vue diplomatique, absorbé par sa négociation avec l'Autriche : il fallait d'abord voir ce qui en sortirait, et l'Empereur ne put recevoir l'ambassadeur de la Porte qu'au milieu de mai .

D'ailleurs celui-ci n'était pas non plus pressé de rien conclure. Tout au long de son chemin, il avait été assez irrité des honneurs rendus à l'arnbassadeur persan, Mirza-Riza- Khan, qui voyageait presque en même temps : car il y avait, il y a toujours eu des querelles de frontières, du côté du Kourdistan, entre la Turquie et la Perse; et les Persans, on le

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sait, ne peuvent être considérés que comme des hérétiques aux yeux du commandeur des croyants ; et même la Porte n'a-t-elle pas quelques vagues prétentions de suzeraineté sur la Perse ? Mais surtout il semble bien qu'EmiQ-Vahid effendi avait le souci de ne pas se compromettre, de ne pas compromettre son pays par quelque convention trop nette : il était bien le personnage représentatif de la politique ottomane du moment.

Dès que Napoléon le vit, il le pressa, selon sa manière ordinaire ; il le rudoya presque : il est le meilleur ami des Turcs ; il leur garantit une indépendance absolue et durable; il les arrachera au sort de la Pologne ; il déchirera les articles onéreux que leur ont imposés les Russes au traité d'Yassy; il leur rendra la Crimée ; il leur rendra la Géorgie ; la mer Noire redeviendra « la fille des sultans ». Mais il faut qu'ils travaillent eux-mêmes à ce relèvement prochain, qu ils le méritent, qu'ils opèrent de concert avec les Perses et les peuples du Caucase, que le pacha d Erzeroum fasse sa jonction avec Abbas-Mirza, le fils du schah, que l.i flotte turque, au lieu de s'immobiliser à 1 entrée des Dardanelles, comme hypnotisée par les Russes de Ténédos, entre dans la mer Noire et porte des troupes de débarquement sur la côte de Crimée, que le grand vizir fianchisse enfin le Danube, et se hâte en Yalachie, en Moldavie, vers le Dniestr, où les Français lui donnent rendez vous vers Kaminiec. Les circonstances sont critiques : que la Turquie se réveille enfin, et elle retrouvera son ancienne splendeur; sinon, elle sera livrée aux destinées impitoyables.

Vahid-effendi affirma, au nom de son gouvernement, les intentions les plus énergiques, et les négociations furent ouvertes. L ambassadeur fut mis en rapports avec Caulaincourt, assisté de M. Roux, ancien secrétaire d ambassade à Conslanlinople. Mais ses instructions ne comportaient qu un accord défensif contre la Russie et pour trois ans seulement.

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Caulaincourt ayant proposé de prendre pour base de discussion une alliance offensive contre la Russie et l'Angleterre, le Turc se récria, admit qu'il fût question d'une « constante amiiié », mais trouva le mot « alliance » très dangereux, et le mot « offensive » encore plus ; car, dit il, un bon Musulman ne peut parler d offensive : « Notre loi, notre religion nous ordonnent de nous défendre ; elles nous prescrivent de ne jamais attaquer; et, si nous ne pouvons faire aucune guerre offensive, nous ne pouvons nous engager dans aucune alliance qui le soit. » Ayant ainsi parlé, l'ambassadeur fut pris d'une grande envie de dormir'.

C était le vœu même de la Porte qu'on la laissât dormir ; mais il y avait alors beaucoup de bruit autour d elle.

Quoi qu'il en soit, les négociations n allèrent pas plus avant, et on ne put rien conclure. Il n y eut pas d'alliance entre la France et la Turquie, et Napoléon, lors de l'entrevue de Tilsit, était absolument libre d'engagements à l'égard de la Porte.

Et c'est pourquoi le nom de Finkenstein est surtout attaché à ses rapports avec la Perse. Le schah Felh Ali-Khan sollicitait lui-même lalliance de Napoléon, étant depuis plusieurs années en gueiie avec la Russie à propos de la Géorgie. On connaît cette histoire : le tsar de Géorgie, Héraclius, chrélien, dépouillé d'une partie de ses Etats par ses voisins musulmans, s'était mis sous le protectorat de la Russie, et, en mourant, lui avait laissé son héritage, Feth-Ali ne le voulut point reconnaître, prétendit que le Caucase fût pour la puissance russe une barrière infranchissable, et des hostilités commencèrent qui devaient durer un quart de siècle.

A 1 époque où nous sommes arrivés, le fils de Feth-Ali, x\bbas-Mirza, qui commandait les troupes persanes, venait

I. AIT. Étr. Corr. de Turquie, à la date du 3 juin 1807 : Roux à Talle^rand.

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d'être battu, le aS juin 1806, à Askéran et de perdre Bakou et le Daghestan. C'est ainsi que la Perse fut amenée à demander le concours de la France. Abbas-Mirza en écrivait quelque temps plus tard à Napoléon : « Les Russes ont débité d'avoir acheté la province de Géorgie et la ville de Guengé des enfants d'Erglé-Khan (Héraclius) et de Djoad-Khan, gouverneur de cette dernière, et qu'ils n'avaient pris les armes que pour y maintenir leurs droits. Or il y a deux choses à observer ici : 1° il est absolument faux que ces pays leur aient été vendus ; 1^ cette vente, fût-elle même réelle, n'en est pas moins illégale et contraire aux usages établis, puisqu'il est évident à tout esprit judicieux qu'un terrain ne peut être vendu que par le propriétaire légitime et non par le cultivateur, et que le troupeau ne dépend que de celui à qui il appartient, et non du berger. — Indépendamment de cette considération, il faut remarquer encore, que toute vente suppose nécessairement un prix ou une contre-valeur. Or il est notoire que le seul prix qu'aient perçu les enfants d'Erglé-Khan et Djoad- Khan pour cette prétendue vente qu'on leur attribue, c'est la mort de l'aîné des dits princes, Gurgiu-Khan, qui a succombé aux chagrins que les Russes lui ont causés, celle de Djoad- Khan qui a misérablement péri sous leurs poignards homicides, et la dispersion du reste des enfants d'Erglé-Khan, dont plusieurs se trouvent prisonniers en Moscovie et les autres dépouillés de leurs biens, persécutés et sans espoir, réfugiés en notre cour ^ »

Napoléon était donc assuré qu'en soutenant la Perse, il soutiendrait la cause du droit ; Abbas-Mirza estimait sans doute qu'il en serait entraîné irrésistiblement à l'alliance.

Le schah Feth-Ali s'était aussi adressé au gouvernement de Londres; il avait demandé du secours à Lord Minto, gouverneur général de Flnde, qui avait envoyé sir John Malcolm à

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